Additif E171 : faut-il arrêter de manger des bonbons ?

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Additif E171 : faut-il arrêter de manger des bonbons ?
Le dioxyde de titane ou E171 est un colorant alimentaire utilisé pour donner un aspect brillant ou blanc aux aliments. (Illustration)@ AFP
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L'additif E171, utilisé en confiserie et pâtisserie, est responsable de cellules précancéreuses chez les rats, ont constaté des chercheurs de l'Inra.

Le dioxyde de titane, un additif aussi connu sous le nom de E171 entre dans la composition de petites douceurs, confiseries, chewing-gums et autres gâteaux. Des chercheurs de l'Inra, ont pourtant montré dans une étude publiée fin janvier effectuée sur des rats, que la consommation de cet additif entraînait l'apparition de cellules précancéreuses chez 40 % des rongeurs testés. Mais faut-il pour autant craindre pour notre santé et arrêter de manger bonbons et autres confiseries ? Éric Houdeau, biologiste, directeur de recherche en physiologie et toxicologie alimentaire à l'Inra de Toulouse, coauteur de cette étude, nous éclaire.

  • À quoi sert le dioxyde de titane ?

Le dioxyde de titane ou E171 est un colorant alimentaire utilisé depuis les années 1960 pour donner un aspect brillant ou blanc aux aliments. "Ses propriétés sont uniquement esthétiques", précise Éric Houdeau. On le retrouve dans notre alimentation - dans les confiseries et les décors de pâtisserie donc - mais également dans notre dentifrice et dans certains médicaments, peintures et crèmes solaires. Selon l'association Agir pour l'environnement, ce colorant est notamment présent dans plus de 100 produits alimentaires destinés aux enfants.

"En moyenne, les adultes en consomment chaque jour 0,5 à 1 mg par kilo de corpulence", étaye le chercheur, soit grossièrement 60 mg pour un individu de 60 kg. "Chez les enfants, c'est en moyenne 9 mg par kilo chaque jour. Car ils sont davantage consommateurs de sucreries mais aussi parce qu'entre 2 et 6 ans, ils avalent parfois leur dentifrice", ajoute le biologiste.

Outre son pouvoir colorant, le E171 a pour particularité de contenir des nanoparticules, des particules 50.000 fois plus petites qu'un cheveu qui sont davantage absorbées par l'organisme. C'est-à-dire qu'elles peuvent traverser les cellules et s'accumuler au niveau des organes. 

  •  Quel est l'effet de ces nanoparticules sur les rats ?

"Cette absorption et l'accumulation de ces nanoparticules n'est pas neutre", explique Éric Houdeau. "Cela perturbe notamment l'équilibre du système immunitaire de l'intestin. Et cela se traduit par une baisse de la réactivité des défenses." Face à une agression, l'organisme des rats répond aussi davantage par l'inflammation, ce qui peut, à terme, favoriser le développement de certaines maladies.

Après 100 jours de consommation, d'une dose de 10 mg par kilo de corpulence chez les rats, les chercheurs ont constaté le développement dans la muqueuse du côlon (le dernier segment du gros intestin) d'une micro inflammation. "40 % des animaux testés ont développé des lésions précancéreuses", remarque le chercheur. "Ces cellules peuvent dégénérer ou pas. Cela devra faire l'objet d'autres études".

  • Peut-il y avoir des conséquences pour l'homme ?

"Il n'est pas possible de transposer les résultats de cette étude menée sur les rats à l'homme", soutient Éric Houdeau. "On ne peut dire pour l'heure, s'il est dangereux de manger du dioxyde de titane. Mais l'on peut affirmer que c'est la première fois que l'on identifie de telles conséquences chez l'animal".

En 2015, José Bové était parti en guerre, au nom du principe de précaution, contre les M&M's qui contiennent de l'E171. "Aucun test de santé n'a jamais été fait", avait-il pointé. Par mesure de précaution, également, l'entreprise Verquin, qui commercialise les bonbons Têtes brûlées, et le confiseur Lutti, ont décidé depuis décembre de ne plus utiliser cet additif dans la fabrication de ces bonbons acidulés.

Des premières mesures ont également été prises contre ce colorant. "L'OMS a classé le dioxyde de titane comme cancérogène possible pour l'homme dans le cas d'une exposition par inhalation, ce qui concerne les personnes qui participent à sa fabrication", rappelle le chercheur. Et depuis la publication de l'étude de l'Inra, les ministères de la Santé, de l'Économie et de l'Agriculture ont saisi l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail pour évaluer les risques. Elle devra rendre une première étude fin mars.