Philae s'est réveillé, et alors ?

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Philae s'est réveillé, et alors ?
Le robot Philae sur la comète Tchouri.@ Capture d'écran.
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SCIENCE - Forer, scanner, analyser, transmettre… le robot de la comète Tchouri ne devrait pas chômer les prochains mois. Si les conditions le lui permettent…

Philae est vivant. Deux minutes de communication samedi soir auront suffi pour déclarer réveillé le vaillant robot. C'est plus précisément la sonde Rosetta, actuellement en orbite autour de la comète 67P/Tchourioumov-Guerassimenko, qui a reçu les messages de Philae avant de les transmettre à la Terre. Atterri le 12 novembre dernier, le robot de l'Agence spatiale européenne a pour mission d'analyser la comète soupçonnée de receler les secrets de la naissance de notre système solaire. Que va désormais pouvoir faire le robot ? Entre la comète qui fond à l'approche du Soleil et le terrain bancal sur lequel il est situé, les choses ne vont pas être simples pour le robot.



Charger ses batteries. Stefan Ulamec, un des responsables du robot à l'agence spatiale allemande, l'a annoncé dans un communiqué : "l’atterrisseur est prêt à reprendre ses opérations". Sa température intérieure de -35 degrés, en tout cas, le lui permet. Ainsi que ses 24 watts emmagasinés. D'autant que les batteries semblent désormais se remplir au fur et à mesure qu'elles se vident grâce à un ensoleillement croissant, permettant à Philae de fonctionner jusqu'à 2h50 par jour.

Photographier, mesurer, scanner… Jusqu'en septembre, il y aura en tout cas assez de Soleil pour permettre à Philae de travailler. Mais dans un premier temps, seules des activités lui demandant peu d'énergie sont concernées. "Le robot ne fera que de la surveillance de la plateforme, des reniflages de gaz, des mesures de températures et de magnétisme", a expliqué à France TV Info Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta. Plusieurs instruments vont donc se mettre en route comme le Sesame Case qui mesure les vibrations du sol, le  Romap qui capte et analyse le gaz ambiant ou encore le Mupus ™ qui prend la température du sol et du sous-sol.



… et forer ? C'est grâce à sa foreuse SD2 que Philae va pouvoir analyser la composition du sol de Tchouri. Déjà activée en novembre dernier, elle avait malheureusement tourné dans le vide. Le robot est en effet posé sur un sol bancal et, ses harpons n'ayant pas fonctionné, celui-ci a un de ses trois pieds est en l'air.

Pour éviter un nouvel échec, il est prévu de faire "tourner le robot sur lui-même de quelques dizaines de degrés", comme l'expliquait en mars dernier à Europe 1 Francis Rocard, responsable au Cnes de l'exploration du système solaire. Mais même si la foreuse atteint le sol, ce n'est pas la fin des soucis. Philae étant instable et ne pesant que quelques grammes sur la comète où la gravité est faible, il peut se soulever et basculer au moment où la foreuse touche le sol. Francis Rocard  voyait là "le plus grand risque" car les "antennes du robot sont situées sur sa tête".

Transmettre 8.000 paquets de données. Lorsque Philae a atteri sur Tchouri le 12 novembre dernier, il a pu travailler quasiment trois jours avant de s'éteindre, faute d'ensoleillement suffisant pour alimenter ses panneaux. Si un certain nombre des résultats ont pu être transmis avant son entrée en hibernation, beaucoup sont restés stockés dans les cartes mémoire du robot. C'est pourquoi samedi soir, lors de son réveil, Philae a transmis 300 paquets de données. C'est peu par rapport à tout ce qu'il lui reste à envoyer. Les scientifiques estiment que 8.000 paquets de données restent encore à récupérer.

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Le robot Philae (capture d'écran).

Changer l'orbite de Rosetta... Petit hic cependant, la sonde Rosetta, qui tourne autour de Tchouri actuellement, n'est pas actuellement dans une orbite très favorable pour communiquer avec son comparse Philae. Samedi soir, Rosetta, située alors à 200 km de la comète, n'a été que deux minutes à l'emplacement nécessaire pour recevoir les signaux de Philae. Le robot était même apparemment réveillé depuis plusieurs jours mais la sonde n'avait pas capté ses messages.

Comment faire alors pour élargir la "fenêtre" de communication entre Rosetta et Philae ? L'Agence spatiale européenne va modifier l'orbite de la sonde en réduisant la distance qui la sépare de la comète. Le temps de communication pourrait ainsi passer de quelques minutes quotidiennes aujourd'hui à plusieurs heures à l'avenir.

... non sans risques. La comète, une boule de glace et de poussières qui avance actuellement à 21 km/s en direction du Soleil, fond petit à petit. Et dégage énormément de gaz potentiellement dangereux pour la sonde. En avril dernier, heurtée par des poussières alors qu'elle passait à 14 km d'altitude, elle a rencontré de sérieuses difficultés d'orientation et a failli perdre le contact avec la Terre.

Regardez cet épisode de "À la vitesse de la lumière" où Alain Cirou présente les images au plus prêt prises par Rosetta de la comète Tchouri :


VIDEO - Les images, au plus près, du survol de...par Europe1fr