Présidentielle 2017 : les dessous de la fabrication des sondages

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Présidentielle 2017 : les dessous de la fabrication des sondages
A l’approche de chaque grande échéance électorale, les sondages d’intentions de vote pullulent.
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Les études d’opinion, qui foisonnent en cette période électorale, cachent un travail scientifique, très encadré et souvent fastidieux. 

C’est une tradition bien française, et bien établie. A l’approche de chaque grande échéance électorale, les sondages d’intentions de vote pullulent. C'est évidemment encore vrai pour cette présidentielle 2017. Plus d’une dizaine d’enquêtes ont ainsi été publiées pour le seul mois de février, sans compter les rollings (baromètres en continu) quotidiens de l’Ifop et de l’OpinionWay. Mais derrière chaque étude se cache un travail fastidieux, régi par des règles strictes et réalisé de manière scientifique. Avec, à partir de la commande d’un client, des étapes précises à respecter.

1. L’échantillonnage

Il existe deux méthodes. D’abord la sélection aléatoire des personnes sondées. Cette méthode a l’avantage d’être plus fiable, mais elle est aussi beaucoup plus fastidieuse pour constituer le fameux "échantillon représentatif de la population française".

Les instituts préfèrent donc la méthode dite des quotas. Les organismes composent un panel, généralement de plus d’un millier de personnes, en fonction de critères pour qu’au final, l’ensemble de la population française soit représenté. Les critères retenus sont généralement le sexe, l’âge, la catégorie socio-professionnelle, la situation géographique. Sans oublier, pour les intentions de vote, la sympathie politique.

Il y avait ainsi au 1er janvier 2017 51,6% de femmes en France selon l’Insee. Sur un échantillon de 1.000 personnes, 516 femmes devront ainsi être interrogées. De la même manière, puisque 6,1% des Français sont âgés entre 60 et 64 ans, 61 personnes de cette classe d’âge devront apparaître dans un échantillon de 1.000. On comprend donc qu’un échantillon reste complexe à composer.

2. La ou les question(s) posée(s)

C’est LA phase fondamentale de l’enquête. Comme le dit Ipsos sur son site, "l’art de poser de bonnes questions, dans des termes intelligibles au plus grand nombre, est difficile". Les instituts doivent éviter deux écueils : d’abord éviter les questionnaires compliqués et poser des questions intelligibles, simples, à même de ne pas perdre le sondé dans une formulation trop complexe. Ensuite, et surtout, poser des questions qui ne soient pas biaisées, c’est-à-dire susceptibles d’influencer plus ou moins fortement la personne sondée.

3. L’enquête

Il existe trois méthodes pour recueillir les réponses des sondés. Le téléphone, le face-à-face, et Internet. Cette dernière est depuis plusieurs années la plus en vogue, parce qu’elle coûte moins cher et garantit des réponses plus sincères des sondés, pas bridés par un rapport humain direct. Dans le face-à-face, les sondeurs ont des méthodes pour mettre les personnes interrogées en confiance, ce qui garantit là aussi des réponses plutôt sincères. Mais les difficultés d’accéder aux sondés expliquent que le téléphone est largement plus utilisé pour les questionnaires en direct. Mais c’est avec cette méthode que les réponses sont les plus incertaines.

Autre facteur important : l’enquête doit être réalisée dans un laps de temps le plus court possible, pour que des événements majeurs soient pris en compte, ou non, par les sondés. Les réponses ne seront en effet pas les mêmes avant ou après le début de l’affaire Fillon, ou avant ou après le ralliement de François Bayrou à Emmanuel Macron

4. La compilation des résultats

Après l’enquête, il convient de compiler les résultats. Mais au final, ce ne sont pas les pourcentages bruts qui seront publiés. Car les instituts procèdent à des pondérations en fonction des questions données. Longtemps, ce biais a par exemple existé chez les personnes interrogées une pudeur, sinon une honte, à admettre qu’elles avaient voté Front national. Il fallait donc réévaluer les scores du parti d’extrême droite.

Pour effecteur leur pondération, les sondeurs se fondent sur les réponses données par rapport aux élections précédentes. Ils les interrogent donc systématiquement sur leur vote précédent. Ainsi, si seules 12% des sondés prétendent avoir voté pour Marine Le Pen en 2012 au premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’elle avait obtenu 17,9% des voix, il conviendra de réévaluer son score d’intentions de vote pour 2017, après un simple calcul mathématique. Il en est de même, évidemment, pour tous les autres partis.

5. Le contrôle

Les enquêtes d’opinion n’échappent pas à tout contrôle. La loi du 19 juillet 1977 a abouti à la création de la Commission des sondages. Cette instance ne s’intéresse qu’aux études publiées, qui ne sont que la partie immergée de l’iceberg, la grande majorité des sondages restant confidentielle. Elle vérifie que toutes les informations obligatoires (taille de l’échantillon, date, texte intégral des questions, marges d’erreur…) apparaissent sur les notices explicatives. Notices qu’elle publie systématiquement sur son site. Et qu’il est souvent intéressant de disséquer.

Enfin, la commission des sondages vérifie l’obligation de sincérité des résultats. Elle précise sur son site internet "qu’elle a eu à relever des altérations de la sincérité des résultats de l’enquête, soit par omission des résultats n’allant pas dans le sens souhaité, soit par présentation tendancieuse du sondage."

>> Pour bien lire un sondage, retrouvez tous nos conseils ici