Michel Rocard et François Mitterrand, deux frères ennemis

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La rivalité qui a opposé François Mitterrand et son premier ministre Michel Rocard ne s'est achevée qu'à la mort de l'ancien président de la République.

En 20 ans de duels, Michel Rocard, disparu samedi à 85 ans, n’est jamais sorti vainqueur. La rivalité politique qui opposait l’ancien Premier ministre à François Mitterrand est célèbre. Elle s’est muée au fil du temps en une haine tenace. "Quel incompétent !", disait Michel Rocard à propos du premier président socialiste de la Ve République. "Quelle inculture !", lui répondait ce dernier.

Ambition présidentielle. Tenant d’une deuxième gauche réformiste, hostile au programme commun avec le parti communiste, Michel Rocard avait quitté le Parti socialiste unitaire pour rejoindre le PS dans les années 1970. Il avait commis la faute de défier François Mitterrand, en se présentant le 19 octobre 1980 à la présidentielle. "Je propose aux Français de conquérir ensemble le pouvoir, pour devenir ensemble responsable de la France", avait-il lancé depuis sa municipalité de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. "Faites !", lui avait dit François Mitterrand la veille…

Premier septennat. Quelques jours plus tard, le chef incontesté du PS annonce sa propre candidature, et Michel Rocard est prié de se retirer. Populaire, considéré comme l’un des plus brillants esprits de sa génération, il est confiné par le nouveau chef d’Etat aux ministères techniques, le Plan et l’Agriculture sous le premier septennat, dont il claque finalement la porte en 1985, arguant d’un désaccord sur l’instauration du scrutin proportionnel.

Mitterrand, "un homme malhonnête". En 1988, c’est la revanche ! Michel Rocard annonce qu’il sera cette fois candidat jusqu’au bout. Mais il est de nouveau contraint de céder la place à un François Mitterrand qui, selon ses termes, "lève l’hypothèque Rocard", en le nommant Premier ministre. Commence trois années de calvaire pour Michel Rocard, qui quitte Matignon en 1991. Il attendra la mort de François Mitterrand pour dire tout le mal qu’il en pensait : "Un homme malhonnête, entouré de gens à la moralité douteuse".