Général Vincent Desportes : "Les promesses du président sont tout à fait insuffisantes"

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Malgré la promesse d'une augmentation du budget de la Défense en 2018, plusieurs officiers s'insurgent contre les économies demandées aux armées pour 2017.

INTERVIEW

Le président de la République a annoncé jeudi une augmentation du budget de la Défense, dont l'enveloppe va passer en 2018 de 34,2 milliards à 32,7 milliards d'euros. Une décision qui fait suite aux critiques plus ou moins ouvertes de certains officiers. En effet, Bercy a demandé aux Armées, pour l'année 2017, de s'en tenir au budget initialement voté sous le précédent quinquennat, obligeant ainsi le ministère à trouver 850 millions d'euros d'économies pour rentrer dans ses comptes à la fin de l'année.

Malgré tout, le général Vincent Desportes estime les engagements d'Emmanuel Macron trop faibles. "Les promesses du président sont tout à fait insuffisantes pour pallier les difficultés à venir", a-t-il réagi sur Europe 1.

"Nous pensions avoir un nouveau président". "Quand le chef d'Etat-major des armées demande qu'on ne lui vole pas 850 millions d'euros, il ne se préoccupe pas des armées mais de la défense de la France. Il est le technicien qui, contrairement à d'autres, connait l'armée au cœur. Il sait que ces 850 millions d'euros retirés vont avoir des conséquences immédiates sur la préparation des armées, l'arrivée de nouveaux équipement, etc.", a expliqué le militaire. Pour lui, l'effort budgétaire demandé met à mal l'efficacité future des troupes française, notamment mobilisées dans la lutte contre le terrorisme. "On retire à la défense de la France, en permanence, des masses budgétaires. Nous pensions avoir un nouveau président, et l'on reprend les vieilles manières ; c'est à dire que, quand on ne sait pas faire, on considère les armées comme une variable d'ajustement".

"Les soldats français, qui sont aujourd'hui entraînés en dessous des normes de l'OTAN […], vont se trouver pendant un certain temps encore moins entraînés. La deuxième conséquence immédiate, ça va être le ralentissement de l'arrivée de nouveaux équipements. Je rappelle que moins de 60% des véhicules de l'armée de terre sont blindés aujourd'hui, et que des véhicules tombent en panne tous les jours au Sahel… juste parce qu'ils sont trop vieux", détaille Vincent Desportes.

Une ministre des Armées "trop faible". Emmanuel Macron a demandé jeudi aux officier de ne pas "étaler certains débats sur la place publique". "J'ai pris des engagements, je suis votre chef", a-t-il martelé. Une référence implicite à des propos rapportés du général de Villiers, chef d'état-major des armées, qui aurait déclaré face aux nouvelles contraintes financières : "Je ne vais pas me faire baiser comme cela". "Il a eu raison ! Qui peut défendre les militaires et les armées ? Ça n'est certainement pas notre ministre qui, quelles que soient ses énormes qualités, est surement beaucoup trop faible aujourd'hui, et ne connait pas ce ministère", a défendu Vincent Desportes, toujours sur Europe 1. "Il faut bien que le chef d'état-major fasse valoir son point de vue ! […] Il est garant du présent et du futur des armées pour la défense des Français", rappelle-t-il.

"Le problème de fond, c'est probablement un problème de tenue du gouvernement, cette annonce n'aurait jamais dû être faite avant le 14-Juillet", poursuit le général, qui ne mâche pas ses mots à l'égard de l’exécutif : "Est-ce qu'on est devant de l'incompétence ? Peut-être bien. De l'amateurisme ? Très probablement !".

La foudre de Jupiter. "J'en veux un peu au président qui avait dit, au Mali, qu'il respecterait les contraintes matérielles et humaines", confie encore Vincent Desportes. "Il avait une posture qui montrait qu'il faisait attention aux armées, qu'il avait de la considération […] et puis il y a ça : 'Fermez vos gueules, vous êtes un ministère comme tout le monde !' Ça n'est pas un ministère comme les autres, c'est un ministère où des hommes et des femmes engagent leur vie pour la défense de la France". Et de conclure : "Il se dit Jupiter. Jupiter a la foudre, cette foudre il faut la reconstruire".