Régionales : l’impossible équation du PS face au FN

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Régionales : l’impossible équation du PS face au FN
Pour Marine Le Pen, une fusion droite-gauche dans le Nord ne serait pas un coup dur. D'abord parce qu'elle pourrait tout de même l'emporter, ensuite parce qu'elle pourrait brocarder l'"UMPS".@ AFP
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Dans les régions où le Front national peut l’emporter, le Parti socialiste est déchiré entre fusion avec la droite, retrait pur et simple ou maintien de sa liste. Et aucune solution n’est satisfaisante. 

Manuel Valls le dit, le répète, l’assène : il faut faire barrage au FN lors des élections régionales des 6 et 13 décembre prochain. Et par tous les moyens. Le Premier ministre a encore insisté mardi matin sur Europe 1. "Chacun devra prendre ses responsabilités, à gauche comme à droite, pour empêcher le Front national de gagner une région. Chacun devra prendre ses responsabilités. Ce message ne s’adresse pas qu’à la gauche. Ce message s’adresse à chacun", a-t-il lancé, un brin insistant.  

Voilà pour l’intention. Mais concrètement, comment le PS va-t-il réagir au soir du 6 décembre ? La question n’a toujours pas été tranchée rue de Solférino, où se tenait pourtant un bureau national lundi soir. "Rien ne sera discuté avant le bureau national du dimanche soir, après le premier tour", confirme la sénatrice Marie-Noëlle Lieneman, membre du BN du PS. Si les caciques du Parti socialiste hésitent tant, c’est qu’aucune solution qui s’offre à eux, fusion, retrait ou maintien, ne semble satisfaisante. Dans les régions concernées, le PS est plus que jamais dans la nasse.

Le problème se pose d’autant plus qu’il y a quelques semaines encore, une victoire du FN dans une région était hypothétique. Désormais, et notamment en raison d’un "effet attentats" qui a conforté ses positions, il pourrait bien l’emporter dans deux, voire trois régions : Nord-Pas de Calais-Picardie, Paca et Bourgogne Franche-Comté. Autant de casse-têtes en perspective au soir du premier tour.

  • La fusion, potentiellement efficace, mais…

En Nord-Pas de Calais-Picardie, et dans une moindre mesure en Paca, la fusion des listes de droite et de gauche pourrait être la seule solution pour que le FN ne l’emporte pas. C’est Manuel Valls himself qui avait lancé l’hypothèse le 11 novembre. A l’époque, qui semble désormais bien lointaine, cette suggestion avait soulevé un tollé quasi-unanime. Depuis, l’idée fait son petit bonhomme de chemin. Pas officiellement bien sûr. Aucun membre du PS n’avouera face au micro qu’il envisage une alliance avec la droite, sauf à être extérieur à l’élection, comme l’actuel président PS de la région Nord-Pas de Calais, Daniel Percheron, qui ne se représente pas. Mais dans les coulisses, les discussions existent.  

Cette stratégie a ses revers, et ils sont de taille. D’abord, dans le grand Nord, elle n’est pas une garantie du succès. En effet, selon un sondage BVA publié dimanche, Marine Le Pen l’emporterait avec 51% des voix face à une liste de fusion droite-gauche. Dans cette hypothèse, la victoire de la présidente du FN serait plus éclatante encore, à rebours de l’effet recherché.

"L'UMPS décomplexé". Ensuite, même si la stratégie fonctionnait, elle pourrait être destructrice à long terme. Car le FN aurait alors beau jeu d’entonner son refrain préféré, celui de l’UMPS. Au lendemain de la proposition lancée par Manuel Valls, le 12 novembre, Marine Le Pen avait ainsi peine à cacher sa jubilation lors d’une interview sur France Bleu Nord, avec cette formule, également employé par Florian Philippot, numéro 2 du FN, sur BFMTV : "l’UMPS décomplexé".


Marine Le Pen invitée de France Bleu Nordpar francebleu-nordnormandie

Car ce que vise la président du FN, c’est bien la présidentielle de 2017. Si d’aventure elle échouait face à une alliance gauche-droite, sa victimisation serait alors une part essentielle de sa communication. "Elle gagnerait parce qu'alors le discours anti-magouilles, anti-système et anti LRPS redoublerait", résume le politologue Oliver Duhamel sur Le Lab.  

Des discussions difficiles. Enfin, même si droite et gauche décidaient finalement de fusionner, les discussions s’annoncent au minimum compliqué entre deux camps d’ordinaire opposé. Dans le Nord par exemple, 360 noms à caser sur une liste de 180 candidats, l’équation s’annonce insoluble. D’autant que le temps est compté, car la date limite du dépôt des listes pour le second tour a été fixée au mardi 8 décembre, 18 heures.

  • Se maintenir ou disparaître

Les alternatives à la fusion sont tout aussi déprimantes pour le PS. Le maintien, et c’est la victoire du Front national : certaine dans le Nord, probable en Paca, possible en Bourgogne-Franche-Comté. Une responsabilité lourde à porter, alors qu’à en croire les sondages, le PS sera arrivé en troisième position au premier tour dans chacune de ces régions. L’autre solution, c’est le retrait pur et simple. Avec cette fois la certitude de n’avoir aucun élu régional dans les territoires concernés pendant cinq longues années. Plus de relais local, aucun moyen de peser sur les débats, et un conseil Régional où n’existent que la droite et le FN… Il est des perspectives plus réjouissantes quand on est de gauche. 


Fusion, mode d’emploi

La loi électorale fixe le seuil nécessaire pour se maintenir au second tour d’une élection régionale à 10% des suffrages exprimés. Mais celles qui ont atteint entre 5 et 10% des voix ne sont pas pour autant totalement éliminées, puisqu’elles peuvent fusionner avec des listes ayant obtenu un résultat à deux chiffres.

Dans les faits, rien n’interdit même à un candidat d’une liste n’ayant pas atteint le plafond nécessaire de devenir le nouveau leader de la nouvelle liste ainsi constituée. Mais dans les faits, c’est celle qui est arrivé en tête qui est en position de force et conserve le leadership.

Les discussions débuteront probablement dès l’annonce des résultats du premier tour, dimanche soir. Les équipes auront alors la lourde charge de se mettre d’accord sur une nouvelle liste, ce qui est rarement chose aisée. Et elles ne disposent pas non plus d’un temps infini, puisque les listes doivent être déposées avant le mardi 8 décembre, 18 heures. Entre dimanche soir et cette date, les nuits s’annoncent courtes pour les candidats concernés.