OGM et tumeurs : "On ne peut pas dire que manger du maïs modifié provoque des cancers chez le rat"

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Les récents travaux sur les OGM du professeur Bernard Salles, interrogé mercredi par Europe 1, contredisent les résultats d'une étude polémique publiée en 2012 par Gilles-Eric Séralini.

INTERVIEW

Ce sont des images qui, en 2012, ont fait grand bruit, celles de rats déformés par des tumeurs après avoir été nourris avec du maïs génétiquement modifié. Oui, les OGM sont des poisons, titrait alors le Nouvel Obs, relayant les résultats d'une étude du professeur Gilles-Eric Séralini sur le sujet. Mais une contre-étude financée par l'UE et conduite par Bernard Salles, professeur de toxicologie, semble désormais invalider les conclusions rendues en 2012 à en croire les premiers résultats dévoilés mercredi par Le Figaro. "Les chercheurs n'ont pas trouvé, au bout de deux ans, une augmentation du nombre de tumeurs chez les rats qui avaient été nourris avec du maïs OGM", assure Bernard Salles au micro d'Europe 1.

Une précédente étude trop lacunaire. "Aujourd'hui, on ne peut pas dire que manger du maïs [OGM, ndlr] provoque des cancers chez le rat, et par projection chez les humains", estime cet ancien directeur du centre de recherche sur la toxicité des contaminants alimentaires de l'INRA. Avec une nuance toutefois : "tout essai a des faux négatifs et des faux positifs". Les recherches ont été conduites sur plus de 2.000 animaux, à travers deux programmes différents sur la toxicité potentielle du Monsanto 810 et sur la cancérogenèse du maïs MK603. Bernard Salles explique que cette nouvelle étude a notamment été motivée par les insuffisances que présentaient, selon lui, les travaux de Gilles-Eric Séralini. "Pour nous, il y avait des choses qui manquaient en terme d'analyses beaucoup plus fines des histopathologies", c'est à dire de l'étude microscopique des tissus.

Le chercheur dénonce également l'embargo imposé à l'époque aux journalistes scientifiques sur le protocole de l'expérimentation. "C'est quelque chose que l'on connaît peu dans le milieu scientifique. On discute, on ne bloque pas les discussions".

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Sur ces trois images, des rats nourris aux OGM dans le cadre de l'étude de Gilles-Eric Séralini. Crédits : CRIIGEN / AFP

Mauvais cobaye. Mais pour Bernard Salles, les conclusions auxquelles est arrivé l'équipe de Gilles-Eric Séralini ont pu être influencées par l'espèce même de rat choisie pour l'expérience. "Beaucoup d'animaux développent des tumeurs spontanées. La souche utilisée par Séralini était tout à fait indiquée pour des essais à 90 jours, en revanche elle est déconseillée pour des études à long terme, sur deux ans, parce qu'elle fait beaucoup plus de tumeurs que la souche qui est conseillée, et qui est utilisée dans l'étude européenne", explique-t-il.

"Il y aura des contestations". Malgré tout, le chercheur ne doute pas que ses travaux, dont le détail doit faire l'objet d'une publication scientifique dans les mois à venir, fassent l'objet de vives critiques. "Il y aura des contestations sur les résultats et l'interprétation des résultats, ce qui est tout à fait logique, surtout dans ce domaine des OGM".