Chaque année, 1.000 enfants sont touchés par un AVC en France : "C'est quelque chose de brutal, qui s'installe en quelques minutes"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Invitée de Matthieu Belliard sur Europe 1, Isabelle Desguerre, chef du service de neuropédiatrie à l’Hôpital Necker, déplore le manque de réactivité des professionnels de santé face à un diagnostic qu'ils n'imaginent pas devoir poser sur d'aussi jeunes patients.

INTERVIEW

Si les accidents vasculaires cérébraux (AVC) frappent chaque année environ 140.000 Français, 1.000 d'entre eux sont encore des enfants, voire des nourrissons. Un phénomène que même les médecins ont du mal à appréhender, tant cette pathologie est associée à l'adulte, et notamment aux plus de 65 ans qui restent les premières victimes des AVC. Alors que le 29 octobre marque la journée mondiale de l'AVC, Isabelle Desguerre, chef du service de neuropédiatrie à l’Hôpital Necker-Enfants Malades, tient à rappeler au micro de Matthieu Belliard, sur Europe 1, "l'enjeu fondamental" que représentent un diagnostic et une prise en charge rapide chez les plus petits.

Les enfants oubliés par les parcours d'urgence. "Tout notre travail, ces dernières années, a été d'informer et de former les médecins, les pédiatres, les urgentistes et le Samu à cette possibilité [d'un AVC chez les plus jeunes, ndlr] pour que l'on ait des diagnostics précoces et une absence de perte de chances", explique la neurologue. "Si tout le réseau est organisé chez les adultes, on avait l'impression que les enfants étaient oubliés", relève-t-elle. "Il y a cinq ans, le délai entre le premier symptôme et le diagnostic d'AVC était de 26 heures [chez les enfants, ndlr], ce qui est dramatique par rapport aux chiffres de l'adulte", déplore-t-elle.

>> Du lundi au vendredi, retrouvez de 17h à 20h le grand journal du soir avec Matthieu Belliard sur Europe 1

Quels symptômes ? Pour accélérer les prises en charge, il est essentiel que les professionnels, comme les parents, soient en mesure de percevoir des signaux d'alerte que l'on n'imagine pas chez d'aussi jeunes patients. "Les symptômes sont la survenue d'une épisode neurologique aigu, en dehors de tout contexte fébrile", explique Isabelle Desguerre. En clair, l'enfant présente soudainement un boitement, une difficulté à parler ou n'arrive plus à utiliser l'un de ses membres, sans qu'il n'ait subi un traumatisme et sans qu'il n'ait de fièvre. "C'est quelque chose de brutal, qui s'installe en quelques minutes et qui n'est pas réversible", souligne la neurologue. "On peut avoir l'impression que ça disparaît un peu, et puis ça réapparaît une demi-heure plus tard."

Des chances de récupérations élevées. La rapidité de la prise en charge permet de limiter d'autant plus les dégâts sur le cortex que les enfants ont un potentiel de récupération bien plus élevé que les adultes. Souvent, "ses artères sont saines et il n'a pas de maladie générale", pointe Isabelle Desguerre. Alors que chez l'adulte les veines se détériorent, peuvent être obstruées par un excès de cholestérol, chez les plus jeunes, "il s'agit d'une lésion qui va se produire sur un trajet artériel, ce que l'on appelle une vascularite. Le reste de sa vascularisation cérébrale est normal". Ainsi, "l'enfant a un potentiel 'rééducatif' plus encourageant et plus mobilisable que celui de l'adulte".