A partir de quel moment un traitement homéopathique devient-il risqué ?

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A partir de quel moment un traitement homéopathique devient-il risqué ?
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Samedi 27 mai, un Italien de sept ans est mort d’une otite soignée uniquement à l’homéopathie. Des voix s'élèvent pour critiquer ce type de traitements.

Francesco, un garçon italien de sept ans, est mort samedi d’une otite mal soignée, dans la région de Pérouse en Italie. Depuis ses trois ans, ses parents se fiaient uniquement à la médecine homéopathique lorsque leur fils était malade. Ils assurent que d’autres otites avaient été précédemment été guéries uniquement grâce à des produits homéopathiques. Cette fois-ci, l’infection s’est aggravée, touchant le cerveau et provoquant un coma mortel. L'affaire a provoqué l'émoi des citoyens italiens, et cette semaine, de nombreux éditos questionnent dans la presse italienne la dangerosité de l'homéopathie à outrance.

Ce fait divers tragique doit-il alerter sur les risques de l’homéopathie, cette médecine douce à base de quantités infinitésimales de substances diluées, d’origine végétale, minérale ou animale ? On a posé la question au docteur Charles Bentz, médecin généraliste et homéopathe, président du Syndicat national des médecins homéopathes français, et chargé de cours à la faculté de pharmacie de Strasbourg. Il dénonce "une affaire absolument tragique".

Passer aux antibiotiques si l’homéopathie ne fonctionne pas sous deux jours. Contacté par Europe1.fr, le docteur Charles Bentz rappelle l’attitude juste à adopter vis-à-vis des traitements homéopathiques. "A sept ans, on peut tout à fait tenter de soigner une otite par homéopathie. Mais comme pour tout autre traitement, on se donne 24h-48h. Si le patient ne réagit pas vers un mieux, on change, on passe aux antibiotiques. C’est vrai aussi pour la médecine traditionnelle : quand un médicament ne marche pas, on passe à un autre."

Le médecin, chargé de cours à la faculté de pharmacie de Strasbourg, reste incrédule devant l’acharnement du médecin homéopathe qui avait prescrit des gouttes à l’enfant pendant deux semaines, malgré son affaiblissement. "C’est évident qu’on ne laisse pas traîner une situation comme ça ! Dans mon cas, si je ne constate pas d’amélioration je passe immédiatement à un autre traitement. N’importe quel médecin homéopathe diplômé sérieux aurait agi ainsi."

Vérifier le sérieux du médecin homéopathe. Pour le docteur Charles Bentz donc, pas de doute : l’homéopathie en elle-même n’est pas en cause. "Il ne faut pas se dire après cette affaire que l’homéopathie ne soigne jamais, ou qu’elle est dangereuse. Je pense qu’ici, c’est la prise en charge du médecin qui est à déplorer", avance-t-il.

Le médecin en question est poursuivi, ainsi que les parents du petit garçon, pour homicide involontaire. Selon le quotidien régional italien Quotidiano.net, le docteur Mecozzi n’était d’ailleurs pas au clair avec l’Ordre des médecins de Pérouse. Il avait toujours refusé d’envoyer ses diplômes, malgré les réclamations de l’institution. Son parcours étonne : il avait demandé à être radié de l’Ordre des médecins pour travailler dans un supermarché pendant cinq ans, avant de se lancer dans l’homéopathie. A cette même période, toujours selon la presse italienne, il fréquentait "une association mystique apocalyptique".

L’homéopathie n’est pas magique. L’affaire a d’ailleurs donné naissance à une nouvelle expression en Italie : "Omeopazza", "homéo-folie". Le président du Syndicat national français des médecins homéopathes rappelle que "l’homéopathie n’est ni une religion, ni une croyance, ni une magie". "Certains patients - et parents de patients - ont une attitude dogmatique, et refusent toute médecine traditionnelle. C’est une erreur. L’homéopathie n’est pas à mettre en opposition avec les médicaments classiques. Ils sont souvent complémentaires."


Comment l'homéopathie est-elle encadrée en France ?

Il existe de nombreux types de traitements alternatifs à la médecine allopathique, dite traditionnelle. En France, seules l'homéopathie et l'acupuncture sont reconnues comme des "orientations médicales" que les médecins peuvent choisir d'étudier en complément. Ce ne sont toutefois pas des spécialités, comme le serait l'ophtalmologie par exemple. En 2010, une étude IPSOS estimait que 53% des Français avaient recours à l'homéopathie pour se soigner, et que ce type de médicament était régulièrement prescrit par environ 13.000 médecins. 

En France, un médecin homéopathe est avant tout un médecin, qui a suivi un cursus complet classique en fac de médecine, complété par une formation de trois ans en homéopathie dans une université ou un centre d'enseignement privé. La formation est aussi ouverte aux dentistes, aux sage-femmes et aux kinésithérapeutes, qui peuvent ensuite prescrire des traitements homéopathiques. Le Syndicat national des médecins homéopathes français propose un annuaire répertoriant les praticiens habilités

Les médicaments homéopathiques peuvent être remboursés à hauteur de 30% par l'Assurance maladie.