Les ministres se cherchent des circonscriptions

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La bataille pour les législatives a commencé. Au sein d'une gauche fragilisée, les membres du gouvernement négocient chèrement une place dans une circonscription gagnable.

L'ENQUÊTE DU 8H

C’est dans la torpeur de l’été que le stratégique processus a été lancé : la désignation des candidats socialistes pour les législatives de 2017. Selon les informations d'Europe 1, des réunions informelles se tiennent depuis le mois de juillet, et comme tous les 5 ans les places sont chères dans les circonscriptions les plus faciles pour le PS. Cette fois encore plus, car tout le monde au parti anticipe une Bérézina en juin prochain. Plusieurs jeunes ministres font donc du forcing pour être candidats dans des endroits gagnables.

À Paris, des circonscriptions prisées. Myriam El Khomri, la ministre du Travail, déjà élue de Paris dans le 18e arrondissement, aimerait bien y devenir députée. Pour faire de la place, pression est faite sur les élus actuels, Christophe Caresche et Daniel Vaillant. "À presque 70 ans, il pourrait laisser la place", s’emporte un socialiste parisien. Les jeunes ministres Juliette Méadel, et Audrey Azoulay veulent, elles aussi, devenir députées, en Île-de-France toutes les deux. Juliette Méadel vise Chelles, en Seine-et-Marne, et la ministre de la Culture la 6e circonscription de Paris, celle de Cécile Duflot. L’ancienne londonienne Axelle Lemaire, elle, ne veut plus représenter les Français de l’étranger, et cherche également sa place dans la capitale.

L'aval d'Hidalgo. Pour y parvenir il faudra convaincre Anne Hidalgo. Si la maire de la capitale est très partante pour dégager les écolos Cécile Duflot et Denis Baupin, ce n’est certainement pas au profit des ministres d’un gouvernement qu’elle critique à longueur de temps. Enfin un couple : Najat Vallaud-Belkacem qui vise Villeurbanne, où elle est implantée depuis longtemps, et son mari, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée Boris Vallaud, qui voudrait aussi devenir député, sur la circonscription d’Henri Emmanuelli dans les Landes.

Un système archaïque. Le vote des militants est prévu pour novembre, mais d’ici là tout se négocie dans l’opacité totale. "L’important c’est d’avoir de bons appuis en haut", explique un député. En haut, c’est Jean-Christophe Cambadélis, c’est Manuel Valls, c’est même bien sûr indirectement François Hollande, et Martine Aubry aussi. Ce système-là, vieux comme le PS, les militants ne le supportent plus.

"Ils vont voter, mais ils auront peut-être préféré avoir d’autres candidats que l’on aura dissuadé de se présenter. On pourra faire comprendre à telle ou telle personne qu’il ne vaut mieux pas qu’elle soit candidate pour laisser la place à quelqu’un d’une autre envergure. Il est quand même très archaïque de voir ces petits arrangements entre amis, on sait très bien que les tractations se passent en plus haut lieu et que les candidats qui déposent une candidature ont souvent été cooptés au préalable", confie, sous couvert d’anonymat, une cadre du parti.