La gauche va-t-elle "mourir" en 2015 ?

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La gauche va-t-elle "mourir" en 2015 ?
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L'ANNÉE DE TOUS LES DANGERS - Départementales, régionales, congrès du PS : les échéances à risques sont nombreuses pour la gauche au pouvoir, engluée dans l'impopularité.

C'était en juin dernier. Devant le conseil national du PS, Manuel Valls lançait ce solennel avertissement : "la gauche peut mourir". Quelques jours après la cuisante défaite du PS aux élections européennes, ce rude constat a été accueilli avec la plus grande gravité. Après une année 2014 catastrophique, cette funeste prédiction pourrait-elle se concrétiser dès 2015 ? La gauche devra faire face à deux dangereux scrutins. Ses divisions risquent de se creuser, sur fond de marasme économique et d'impopularité record pour François Hollande. Bref, tous les signaux sont au rouge, à l'aube d'une année 2015 de tous les dangers.

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Une défaite annoncée dès mars. Au PS, la positive attitude n'est donc pas de mise. "Je ne vais pas faire du Raffarin : ça ne sera pas une partie de plaisir", soupire ce socialiste lorsqu'on l'interroge sur l'année à venir. Premier cap à haut risque : les élections départementales, prévues fin mars. Un récent sondage Odoxa pour Orange/L'Express/France Inter donne le Front national en tête avec 28% des voix. L'UMP rassemblerait 25% des suffrages, le PS et ses alliés seulement 17%.

La gauche préside aujourd'hui une soixantaine de départements, et compte quelque 1.500 conseillers généraux. Un bataillon qui pourrait se réduire à peau de chagrin, surtout si les duels FN-UMP se multiplient. "Etre battu au second tour ou éliminé dès le premier, ce n'est pas la même chose", insiste le député Christophe Borgel, secrétaire national aux élections du PS, joint par Europe 1. "En cas d'élimination au premier tour, on risque la marginalisation, voire la disparition. C'est le plus grand danger aujourd'hui". D'où la nécessité pour lui d'une union des forces de gauche. On n'en prend pas le chemin… La semaine dernière, le Front de gauche a appelé à former des "majorités anti-austérité" - donc dirigées contre la politique du gouvernement - en s'adressant notamment aux écologistes et aux communistes.

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Saignée à prévoir chez les élus locaux. Un autre scrutin fait trembler le PS : les élections régionales, prévues en décembre. Le parti contrôle aujourd'hui toutes les régions, sauf l'Alsace. Or, selon des premières projections réalisées par L'Opinion, la gauche ne devrait garder qu'une à trois des 13 nouvelles grandes régions créées par la réforme territoriale. Après le désastre des municipales en 2014, c'est donc un nouveau coup de canif de grande ampleur qui s'annonce dans ce maillage d'élus locaux qui constituait l'un des grands atouts du PS.

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Le congrès, rassemblement ou implosion ? Entre ces deux scrutins, une autre échéance sera scrutée de près : le congrès du PS, qui se tiendra en juin à Poitiers. Déjà, les couteaux s'affûtent. Les "frondeurs" qui refusent de voter certains textes du gouvernement entendent bien donner de la voix. Des ténors tels que Martine Aubry, Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon, eux aussi en désaccord avec la ligne de l'exécutif, sont en embuscade. Et de plus en plus de militants se découragent, au point de quitter le parti. "Ce congrès n'est pas sans risques", euphémise le député Olivier Faure, porte-parole du PS. "Mais il existe tout de même un socle solide et commun qui permet aux socialistes de ne pas oublier l'essentiel", veut-il croire. Rassemblement ou implosion, c'est le jeu à pile ou face de ce rendez-vous sous haute tension.

Quelques frémissements. A quoi le PS pourrait-il se raccrocher en 2015 ? En cette fin d'année, quelques frémissements pourraient lui permettre d'espérer, mais ils sont très timides. Certes, la popularité de François Hollande est en léger rebond, mais le président reste englué dans les abysses des sondages. L'Insee prévoit une légère reprise, mais l'indicateur clé aux yeux de l'opinion, le chômage, continue de grimper.

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La bonne nouvelle Sarkozy. En fait, la meilleure nouvelle pour la gauche en 2015 pourrait venir… de la droite. François Hollande lui-même se montre satisfait, en privé, du retour de Nicolas Sarkozy, qui redonne au PS un adversaire contre lequel mobiliser ses troupes. "En 2014, nous étions seuls sur le ring. Maintenant, la droite est de retour, on va pouvoir comparer", se réjouit Christophe Borgel.

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Comparer, et tenter de mettre en avant le chemin accompli depuis le début du quinquennat. "Il faut faire le récit de ce que la gauche apporte à ce pays depuis plus d'un siècle", affirme Olivier Faure, qui veut "expliquer comment notre combat d'aujourd'hui est lié à cette histoire. Il faut raconter ces nouveaux droits acquis depuis deux ans : le compte pénibilité, les droits rechargeables pour les chômeurs, la réforme de la formation professionnelle, le mariage pour tous..." Bref, montrer que la gauche a, malgré tous ses malheurs, l'esquisse d'un bilan.