Les paquets de cigarettes neutres, ça fonctionne vraiment ?

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Les paquets de cigarettes neutres, ça fonctionne vraiment ?
Marisol Touraine a dévoilé jeudi son plan anti-tabac. Et l'une de ses mesures phares est l'instauration du "paquet neutre".@ EUROPE 1
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BONNE IDÉE ? - La France va adopter le paquet de cigarette neutre, a annoncé jeudi Marisol Touraine.

Poumons noirs, enfants malades, mention "fumer tue"… Les images et messages chocs, alertant les fumeurs sur les risques qu'ils encourent, seront bientôt les seuls éléments susceptibles de distinguer un paquet de cigarettes d'un autre. Marisol Touraine a dévoilé jeudi son plan anti-tabac. Et l'une de ses mesures phares est l'instauration du "paquet neutre", sur lequel la marque n'apparaît pas. Finit le chameau de Camel ou le logo blanc et rouge de Marlboro, donc. Tous devront avoir la même couleur, la même taille, la même forme et la même typographie. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

En Australie, cela fait presque deux ans que les fumeurs ont dû s'habituer à ces paquets uniformes. Et Si le bilan australien, le seul disponible, ne convainc pas (encore) tout le monde, le paquet "neutre" semble tout de même avoir un certain effet repoussant. Décryptage.

Les résultats sont là en Australie… L'Australie est le premier pays au monde à avoir, en décembre 2012, lancé le paquet "neutre". De couleur vert olive, ils sont tous identiques, dépourvus de logos et bardés d'avertissements sur les dangers du tabac. Et les résultats semblent au rendez-vous : la consommation de tabac et de cigarettes a diminué à 3,405 milliards de dollars australiens (2,35 milliards d'euros) au premier trimestre 2014, contre 3,508 milliards de dollars australiens au dernier trimestre 2012. En outre, une étude gouvernementale a montré cette année que le nombre de fumeurs quotidiens, âgés de plus de 14 ans est passé de 15,1% en 2010 à 12,8% en 2013. Le tout sans favoriser la contrebande : selon le British Medical Journal, la consommation de marques à bas prix et le nombre de fumeurs consommant des produits contrefaits n’ont pas évolué.

Mais ils ne sont pas (encore) probants. Mais il est difficile de dire si ces résultats sont liés à la mise en circulation des paquets neutres. En effet, en même temps, les autorités ont lancé une politique de hausse progressive, mais non négligeable, des taxes sur le tabac, avec une première flambée de 25% en 2010 et une autre de 12,5% en décembre 2013, qui porte désormais le paquet à 19 dollars australiens (plus de 13 euro). En outre, si la consommation de tabac a diminué début 2014, elle avait augmenté en 2013, après cinq ans de diminution.

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© EUROPE 1

Reste tout de même un élément encourageant : selon une enquête effectuée en Grande-Bretagne, qui songe également à lancer le paquet neutre, les fumeurs prennent moins de plaisir à fumer après s'être mis à ce type de paquet. La première semaine, ils sont 5% à se déclarer insatisfaits de fumer. Au bout de quatre semaines, la proportion passe à près de 40%.

Un argument juridique dans la balance. Le plus gros défi pour l'Australie, comme pour tous les pays qui veulent lui emboîter le pas, est peut-être encore à venir : à Genève,  l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est appelée à trancher sur la conformité avec les règles du commerce international de la loi australienne. L'OMC a déjà été saisie de ce dossier par cinq Etats : Cuba, la République Dominicaine et Honduras, tous trois gros fabricants de cigares, ainsi que l'Indonésie et l'Ukraine, qui s'estiment lésés par la législation australienne en tant que gros exportateurs de cigarettes. En effet, l'absence de logo sur le paquet pourrait poser des problèmes de propriété intellectuelle.

Avec le paquet neutre, "la marque est bannie, dans un format égal à toutes les cigarettes, sur un fond uniforme : nous perdons donc nos marques. C'est une atteinte grave à la propriété intellectuelle, qui va jusqu'à la spoliation", déplore ainsi Céline Audibert, porte-parole du groupe français Seita, filiale du cigarettier Imperial Tobacco. Selon une note de BNP Exane publiée en juillet dernier, en Grande-Bretagne, si l'Etat devait indemniser les fabricants pour la perte de leur marque, cela coûterait entre 9 et 11 milliards de livre sterling (entre 11 et 14 milliards d'euros).