Dangers du vin : "Les lobbies s'obstinent à considérer qu'il a un statut spécial en France"

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Épidémiologiste et signataire d'une tribune sur les dangers du vin, Catherine Hill estime que les Français ont spécialement tendance à sous-estimer les risques d'une surconsommation.

INTERVIEW

"Vu du foie, le vin est bien de l'alcool". Tel est le titre d'une tribune publiée lundi par plusieurs médecins dans les colonnes du Figaro. Une manière pour ces professionnels de contrebalancer les dernières déclarations d'Emmanuel Macron, qui a notamment affirmé fin février, en marge d'une rencontre avec des agriculteurs, qu'"il y a[vait] un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais [que] ce n'est pas avec le vin". Pour Catherine Hill, épidémiologiste et signataire de la tribune, l'aura qui entoure le vin en France, deuxième pays producteur mondial, tend à en minimiser les risques qu'il comporte en matière de santé publique. "Les lobbies du vin s'obstinent à considérer que le vin à un statut spécial en France, alors que du point de vue de la santé, c'est faux. Il faut absolument dire qu'il représente 59% de l'alcool bu en France", relève-t-elle au micro d'Europe Midi.

Un tueur que l'on sous-estime. "Le vin, c'est 29.000 des 49.000 morts [dus à l'alcool, ndlr]. C'est beaucoup de cancers : 28.000 cancers en 2015 attribuables à l'alcool, dont 17.000 au vin", énumère-t-elle. Et alors que le président de la République a confié "boire du vin le midi et le soir", Catherine Hill veut dénoncer le flou qui entoure les notions de "modération" et d'"abus", notamment dans les campagnes publicitaires des marques d'alcool. "La modération et l'abus ne sont jamais définis, c'est le discours des lobbies du vin : on ne dit pas ce que c'est", s'agace-t-elle.

La population française, trop grande consommatrice. "Je ne suis pas contre le bon vin, les gens qui fabriquent du Pomerol à 65 euros la bouteille ne me dérangent pas du tout, mais ce qu'il faut que les gens comprennent, c'est que la population française boit trop d'alcool et que le vin est une grande partie de cet alcool", poursuit cette spécialiste. "On recommande de ne pas boire plus de dix verres de vin par semaine et la population française en boit en moyenne 2,6 par jour", soit plus de 18 verres de vin en sept jours. "C'est beaucoup trop", conclut-elle.