Logement : quel candidat est le plus "Abbé Pierre compatible" ?

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Logement : quel candidat est le plus "Abbé Pierre compatible" ?
@ PASCAL GUYOT / AFP
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Les principaux candidats à la présidentielle (exceptée Marine Le Pen) sont reçus mardi par la Fondation Abbé Pierre.

En février 2012, ils étaient quatre candidats à avoir signé le "contrat social" de la Fondation Abbé Pierre. Eva Joly, François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et… François Hollande s’étaient notamment engagés à faire construire 500.000 logements par an, dont 150.000 logements sociaux. Cinq ans plus tard, aucun objectif n’est atteint et la France compte encore quatre millions de personnes mal logées, selon un rapport de la Fondation publié mardi. L’association prévient donc : cette année, aucun contrat ne sera signé. En clair, aucun candidat ne recevra de "tampon Abbé Pierre compatible". Mais l’association a tout de même invité mardi certains candidats à la présidentielle (Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ne sont pas conviés), afin de "voir ce qu’ils ont dans le ventre" en matière de logement. Quel candidat propose les mesures les plus compatibles avec celles préconisées par la Fondation ? Europe 1 a comparé les programmes.

  • Benoît Hamon (et Jean-Luc Mélenchon ?), dans l’esprit

Pour combattre efficacement le mal-logement, la Fondation Abbé Pierre émet quinze propositions, parmi lesquelles la production de 150.000 logements sociaux par an accessibles aux plus modestes, la mobilisation du parc privé à des fins sociales, la mise en place d'une politique plus précoce de prévention des expulsions ou encore la résorption des "passoires thermiques" (logements mal isolés).

Et lorsque l’on compare les programmes, on trouve des propositions similaires dans le projet du candidat socialiste. Plan massif d’investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments, protection des foyers en situation de précarité énergétique (notamment via un "chèque énergie"), renforcement des sanctions à l’encontre des communes qui ne respectent pas la loi en matière de mise à disposition de logements sociaux, droit de l’Etat à se substituer aux maires pour en construire le cas échéant, généralisation de l'encadrement des loyers aux zones tendues, doublement de la taxe sur les logements privés vacant etc. Benoît Hamon dispose du programme le plus ambitieux en termes d’accession à la location des plus précaires. Seul hic, comme pour la majorité de son programme : il reste flou sur le financement.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il n’a pas encore dévoilé son programme sur le volet logement, celui-ci étant attendu dans les jours (heures ?) qui viennent.  Mais le candidat de "la France insoumise" a longuement consulté les représentants de la Fondation Abbé Pierre avant de constituer son projet. En outre, il préconise déjà "d’inscrire dans la Constitution le Droit au logement". Et en 2012, il défendait des mesures allant dans le sens de celles préconisées par l’association : construction de logements sociaux, revalorisation des APL, constitution d’une "tarification sociale" pour l’accès à l’eau et à l’énergie, suppression de la caution dans le parc privé, encadrement des loyers etc. Reste à savoir, dans le détail, en quoi consisteront ses propositions pour 2017.

  • François Fillon a l'avantage de la précision

Le programme du candidat de la droite est, à l’heure actuelle, le plus précis et le plus complet sur la question du logement. L’ancien Premier ministre mise avant tout sur l’accès à la propriété. François Fillon propose notamment un élargissement à 80% de la population du "prêt à l'accession sociale", qui permet de recevoir des APL pour le remboursement d'un prêt immobilier. Il souhaite également fixer à six ans (renouvelables) les baux au sein des parcs HLM, et abaisser le plafond de ressources nécessaires pour avoir accès à un logement social. Objectif : qu’il y ait plus de rotation pour réserver en priorité les logements sociaux aux plus modestes. Aussi, et surtout, le candidat de la droite propose de multiples incitations financières pour encourager la construction, la rénovation ou la vente de logements neufs, afin de faire baisser les prix.

Reste que le projet de François Fillon contient des mesures aux antipodes des propositions de la Fondation Abbé Pierre, au premier rang desquelles la facilitation des procédures d’expulsion en cas d’impayés, la restriction de l’octroi des prêts à taux zéro ou encore l’abrogation de la loi Alur et de l’encadrement des loyers. Mardi, lors de la rencontre avec les membres de l'association, il ne s'est pas déplacé en personne, mais a envoyé Isabelle Le Callennec, député LR d'Ille-et-Vilaine, défendre ses propositions.

  • Yannick Jadot et Emmanuel Macron restent flous

Yannick Jadot, le candidat écologiste à la présidentielle, propose un certain nombre de mesures en adéquation totale avec celles proposées par la Fondation Abbé Pierre. Ainsi propose-t-il de généraliser l’encadrement des loyers à toutes les zones tendues ou encore d’instaurer une garantie universelle des loyers. Comme le recommande l’association, Yannick Jadot préconise aussi la rénovation de 750.000 logements d’ici la fin du prochain quinquennat, avec une priorité pour les "victimes de la précarité énergétiques". Mais le vainqueur de la primaire écologiste se montre très peu prolixe sur la construction de logement.

Quant à Emmanuel Macron, comme pour la majorité des sujets, il n’a pour l’heure avancé que peu de mesures précises. L’une d’elle, toutefois, se démarque pour son originalité : la création d’un "bail mobilité" de location d’un an dans les zones tendues. En clair, il s’agirait d’une garantie offerte aux personnes en contrat précaire (CDD, intérimaires, indépendants, contrats saisonniers etc), afin de leur faciliter l’accès à la location, plus facile pour les salariés en CDI. L’ancien ministre de l’Economie a également déjà fait part de sa volonté "d’évaluer" le dispositif d’encadrement des loyers, d’accroître la transparence concernant les critères d’attribution des logements sociaux ou encore de "réformer" les aides au logement.

  • Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan hors course

La candidate du Front national et celui de Debout la République n’ont tout simplement pas été invités par la Fondation Abbé Pierre. Que proposent-ils ? Marine Le Pen, pour sa part, n’a pas encore précisé son programme (les annonces sont attendues pour février). Mais c’est son projet général qui est rejeté. "Préférence nationale, accès à la scolarisation pour les enfants étrangers...Nous avons de trop profonds désaccords avec ce parti. C'est la raison pour laquelle nous ne les avons pas conviés", indique le délégué général adjoint de l'association, Christophe Robert, interrogé par Le Figaro. Pour l’heure, la candidate du FN s’est déjà prononcée pour le lancement d'un audit sur les conditions d'attribution des logements sociaux ou encore sur le renforcement des sanctions contre les loyers impayés et les dégradations de la part des locataires.

Quant à Nicolas Dupont-Aignan, son programme ne contient pas de mesure concernant l’accès à la location, exceptée la mise en place d’une "caution solidaire pour les étudiants". Le candidat de Debout la République propose même de faciliter les procédures d’expulsions en cas "d’impayés". Il avance, en revanche, plusieurs mesures d’aide à l’accès à la propriété : assouplissement des conditions de l'octroi d'un prêt à taux zéro, réduction de l'apport personnel des primo-accédant par la mise en place d'une garantie d'Etat, suppression des droits de mutation pour ces mêmes primo-accédant ou encore transformation du loyer en mensualité de remboursement anticipé pour tous les locataires de logement social qui veulent acheter.