Comment l'université de Strasbourg "fabrique" des prix Nobel

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Récompensé par le Nobel de chimie mercredi, Jean-Pierre Sauvage est le quatrième chercheur de l'université de Strasbourg à recevoir la prestigieuse récompense.

L'ENQUÊTE DU 8H

Un prix Nobel de médecine et trois de chimie, dont celui accordé mercredi à Jean-Pierre Sauvage, visiblement, la recette du prix Nobel à l’alsacienne fonctionne bien et elle commence par... la marmite. A Strasbourg, c’est très important car tout se passe au même endroit, dans un bâtiment gris et bleu : l’Institut de sciences et d’ingénierie supramoléculaires. Au 3ème étage se trouve le bureau du Nobel de chimie 2013, l'Austro-américain Martin Karplus, et au 5ème, ceux de Jean-Pierre Sauvage et de Jean-Marie Lehn.

Le déclic du premier Nobel. Ce dernier, spécialiste de la chime supramoléculaire (il a supervisé le doctorat de Jean-Pierre Sauvage), lauréat du Nobel en 1987, est le premier ingrédient de cette fabrique à récompenses. "Avoir un prix Nobel par étage ? Nous l'espérons !", s'exclame le chercheur. "Ce bâtiment, on le doit au prix Nobel que l'on m'a accordé. Si je ne l'avais pas reçu, jamais on ne m'aurait proposé de financer un bâtiment." Un bâtiment que Jean-Marie Lehn a su exploiter à bon escient. Il a osé une autre approche, différente en tout cas de ce qui se fait au CNRS et à la fac classique.

Une équipe internationale. Deuxième ingrédient de la recette à Nobel : le recrutement des chercheurs, élitiste et international, dit Catherine Florenz, vice-présidente de l’université de Strasbourg. "Le processus de sélection est très offensif au niveau international. Je ne sais pas quel est le secret des chimistes mais ils savent drainer des écoles d'adeptes et les former à une façon de penser tout en leur laissant beaucoup de liberté, de créativité. C'est très important". Ici, il y a 40 nationalités. Tous les chefs de labo sont des étrangers, sauf l’Alsacien historique Jean-Marie Lehn. Les doctorants sont recrutés pour six ans seulement, impossible de s’éterniser à son poste donc.

Faire la renommée de l'université. Avoir eu un Nobel dans son université, cela change beaucoup de choses, à commencer par les classements internationaux, comme l'explique Alain Beretz, directeur de la recherche au Ministère de l’enseignement supérieur. "Il y un classement qui tient beaucoup compte des prix Nobel, le fameux classement de Shanghai. Il y a des calculs à faire mais on peut supposer qu'avec cette nouvelle récompense, l'université de Strasbourg va gagner des places dans ce classement l'année prochaine." Deuxième effet : les équipes strasbourgeoises seront davantage citées dans des publications scientifiques. Pour une université, cela vaut de l'or. Il y a également un impact sur les inscriptions. A Toulouse, depuis le Nobel d’économie de Jean Tirole, on refuse des étudiants : 300 recalés cette année.

Une prime bienvenue. Enfin, le Nobel c’est de l’argent pour le lauréat. Des sous pour quoi faire ? Jean-Pierre Sauvage, tout nouveau Nobel de chimie, préfère en rire. "C'est ce que gagne Cristiano Ronaldo en 10 minutes ! Est-ce que vous allez lui demander toutes les 10 minutes ce qu'il compte en faire ?" En réalité, il devra partager les 8 millions de couronnes suédoises attribuées par le comité Nobel avec les deux autres co-lauréats, soit environ 250.000 euros par chercheur.