Pierre Rosanvallon : "Ce qui mine la politique, c'est la défiance"

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La nomination du gouvernement a été retardée d'un jour afin de s'assurer de l'intégrité des futurs ministres. Un bon signal pour l'historien Pierre Rosanvallon.

INTERVIEW

La composition du nouveau gouvernement ne sera connue qu'à 15h. L'annonce, qui devait avoir lieu mardi, a été reportée pour permettre à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique d'étudier les patrimoines des futurs membres du gouvernement et prévenir les conflits d'intérêts. 

Rétablir la confiance. Interrogé dans la matinale d'Europe 1, l'historien et sociologue Pierre Rosanvallon, auteur du livre Le Bon gouvernement, s'est réjouit de ce report. "Ce qui mine la politique, c'est la défiance. Il faut donc construire de la confiance. Cela passe par des signaux qui montrent qu'on peut tabler sur une personne. La transparence, c'est cela", affirme-t-il mercredi. "La confiance, c'est l'hypothèse que l'on peut faire sur le comportement futur d'une personne. Si on sait qu'une personne est intègre, on pense qu'on peut parier sur elle pour l'avenir", ajoute Pierre Rosanvallon, également professeur au Collège de France. 

Le "dégagisme", une volonté populiste. Au cours de la campagne présidentielle, la question de la moralisation de la vie politique a été centrale. Le dernier quinquennat a été marqué par la retentissante affaire Cahuzac, et celle concernant la phobie administrative de Thomas Thévenoud. Certains candidats à l'Elysée, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon, avaient prôné le "dégagisme", véritable coup de balai sur ces politiques dont l'intégrité est mise en cause. "Il y a deux façons de considérer l'assainissement : la manière populiste, et la transparence qui permet d'apporter des éléments stables. Quand on joue sur la transparence, quand on donne des éléments de présomption de l'intégrité d'une personne, on est sur un terrain démocratique solide. Le reste est vraiment de la démagogie. Le populisme, en voulant assainir les choses, démonétise la démocratie, et la détruit", prévient Pierre Rosanvallon. 

La responsabilité qui incombe à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique est donc immense.