Présidentielle 2017 : et si c'était Royal ?

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Présidentielle 2017 : et si c'était Royal ?
Ségolène Royal serait vue par plusieurs pontes socialistes comme un recours pour représenter la gauche à la présidentielle.
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Alors que François Hollande atteint des sommets d'impopularité, l'idée de la candidature de sa ministre de l'Environnement fait son chemin au Parti socialiste.

Elle "est sans doute celle qui peut offrir au parti la porte de sortie la plus honorable", dit-on rue de Solférino. Selon le JDD, dimanche, l'hypothèse d'une candidature de Ségolène Royal à la primaire de la gauche, en lieu et place de François Hollande, est considérée très sérieusement par de nombreux socialistes.

La ministre de l'Environnement ne nie d'ailleurs pas dans les colonnes de l'hebdomadaire. "Si c'était gagnable, on ne viendrait pas me chercher", lâche-t-elle. Sous-entendant du même coup qu'on pense à elle, mais aussi que la gauche voit dans la candidature de François Hollande à sa propre réélection, processus pourtant habituel de la Ve République, l'assurance de perdre la présidentielle. Surtout que ceux qui se tournent désormais vers elle "ne sont pas les ségolénistes".  

La candidature de Hollande compromise ? La situation est, de fait, très compliquée pour le Parti socialiste. La candidature du président, qui semblait ne faire aucun doute après le discours de Wagram du 8 septembre dernier, est désormais remise en cause par son propre camp. Il y a les sondages qui ne décollent pas, bien sûr, mais aussi la sortie du livre des journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui a semé le trouble chez les socialistes. Même les plus fidèles hollandais, comme Stéphane Le Foll, Claude Bartolone ou Jean-Christophe Cambadélis, n'ont pu s'empêcher de rester perplexes devant cette accumulation de confidences présidentielles plus ou moins gênantes. À tel point que, pour certains, il ne peut s'agir que d'un "suicide politique" du chef de l'État, qui saurait que ses chances de victoire sont quasi nulles.

Si c'était gagnable, on ne viendrait pas me chercher.

Position rassembleuse. Dans ce contexte, Ségolène Royal serait le recours. Selon le JDD, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, et le député frondeur Patrick Mennucci, seraient tombés d'accord : elle "coche toutes les cases". C'est une femme d'expérience, déjà candidate à la présidentielle en 2007, puis à la primaire socialiste de 2011 en vue de 2012. Son positionnement est potentiellement rassembleur. Celle qui a repris à Laurent Fabius la présidence de la COP 21, se dit contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et livre une guerre sans merci à Manuel Valls dans le dossier des boues rouges en mer au large de Cassis, peut séduire les écologistes. Elle est également appréciée des frondeurs, qui se souviennent qu'elle a plaidé pour le dialogue sur la loi Travail. Mais c'est aussi celle qui, en 2006, a mis les thèmes de "l'ordre juste" et de la sécurité au cœur de sa campagne. Autre avantage, et non des moindres : ses relations avec Emmanuel Macron sont très bonnes. De là, peut-être, à neutraliser une (encore hypothétique) candidature de l'ancien ministre de l'Économie.

Limiter la casse. Alors que tous, à gauche, s'accordent à dire que l'unité est la seule façon de ne pas perdre l'élection présidentielle, Ségolène Royal "peut parler à Macron comme à Mélenchon", estime l'un de ses soutiens, le député Guillaume Garot, dans le JDD. Et "personne d'autre qu'elle ne peut le faire". Les ségolénistes de toujours se prennent même à espérer que leur favorite, après avoir gagné la primaire, pourrait contredire tous les sondages en arrivant au second tour de la présidentielle, voire en remportant l'élection. Les récemment convertis, eux, estiment qu'elle peut à tout le moins limiter l'humiliation du Parti socialiste en arrivant devant Jean-Luc Mélenchon. Et ainsi garder les troupes en ordre de marche pour les législatives de juin.

Ségolène Royal peut parler à Macron comme à Mélenchon. Personne d'autre qu'elle ne peut le faire.

Valls en embuscade. Mais les velléités ségolénistes des hiérarques socialistes pourraient bien être contrariées. D'abord parce que, dans l'hypothèse d'un empêchement de François Hollande, la ministre de l'Environnement n'est pas la seule sur la ligne de départ. Manuel Valls aussi piaffe d'impatience. Et l'a démontré plusieurs fois ces deux dernières semaines. Le Premier ministre a critiqué le manque de "hauteur de vue" de François Hollande après la parution du livre de Davet et Lhomme. A adouci son discours sur l'islam et la laïcité, avant d'appeler au rassemblement de la gauche, samedi, lors d'un meeting à Tours. Et se pose, encore et toujours, en homme d'État responsable et occupé quand le président, lui, passe son temps à parler aux journalistes.

Royal hésitante. Ensuite parce que Ségolène Royal elle-même n'affiche pas clairement des ambitions présidentielles. "Pour l'instant, c'est François Hollande qui est candidat", affirme-t-elle au JDD. "Il faut arrêter de lancer une campagne avant l'heure." La ministre de l'Environnement n'a probablement pas oublié l'échec cuisant de la primaire de 2011. Elle était arrivée quatrième et n'avait pu retenir ses larmes devant les caméras. Pas sûr que celle qui a réussi son retour politique veuille de nouveau se frotter à ce type de scrutin. Et ce d'autant plus qu'elle fait les yeux doux à un poste "à l'international", comme celui de secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des questions climatiques.