Présidentielle : ces répliques qui ont marqué l'histoire des débats de l'entre-deux-tours

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Présidentielle : ces répliques qui ont marqué l'histoire des débats de l'entre-deux-tours
Tour d'horizon de ces répliques politiques devenues cultes pendant le débat présidentiel du second tour.@ Montage Europe 1
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Europe 1 revient sur ces répliques cultes qui ont fait mouche pendant l’incontournable débat présidentiel du second tour.

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C’est une tradition républicaine. Le débat de l’entre-deux-tour est devenu l’un des temps forts de la campagne présidentielle depuis 1974. En attendant celui qui opposera Emmanuel Macron à Marine Le Pen, le 3 mai, Europe 1 vous propose de (re)entendre quelques répliques passées à la postérité, plus ou moins assassines, et, bien souvent, sorties de la bouche du vainqueur.

1974, Le monopole du cœur. 1974. Exercice inédit à la télévision française : pour la première fois, les deux candidats du second tour de la présidentielle – Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand –, acceptent de débattre en direct devant les Français. Un échange largement marqué par les réparties de Valéry Giscard d’Estaing, dont une restée dans les annales. Alors que le socialiste reproche à la droite son manque de "cœur", et une mauvaise redistribution des "fruits de l’effort national", son adversaire l’accuse de verser dans le pathos : "Je trouve toujours choquant et blessant de s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur ! Vous ne l'avez pas... J'ai un cœur comme le vôtre qui bat à sa cadence et qui est le mien. Vous n'avez pas le monopole du cœur". "… Sûrement pas", glisse finalement, et à mi-voix, François Mitterrand. Valéry Giscard d’Estaing confiera plus tard dans son autobiographie, Le Pouvoir et la Vie : "Je crois que j'ai été élu président de la République, grâce à une phrase de dix mots : ‘Mais, monsieur Mitterrand, vous n'avez pas le monopole du cœur !’".

1981, La revanche de François Mitterrand. Le socialiste, échaudé sept ans plus tôt, a préparé de longue haleine ce second duel avec Valéry Giscard d’Estaing. Il s’est notamment entraîné face à Laurent Fabius dans le rôle du président sortant, rapporte dans L'Obs Serge Moati, alors conseiller du candidat. Le jour j, à Giscard qui l’avait qualifié en 1974 d’ "homme du passé", ciblant sa longue carrière dans les ministères de la IVème République, François Mitterrand joue sur les mots pour mieux dénoncer l’immobilisme du septennat écoulé. "Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a sept ans, ‘l’homme du passé’, c’est quand même ennuyeux que vous soyez devenu dans l’intervalle, vous, l’homme du passif. Cela gêne un peu votre démonstration d’aujourd’hui".

1988, Chirac, Premier ministre malgré lui. Le débat de l’entre-deux tour de 1988, entre François Mitterrand et Jacques Chirac, marque aussi l’acmé d’une cohabitation difficile de plus de deux ans entre le socialiste et le leader du RPR. D’entrée de jeu, François Mitterrand, au zénith de sa popularité, assoie sa stature présidentielle et fait montre de sa supériorité en s’obstinant à renvoyer son adversaire à son siège de Premier ministre. "Permettez-moi de vous dire que, ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et que vous n’êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats, à égalité, et qui se soumettent au jugement des Français […]", finit par lui faire remarquer Jacques Chirac. Réponse du Sphinx : "Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre !".

1995, Un débat (trop) lissé ? Le duel télévisé de 1995, entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, apparaît comme le plus terne de la Vème République, et frôle par moment l’échange de courtoisies. "Il y avait de la clarté, il y avait de la différence, mais il n’y avait pas de bassesse", relève Alain Duhamel à la fin du direct, alors que les caméras tournent encore et enregistrent. "Les Français n’aiment pas ça. On se fait plaisir, on fait plaisir à ses militants, mais les Français ont horreur de ça", acquiesce Jacques Chirac. Un moment notable néanmoins et emblématique de l’ambiance générale de cet échange : lorsque Lionel Jospin défend sa proposition de réduire à cinq ans le mandat du président de la République. "Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac ! Ça serait bien long". De quoi faire éclater de rire son adversaire.


2002, pas de duel. À l’issue du séisme politique du 21 avril 2002, Jacques Chirac refuse de se confronter à Jean-Marie Le Pen sur un plateau télé. Le président sortant estime en effet qu’accepter un débat républicain avec son adversaire reviendrait à banaliser le FN. "Pas plus que je n’ai accepté dans le passé d’alliance avec le Front national, quel qu’en soit le prix politique, pas plus je n’accepterai demain de débattre avec son représentant", déclare-t-il le lendemain du premier tour, lors d’un meeting à Rennes.

2007, "pour être président de la République, il faut être calme" . Les deux candidats de 2007 s’écharpent pendant leur débat sur les questions d’éducation. Ségolène Royal reproche à Nicolas Sarkozy de laisser de côté la prise en charge des enfants handicapés. Le ton de la candidate PS monte rapidement, elle veut faire valoir "une colère saine". "Calmez-vous, calmez-vous. Ne me montrez pas du doigt avec cet index pointé", lui demande posément Nicolas Sarkozy, avant de relever : "Pour être président de la République, il faut être calme".

2012, une anaphore entrée dans l’histoire. À la question : "François Hollande, quel président voulez-vous être ?", l’intéressé se lance dans une série de quinze anaphores : "Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai par les parlementaires de la majorité à l’Elysée. Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon propre parti dans un hôtel parisien, etc…" La séquence s’étale sur trois minutes, et semble d’autant plus longue que Nicolas Sarkozy reste parfaitement silencieux. Sur Canal+, deux jours plus tard, François Hollande a expliqué que c’est le silence de son adversaire qu’il l’a poussé à surenchérir : "J’aurais pu continuer longtemps, j’en avais. Il attendait que ça s’arrête et ça ne s’arrêtait pas, dans ses yeux je lisais : ‘Mais quand est-ce que ça va s’arrêter ?’, je pensais que c’est une information qui échappait aux Français !".


>> Présidentielle 2017 : suivez le débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron mercredi 3 mai en direct sur Europe1.fr