Marie-Claude Bomsel : "J'ai élevé dans ma chambre tous les animaux de la Terre"

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La vétérinaire a passé sa vie aux côtés des animaux. Dont les plus sauvages. Elle publie Mon histoire naturelle et était au micro d'Europe 1, dimanche.

INTERVIEW

Pendant quarante ans, Marie-Claude Bomsel a veillé sur la ménagerie du Jardin des plantes à Paris et est désormais professeure au muséum national d'histoire naturelle. Une vie entre nature et culture qui a commencé dès son plus jeune âge et qui a été appuyée par l'éducation de ses parents. La vétérinaire était l'invitée d'isabelle Morizet, dimanche sur Europe 1, dans Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

C'est une vocation. Les animaux ont toujours fait partie de sa vie. "J'avais très envie de devenir vétérinaire. J'ai élevé dans ma chambre tous les animaux de la Terre. Des corbeaux, une chouette, des hamsters, des serpents parfois même. Un jour, un vétérinaire est venu et n'a pas sauvé un de mes chats. Je me suis dit : 'je vais devenir vétérinaire et moi, je soignerai.'" La jeune fille pense alors exercer à la campagne. Sa conseillère d'éducation l'arrête. "Elle m'a dit : 'mais c'est salissant !' Je suis restée stressée, mais ma mère était féministe et est allée la voir pour lui dire qu'on ne brisait pas une vocation."

De Versailles à la faune sauvage. C'est peut-être grâce à sa mère que Marie-Claude Bomsel a forgé cette personnalité étonnante. "Nous vivions à Versailles dans une société catholique et fermée, avec des codes rigides. Ma mère, qui avait le goût de la provocation, faisait tout pour importuner les voisins. Mes animaux participaient de ça." Son enfance et celle de la fratrie n'est pas commune. En famille, ils sautaient dans la Marne gelée au mois de février. "Ma mère disait qu'elle faisait de la sélection naturelle !", lance la vétérinaire. Une mère qui impose aussi le naturisme. En réaction Marie-Claude Bomsel en garde une réelle pudeur. "J'étais mal à l'aise. Je n'osais pas le dire. Mon père suivait toujours, assez indifférent. Il n'aimait que les musées et les parcs zoologiques."

Un pangolin perdu. Ses parents l’emmènent aussi en Union soviétique et en Allemagne de l'Est, en Scandinavie, en Hongrie. "J'ai ainsi appris à me méfier de tout ce qui est social et politique. Il m'en reste une idée triste du monde", commente la vétérinaire, qui n'a pas arrêté les voyages. Elle part plus âgée en Inde, en Indonésie et en Afrique d'où elle ramène un... pangolin. "Là bas, on les mange. Nous en avons acheté un. Je l'ai mis dans un panier. La douane n'avait rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui." L'animal vivait dans la salle de bain au-dessus de la douche. "Un jour il s'est sauvé. Je suis allé à France 3 et ils ont lancé une annonce en disant qu'une sorte de petit dinosaure était recherché. Une habitante de Versailles a retrouvé l'animal dans son poulailler !"

Un ourson dans son appartement. Suivant sa vocation, Marie-Claude Bomsel entre à l'école vétérinaire de Maison-Alfort en 1969. 8 filles pour 100 garçons. Aujourd'hui, la proportion est inverse. La jeune femme d'alors s'occupe rapidement des animaux sauvages. "Les places dans un zoo ou un parc naturel sont devenues extrêmement chères. Mais avant c'était mal payé, il y avait très peu de zoos. Maintenant, les jeunes veulent faire vétérinaire pour ça." A la ménagerie, elle va soigner jusqu'à 500 espèces par période et va jusqu'à emmener un ourson délaissé dans son appartement et dans sa voiture. Une expérience difficile puisque l'animal a dû être mis en gage à 6 mois. "Je n'étais pas assez sévère", analyse la vétérinaire". Selon elle, aucun animal n'est fait pour être élevé par l'homme, cela pervertit les instincts. Et la réinsertion en milieu naturel est un long travail.

Intelligence animale. Elle est cependant toujours très proche de Nénette, une orang-outan qu'elle a accompagnée pendant 40 ans. Les grands singes qui sont en péril ont de nombreuses capacités. Certains peuvent se reconnaître dans un miroir ou apprendre un vocabulaire conséquent. Une fois, Nénette qui avait vu des visiteuses se pomponner, avait "chipé ma trousse de maquillage et s'était barbouillée les lèvres de rouge." Selon la vétérinaire, le singe regarde énormément les visiteurs. Elle rit quand elle les voit chuter. Ce qui pose plus que jamais la question de l’intelligence animale. Qui regarde qui, dans un zoo ?

>> Mon histoire naturelle, chez Arthaud.