François Hollande, un athée très discret
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Le chef de l’État, athée du bout des lèvres, reste des plus discrets quand il s’agit de Dieu.

Quand il est question de religion, François Hollande fait volontiers vœu de silence. Sur le sujet, le chef de l’État, qui rencontrera le 24 janvier le pape François au Vatican, ne s’est jamais étendu. Tout juste a-t-il glissé, en de rares occasions, ne pas être croyant, sans revendiquer plus avant son athéisme. L’enfant François Hollande a été élevé et éduqué dans la foi catholique. Et ses amitiés politiques n’excluent pas, loin s’en faut, les chrétiens de gauche. Sur ce sujet comme sur d’autres, l’homme aurait-il, comme on lui reproche souvent, du mal à trancher ? Eléments de réponse.

Ce qu’il en dit.  Si on scrute les rares déclarations du chef de l’Etat au sujet de sa foi, son athéisme ne fait aucun doute. "Je suis arrivé à un point où ce qui s'impose, c'est plutôt la conviction que Dieu n'existe pas, que le contraire", disait-il ainsi en 2002, dans un ouvrage du journaliste Jean-Yves Boullic, intitulé Ceux qui y croient, ceux qui n’y croient pas. Beaucoup plus récemment, en décembre 2011, il avait glissé une confidence dans la même veine à l’hebdomadaire catholique La Vie : "je n’ai aucune pratique religieuse. Mais je respecte toutes les confessions. La mienne est de ne pas en avoir." Côté déclarations, c’est à peu près tout.

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Baigné dans le catholicisme. Pourtant, certains facteurs nuancent cet athéisme. Son enfance, d’abord. François Hollande a été scolarisé jusqu’en 3e dans des institutions chrétiennes, est baptisé et a fait ses deux communions. En outre, il a été élevé par deux parents catholiques pratiquants. Et si les relations avec son père, proche de l’OAS et classé très à droite, n’ont jamais été faciles, sa mère ('photo), aujourd'hui décédée a, elle, toujours été son exemple. "Or, sa mère était une chrétienne de gauche, très engagée dans le catholicisme social. Pourtant, François Hollande n’a pas voulu reproduire l'un des aspects pour lequel il l’a forcément admirée, c’est-à-dire son souci des autres, des humbles, au nom de Jésus-Christ", remarque Samuel Pruvot, rédacteur en chef de Famille chrétienne et auteur de François Hollande, Dieu et la République, joint par Europe1.fr.

Une lente dérive vers l’athéisme. Une rupture que le journaliste situe à la préadolescence. Alors que François Hollande a 13 ans, sa famille quitte brutalement les environs de Rouen pour ceux de Paris. "A ce moment-là, il vit l’expérience de l’agnostique, qui veut dire ‘celui qui est dans l’attente’", explique le journaliste. "A Paris, il doute de tout ce qu’il a reçu précédemment, y compris de la validité de cet univers spirituel. Et on a l’impression qu’il y a une lente dérive des continents entre sa préadolescence et aujourd’hui, qui fait que François Hollande s’éloigne de la question de Dieu", poursuit l’auteur. Qui ne croit pas à un athéisme radical du chef de l’Etat. "On voit qu’à titre personnel, François Hollande est quelqu’un qui a du mal à trancher de manière définitive, et je pense que c’est le cas avec Dieu", conclut-il de son enquête.

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Et en effet, François Hollande n’a pas rejeté la religion en bloc. Les quatre enfants que le chef de l’Etat a eus avec Ségolène Royal sont ainsi tous baptisés. Et son premier mentor politique fut Jacques Delors, chrétien revendiqué. Par ailleurs, gravitent tout près du président nombre de personnalités ouvertement chrétiennes. C’est le cas de Jean-Pierre Jouyet, actuel directeur général de la Caisse des dépôts, de Bernard Poignant, conseiller spécial à l’Elysée, ou encore de Jean-Pierre Mignard (photo), compagnon de longue date, avocat et directeur de la revue Témoignage chrétien. Les deux derniers seront d’ailleurs du voyage au Vatican.

Tout sauf un "laïcard". Bref, s’il se revendique athée, François Hollande n’est pas, loin s’en faut, un "laïcard" acharné. "Il est laïque, comme tout président de la République, et je pense que sa discrétion sur ce sujet vient d’abord de sa fonction", affirme Jérôme Anciberro, rédacteur en chef à La Vie. "Il est au PS, donc il doit ménager son aile ‘laïcarde’, qui reste quand même bien présente. Mais il n’est pas anticlérical. D’ailleurs, du fait de son enfance, il connaît très bien le sujet. Contrairement à un certain nombre d’hommes et femmes politiques qui sont d’une inculture totale sur la question, lui connaît ‘le langage de la tribu’. Il n’a pas l’air de s’intéresser beaucoup au sujet, mais au moins il comprend de quoi il retourne", poursuit le journaliste.

Un agnostique politique ? Ce cheminement vers l'agnosticisme pourrait finalement avoir largement influencé ses engagements ultérieurs, sinon sur le fond au moins sur la forme. C’est la thèse de Samuel Pruvot, de Famille chrétienne. "Ce qui est étonnant, c’est que cette disposition personnelle qu’il a cultivée depuis sa préadolescence, François Hollande a commencé peu à peu à l’appliquer dans sa vie publique et politique : il ne prend jamais de position définitive, reste toujours en équilibre et en attente d’une résolution ultérieure", analyse le journaliste. "Et dans cette attente, la formule chimique peut changer, évoluer, ce qui lui donne une extraordinaire souplesse." Mais pour Jérôme Anciberro, l’explication est différente. "J’ai l’impression que c’est un peu facile de présenter François Hollande comme quelqu’un de pusillanime, qui n’aime pas trop trancher", répond ainsi le rédacteur en chef de La Vie. "J’ai surtout l’impression qu’il est comme trois quarts des gens ne savent pas trop à quoi s’en tenir."

Un président normal, encore. François Hollande pourrait donc, sur ce sujet, revendiquer, une fois de plus, sa normalité. "Il pourrait être en fait comme une sorte d’idéal type du Français moyen en matière de religion aujourd’hui", analyse Jérôme Anciberro. "Surtout si on considère que beaucoup de Français, finalement, se moquent complètement de ces questions".

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