Présidentielle : ce qui motive le vote des Français

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Présidentielle : ce qui motive le vote des Français
@ JEFF PACHOUD / AFP
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Projets des candidats, personnalités, sondages, catégories professionnelles, âges… Par quoi le vote est-il influencé ? 

Ce que l’on sait, c’est que l’on ne sait rien. Cet adage socratique s’applique parfaitement au résultat du premier tour de la présidentielle, que l’on ne connaîtra vraiment que dimanche prochain. A quelques jours du scrutin, l’incertitude perdure. Alors que quatre candidats s’affichent comme potentiellement qualifiables au second tour selon les sondages, un tiers des Français déclarent encore hésiter sur leur bulletin de vote. Seulement 64 à 72% d’entre eux se disent même certain d’aller voter. Les raisons de s’abstenir sont connues : les hommes et femmes politiques ont déçu, les Français ne croient plus en eux. C'est en tout cas ce que répondent 44% des interrogés, selon le dernier sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde. Mais sait-on ce qui pousse les Français à se déplacer pour aller voter ? Quelles sont leurs motivations dans le choix de tel ou tel candidat ? Eléments de réponses.

Les propositions et les idées mises en avant

D’après la dernière enquête de sociologie électorale du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), parue en avril, ce sont les "propositions et les idées des candidats" qui poussent les électeurs à faire leur choix (88% citent ce motif et 76% le citent même en premier). Suivent, loin derrière, la personnalité des candidats (48% et 7%) et le rejet des autres candidats (31% et 10%). Les motivations varient, toutefois, selon le candidat : les sympathisants de droite ne sont que 43% à citer la personnalité du candidat, contre 55% des électeurs tentés par Emmanuel Macron ou 54% des sympathisants de Jean-Luc Mélenchon.

Qu’en est-il du vote utile ? Les "chances du candidat de gagner la présidentielle" ne motivent que 23% des électeurs, à en croire cette enquête (seuls 5% citent même ce motif en premier). Mais là encore, des différences se dessinent selon les candidats : la possibilité de la victoire séduit 30% des sympathisants d’En Marche, contre seulement 14% des sympathisants du Front de gauche.

Les sondages comptent dans la part du choix

Ces chiffres, parus début avril, sont en outre susceptibles de changer à mesure que la fin de la campagne se profile. En clair, plus le temps passe, plus le vote utile peut prendre de l’ampleur dans l’esprit des électeurs, notamment sous l’influence des sondages. En un mois, les intentions de vote Ifop en faveur de Jean-Luc Mélenchon sont par exemple passées de 10% à 19%. Pour les analystes, en effet, plus un candidat apparaît en mesure de gagner, plus il attire. "Les sondages comptent dans la part du choix des électeurs qui se fait à court terme. C'est un élément qui leur sert à la fin de la campagne, quand ils vont actualiser leur choix personnel : s'assurer que tel candidat est toujours celui dont le programme leur plaît le plus, mais aussi tenter de calculer si leur favori peut se qualifier au second tour", analyse Bruno Cautrès, chercheur au CNRS, cité par FranceTVInfo.

Beaucoup de vote pour le "moins pire"

En outre, si les idées d’un candidat comptent, le choix d’un candidat ne signifie pas forcément l’adhésion pleine et entière à son projet. Beaucoup, en effet, semblent opter pour "le moins pire". Ainsi, d’après le Cevipof, 57% des électeurs tentés par Emmanuel Macron déclarent faire leur choix "par défaut", contre 39% pour Marine Le Pen, 31% pour Jean-Luc Mélenchon, 29% pour Benoit Hamon et 28% pour François Fillon.

Chez les "petits candidats", c’est François Asselineau qui suscite le plus de vote d’adhésion : seuls 20% de ses électeurs interrogés indiquent le choisir par défaut. A l’inverse, Jean Lassalle est le candidat qui semble susciter le moins de conviction : 71% des électeurs le choisiraient, lui, par défaut. "Le vote par défaut est le signe d’une fragilité de la construction électorale qui peut affaiblir le candidat d’ici le scrutin et, en cas de victoire, rendre plus difficile la réalisation de son projet de refondation de la vie politique", décrypte le politologue Jérôme Jaffré, dans une note du CEVIPOF.  

La catégorie socio-professionnelle influence toujours, mais plus comme avant

Si elles ne se font plus selon un clivage gauche-droite, il y a bien encore des fractures dans l’électorat en fonction de la catégorie socio-professionnelle. Ainsi, 35% des cadres supérieurs déterminés à aller voter choisissent Emmanuel Macron, contre seulement 17% des ouvriers et 22% des employés, à en croire une autre enquête du Cevipof réalisée en ligne au mois de mars auprès de 15.000 électeurs. Le rapport s’inverse chez Marine Le Pen : elle séduit 42% des ouvriers certains d'aller voter, et seulement 14% des cadres-sup’.

La gauche semble pour sa part de plus en plus s’éloigner des classes populaires : l’ensemble des candidats de gauche ne recueillent que 16% du total des intentions de vote des ouvriers et 29% du vote de ceux qui sont certains d’aller voter. Le vote des employés se répartit entre l’abstention (38,4%), Marine Le Pen (34% de ceux prêts à voter), Emmanuel Macron (22,5%), Benoît Hamon (13,5%) et Jean-Luc Mélenchon (13 ,2%).

À droite, les transformations sont également à l’œuvre

"À droite, les transformations sont également à l’œuvre. Alors que les cadres, professions indépendantes et même les agriculteurs constituaient le cœur de l’électorat de droite, ces catégories sociales ne sont plus aussi dominantes", commente le directeur du Cevipof, Martial Foucault. Les cadres, eux, regardent vers Emmanuel Macron et un tiers des agriculteurs se disent séduits par la candidate frontiste (seuls 13,5% choisissent François Fillon).

Ces chiffres sont toutefois à prendre avec beaucoup de pincettes, car la grande gagnante de ces enquêtes reste l’abstention : elle est en tête des intentions (de 35% chez les cadres supérieures à 50% chez les agriculteurs) quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle.

La jeunesse indécise

L’âge semble aussi influencer le comportement électoral. Ainsi, la jeunesse se caractérise par sa… volatilité. En mars, un sondage Ifop sur les 18-25 ans plaçait Marine Le Pen (29%) en tête de leurs suffrages, devant Emmanuel Macron (28%) et loin devant Jean-Luc Mélenchon (14,5%). Mais en fin de semaine dernière, un autre sondage sur les 18-24 ans du même institut hissait le candidat de la France insoumise en tête avec 30% des intentions de vote, devant Marine Le Pen (22%) et Emmanuel Macron (20%).

Ce qui n'est pas surprenant : tous les instituts de sondages indiquent qu’une majorité de moins de 25 ans n’est toujours pas sûre de son choix et que plus de 40% des jeunes sont tentés par l’abstention. "On oublie qu'en 2012, 18% des 18-24 ans ont voté pour Marine Le Pen au premier tour. Il y a chez eux une très forte défiance à l'égard de la politique, une crise des partis politiques de gouvernement et donc une volonté de se reporter sur des forces politiques soit hors système, soit nouvelles", analyse la sociologue Anne Muxel, citée par BFM.

À l’inverse, seul un petit tiers de retraités n'ont pas fait leur choix et un quart seulement se disent tentés par l’abstention. Selon le Cevipof, c’est vers François Fillon que ces derniers se tournent le plus (26,7%), devant Emmanuel Macron (25,4%) et Marine Le Pen (21,8%).