À Notre-Dame-des-Landes, une guerre d'usure oppose désormais gendarmes et zadistes

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À moins d’une semaine de l'ultimatum voulu par Emmanuel Macron pour évacuer définitivement la ZAD, une épreuve d’endurance s’engage entre les forces de l'ordre et les occupants.

REPORTAGE

Peut-on parler d'"enlisement" à Notre-Dame-des-Landes ? Alors que la situation semble bloquée sur le terrain entre zadistes et forces de l'ordre, les autorités veulent maintenir la pression, du moins le temps que les occupants de la ZAD qui souhaitent pouvoir rester sur place se mettent en règle. Emmanuel Macron a rappelé dimanche que "tout ce qui devra être évacué le sera" à l'issue du nouveau délai de régularisation, fixé au lundi 23 avril.

Empêcher les reconstructions. Au total, depuis le début de l'opération, 11.000 grenades ont été utilisées depuis huit jours par les gendarmes, dont près de 8.000 lacrymogènes, 3.000 assourdissantes, mais aussi d'autres grenades de désencerclement, selon une information d'Europe 1. Lundi pourtant, les affrontements ont été beaucoup moins violents que les jours précédents. En effet, l'opération d'évacuation entre désormais dans sa seconde phase : empêcher à tout prix les zadistes de reconstruire les 29 squats évacués et détruits la semaine dernière. En un mot : l'objectif des forces de l'ordre est de tenir le terrain. Alors, chaque matin, les gendarmes dégagent les barrages remontés dans la nuit, ou détruisent les charpentes et structures de bois réinstallées illégalement. Un petit manège qui risque bien de durer toute la semaine.

Un statu quo. Car dans la ZAD, la stratégie est de tenir coûte que coûte. Ces dernières heures, les militants ont érigé de nouvelles barricades et creusés de nouveaux fossés. "On reste déterminé, on a reconstruit ce qu'ils ont détruit dans la foulée. Là on a un espèce de statu quo en place", explique à Europe 1 Camille, pseudonyme utilisé par la majeure partie des zadistes. C'est donc une bataille d'usure qui se met en place, où se mesure la capacité de résistance des deux camps : environ 700 zadistes face à 2.000 gendarmes, fatigués pour certains, et marqués par la violence des affrontements. Chez les militaires, 77 blessés ont été dénombrés, ils seraient deux fois plus chez les opposants, selon ces derniers.

"On n'en n'a jamais été là". Au milieu des champs ou sous des tentes, les zadistes tiennent conciliabules avec une seule question : quelle stratégie adopter ? Patrick se bat pour la ZAD depuis des années et, pour la première fois, il doute : "Je le connais depuis quarante ans ce combat, et aujourd'hui c'est la grande inconnue. On est acculé, on est parfois désespéré, on est épuisé aussi", rapporte-t-il. "Le mur est droit devant : si vous n'avez pas signé le 23, le 24 ils cassent tout. Que faire ? On en est là comme on n'a jamais été là", résume-t-il.

Vers une nouvelle opération. Du côté du ministère de l'Intérieur, on assure qu'il n'y a pas d'enlisement, et que les opérations suivent leur cours normal. Certes, les occupants de la ZAD sont toujours là, mais ils n'ont pas tous vocation à partir. Les autorités vont étudier les projets, sur formulaires simplifiés, qui pourront donc être déposés jusqu'à lundi prochain. Après quoi, une nouvelle opération de gendarmerie sera menée pour déloger tout ce qui doit l'être.