Loi Macron : le ministre de l'Economie au crash-test

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Loi Macron : le ministre de l'Economie au crash-test
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BIZUTAGE - Cinq mois après sa nomination à Bercy, Emmanuel Macron défend devant le Parlement un texte très attendu, et contesté au sein même de la majorité. Tiendra-t-il le choc ?

Cette fois, c'est l'épreuve du feu. L'Assemblée nationale examine lundi à partir de 16 heures le projet de loi d'Emmanuel Macron "pour la croissance et l'activité". Cinq mois après sa nomination-surprise, le ministre de l'Economie entre vraiment dans l'arène. Deux semaines de débat en mode sprint, le gouvernement ayant choisi la procédure accélérée, qui limite le temps de discussion. Au menu, des sujets aussi variés que la réforme des professions réglementées, la libéralisation des lignes d'autocars, et surtout l'assouplissement du travail le dimanche, le point du texte qui suscite le plus de crispations.

"Brillant", "sympathique", "à l'écoute". Quel accueil l'Hémicycle fera-t-il à Emmanuel Macron ? Dans les couloirs de l'Assemblée nationale, on s'accorde à trouver de nombreuses qualités personnelles au locataire de Bercy. "Brillant", "pointu", "intelligent", "sympathique" : les mêmes mots fusent dans tous les camps. "Il a pour lui sa jeunesse, son parcours, sa capacité de travail et une forme de charme", énumère le socialiste "frondeur" Laurent Baumel, pourtant très remonté contre le projet de loi. "Il connaît très bien les sujets dont il parle et il s'est montré à l'écoute", juge le député UMP Olivier Carré, membre de la commission spéciale qui a passé le texte Macron à la moulinette.

Les députés reconnaissent aussi qu'Emmanuel Macron a soigneusement préparé en amont ce texte sur lequel l'exécutif fonde de nombreux espoirs. Le ministre s'est en effet démené pour combattre les réticences. Il a sollicité de nombreux entretiens en petit comité avec les députés. "Il a fait un boulot de comptage, c'est plutôt intelligent", souligne un député socialiste. Même à l'UMP, Macron peut compter sur une poignée de soutiens. Frédéric Lefebvre est de ceux-là. "A ce stade, il a eu le courage de dépasser un certain nombre de postures de sa propre majorité", salue l'ancien secrétaire d'Etat.

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Fragile majorité. Soucieux de donner des gages aux parlementaires, Emmanuel Macron a assisté à la totalité des débats en commission spéciale, séchant même un Conseil des ministres pour ne rien manquer. Il a fait quelques concessions, par exemple en laissant finalement l'ouverture le dimanche à l'entière discrétion des maires. Mais le ministre avait-il vraiment le choix, alors que son entourage reconnaît lui-même que la majorité potentielle autour du texte reste "extrêmement fragile" ? Les réactions hostiles suscitées par le projet de loi à l'aile gauche du PS le confirment : la discussion parlementaire ne ressemblera pas à un long fleuve tranquille. Car pour la première fois, les "frondeurs" comptent bel et bien opter pour le vote contre, et non plus se réfugier dans l'abstention.

"En quoi ce qu'il propose est-il de gauche ?" Comment réagira Emmanuel Macron aux tirs qui viendront de son propre camp ? "Ce n'est pas un guerrier mais un marchand, un homme de deal", assure le député UMP Julien Aubert, qui le connaît bien : il a été son camarade de promo à l'ENA, cuvée 2004. "Mais comme ce n'est pas quelqu'un d'agressif, il sera plus embêté si les débats se tendent". Or, l'aile gauche du PS tire déjà à boulets rouges, à la fois sur le texte et le ministre. "C'est son droit de se croire de gauche. Mais en quoi ce qu'il propose est-il de gauche ?" attaque le frondeur Pouria Armirshahi. "Il a du mal à faire oublier son parcours et à s'inscrire pleinement dans la famille socialiste", renchérit Laurent Baumel. "Ce sont des remarques injustes et un peu faciles, qui trahissent une méconnaissance de la personne", rétorque-t-on à Bercy.

Plusieurs députés jugent aussi qu'Emmanuel Macron n'est pas à l'abri des boulettes, à l'image de ses propos sur les "illettrés" ou les "pauvres". Le ministre compte assister à l'intégralité des débats en séance. Un moment de faiblesse pourrait-il lui jouer des tours ? L'un de ses amis en doute : "il est infatigable".