Mais pourquoi accepter le poste de trésorier de l'UMP ?

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Mais pourquoi accepter le poste de trésorier de l'UMP ?
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Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, a été nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy. Et il se dit serein.

L'INFO. "Pour moi, le trésorier est l'un des dirigeants les plus importants du parti." Eric Woerth sait de quoi il parle : il a géré la bourse de l'UMP de 2004 à 2012. Mercredi soir, Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais, a été nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy. "Il me l'a demandé il y a une quinzaine de jours" confiait-il à Europe1.fr quelques jours avant sa nomination officielle. Mais pourquoi donc accepter ce job, alors que l'UMP est en situation délicate financièrement ?

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Un job "risqué". Le trou est abyssal : l'endettement bancaire de l'UMP tourne autour des 74 millions d'euros. "Il n'y a tellement plus d'argent que dans les bureaux politiques, on n'a plus d'Evian mais de l'eau de source moins chère", raconte un cadre du parti. L'anecdote en dit long. La priorité du moment est à trouver de nouvelles économies et d'autres sources de revenus. "J'ai déjà réfléchi à cela et j'ai envoyé une note à Sarkozy", confie Daniel Fasquelle qui, officieusement, reçoit déjà du monde depuis une quinzaine de jours. Car le job est compliqué. "Risqué" même, selon Eric Woerth.

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"Il y a toujours un halo de suspicion". Pour le tout premier trésorier du mouvement (photo), contacté par Europe1.fr, "c'est un rôle politique crucial. Ce n'est pas valorisant, mais c'est un job essentiel, où on peut se prendre beaucoup de coups." Eric Woerth, qui a également occupé le poste de ministre du Budget de 2007 à 2010, estime encore que la complexité du poste est inhérente est à la fonction : "argent et politique font rarement bon ménage. Il y a toujours un halo de suspicion, quoique l'on fasse."

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"Je lui souhaite bon courage !" Mais quand on lui rapporte les propos de son prédécesseur, Daniel Fasquelle, proche de Nicolas Sarkozy, botte en touche et renvoie à son passé d'adjoint aux finances de sa commune du Touquet pour expliquer sa sérénité. "J'ai déjà eu à gérer des situations financières délicates", assure-t-il, fort de son agrégation de droit privé. Une expérience qui devrait lui servir. "Il est tout à fait formaté pour la fonction. Je lui souhaite bon courage !", poursuit Eric Woerth, bon camarade.

Pas de hausse des cotisations pour les adhérents. Du courage, Daniel Fasquelle en aura bien besoin. L'UMP. est fauchée. Et de l'argent, il faudra en trouver, inévitablement. Heureusement, le nouveau trésorier a déjà des idées. "Je réfléchis à la mise en place d'une commission d'appels d'offres, comme dans les collectivités locales, afin d'éviter une nouvelle affaire Bygmalion. Et une fois choisis, on sera vigilant avec nos prestataires", avance-t-il. En revanche, pas question d'augmenter les cotisations des adhérents : "hors de question ! Il faut au contraire proposer un tarif attractif pour les premières adhésions. Le but, c'est d'augmenter le nombre d'adhérents."

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© REUTERS

Vers une publication annuelle des comptes. Daniel Fasquelle est plein d'enthousiasme. Ce qui peut en décontenancer certains. Chez les proches de Bruno Le Maire, on veut certes peser dans l'organigramme, mais pas n'importe où : "on veut des postes politiques, mais surtout pas la trésorerie", confie ainsi l'un d'entre eux. "Accepter d'être trésorier de l'UMP, c'est accepter de faire preuve d'un dévouement extrême. En plus, Fasquelle ne pourra rien refuser à Sarko", tacle un député UMP. "Le trésorier est là pour prévenir et parfois s'opposer à la direction. J'ai souvent dit non à mon époque, ce n'est pas toujours facile", ajoute Eric Woerth.

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Le maire du Touquet a presque du mal à comprendre les inquiétudes de ses collègues. "J'ai accepté le poste parce que c'est un enjeu important pour le mouvement et parce qu'il y a du travail à faire. Et moi, le travail ne me fait pas peur !" Heureusement, serait-on tenté de lui répondre.

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"La transparence, "une question de crédibilité". Afin de faire œuvre de clarté sur ce sujet délicat à l'UMP, Daniel Fasquelle sera assisté dans son travail par cinq militants et cinq membres du bureau politique. Une idée de François Fillon validée par Nicolas Sarkozy. "Il faut poursuivre l'œuvre de transparence sur nos comptes", l'encourage Eric Woeth. Avec ces représentants de la base, Daniel Fasquelle dit vouloir "réfléchir à une décentralisation financière afin de donner davantage d'autonomie aux fédérations et aux mouvements de jeunes." Il envisage même de publier annuellement un résumé des comptes du parti sur le site Internet car la transparence, "c'est une question de crédibilité."

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La tâche s'annonce ardue. Daniel Fasquelle le sait, lui qui se prépare à passer quelques jours "enfermé dans son bureau, la tête dans les dossiers". Mais le challenge l'excite. "C'est passionnant car c'est un moment clé, où il faut poser des règles nouvelles de fonctionnement. C'est un beau défi !", conclut-il dans un sourire. "Beau", et compliqué.