20 ans après, un terrible échange de bébés jugé à Grasse

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20 ans après, un terrible échange de bébés jugé à Grasse
@ Max PPP
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Les familles de Manon et Mathilde, deux bébés échangés par erreur à la maternité en 1994, demandent mardi 12 millions d'euros de réparation au tribunal de Grasse.

Vingt ans après, des millions pour réparer l'irréparable. Les familles de Manon et Mathilde, deux bébés échangés par erreur en 1994, dans une maternité de Cannes, étaient entendues mardi à huis clos au tribunal de Grasse. Elles réclament toutes deux un dédommagement total de plus de 12 millions d'euros pour cet échange qui leur a confisqué la vie qui leur était promise.

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Dans la même couveuse, sans bracelets de natalité. Manon est née le 4 juillet 1994 dans une clinique de Cannes. Mathilde, une autre petite fille, y voit le jour le lendemain. Dans la nuit du 8 au 9 juillet, les deux fillettes, qui souffrent de la jaunisse sont placées dans un même berceau sous lampes, par manque de place. Mais elles ne portent pas de bracelets de natalité, une mesure pourtant obligatoire. 

C'est lorsque que les bébés sont remis à leurs mères que l'échange se produit. Une auxiliaire puéricultrice, décrite comme peu fiable et alcoolique, se trompe d'enfants. Sophie Serrano, maman de Manon "par erreur" émet alors un doute. "Ma mère et moi avons tout de suite vu des différences chez Manon. Ses cheveux étaient plus longs. Le personnel nous a rassurées en disant que c'était un effet de la lampe pour traiter la jaunisse", confiait cette mère de trois enfants au Parisien en mars 2013.

Un test de paternité pour découvrir la vérité. Ce n'est que dix ans plus tard que l'erreur sera dévoilée, lorsque le père de Manon, réclamera des tests ADN de paternité, troublé par son absence de ressemblance avec sa fille au teint plus hâlé. Et si le test confirme qu'il n'est pas le père, Sophie Serrano découvre qu'elle n'est pas non plus la mère biologique de son enfant. Une enquête est menée et l'autre famille est finalement retrouvée.

"J'ai élevé trois enfants mais dans mon cœur, j'en ai quatre", confiait-elle encore au journal. Pourtant, même si leur rencontre est forte, le temps a fait son travail de sape et les deux familles sont différentes. "Les liens se sont distendus", explique la maman. Tombant dans la dépression, Sophie a ensuite tout perdu. "Je ne peux plus travailler, nous avons dû quitter notre maison, je suis surendettée.  Tous mes enfants ont dû voir des psys, le préjudice est énorme".

Trois millions d'euros pour chacune des enfants. L'autre famille lésée, vivant non loin de là, et qui souhaite garder l'anonymat, était également présente mardi à l'audience civile au tribunal. Dix ans après la triste découverte, alors qu'une plainte au pénal n'a pas abouti, les familles des deux jeunes femmes, aujourd'hui âgées de 20 ans, réclament plus de 12 millions d'euros de dommages. Il est demandé 3 millions d'euros pour chaque fille échangée à la naissance, 1,5 million pour trois parents, ainsi que 750.000 euros pour chaque frère et sœur. Deux médecins accoucheurs, deux pédiatres, la clinique, et une aide-soignante, sont poursuivis dans ce dossier.