Finchelstein : en 30 ans, "on mesure à quel point le clivage gauche-droite a connu une dévaluation"

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Il voit un fort déclin du système binaire gauche-droite et soutient qu'identité et égalité sont liées. Gilles Finchelstein, spécialiste de sciences politiques, est l'invité d'Anne Sinclair, samedi.

2016, année "incandescente" selon Gilles Finchelstein, spécialiste de sciences politiques et directeur de la fondation Jean-Jaurès. A un an de la présidentielle en France, l'intellectuel publie Pièges d'identité, réflexion inquiète sur la gauche, la droite et la démocratie, un ouvrage où il retrace les clivages qui structurent la France d'aujourd'hui. Il est l'invité d'Anne Sinclair ce samedi, au micro d'Europe 1. 

Clivage gauche-droite en déclin. La pensée binaire gauche-droite est, selon lui, dépassée. "Aujourd'hui, c'est un clivage parmi d'autres. Il avait un caractère quasiment absolu à la fin des années 70 et au début des années 80. La différence se faisait vraiment sur des visions de la société. Quand on regarde les trente années écoulées, on mesure à quel point le clivage gauche-droite a connu une dévaluation". Une thèse que l’intellectuel appuie sur plusieurs piliers : il voit depuis quelques années "une droitisation de la société française, plus libérale." Par ailleurs le clivage est relativisé, selon lui, "par les cohabitations, la question européenne". Il souligne aussi que gauche et droite se sont rassemblées sur la politique extérieure, "sur l'Irak" par exemple, mais aussi au plan intérieur en appelant "à voter contre le Front national".

Le divorce peuple-élite. Gilles Finchelstein met davantage en avant le clivage peuple/élite. "Lorsque vous interrogez les Français sur le sentiment qu'ils éprouvent lorsqu'ils pensent à la politique, 80% d'entre-eux disent soit de l'ennui, soit de la défiance, soit du dégoût." Conclusion : un réel fossé a atteint son point de cristallisation avec le référendum sur le traité européen en 2005. Un clivage selon lui "porté à l'extrême droite par le Front national et de plus en plus, et c'est un élément nouveau, à la gauche de la gauche par Jean-Luc Mélenchon".

Rapprocher égalité et identité.  Mais "ni le clivage gauche/droite, ni le clivage peuple/élite à eux seuls restructureront le débat public". Pour lui, le débat tourne de plus en plus autour de l'égalité ou de l'identité. Mais il n'oppose pas les deux notions. "Ce sont deux questions qui sont pour partie liées. C'est une erreur, notamment de la gauche, que de penser ces questions là séparément". Une nouvelle fois, il illustre ses propos : "la Sécurité sociale, qui est là pour créer de l'égalité, renforce l'identité, le sentiment d'appartenance nationale. A l'inverse, pour espérer que l'égalité devienne désirable, il faut un sentiment d'identité partagée, de valeurs communes".

Retrouvez l'intégralité de l'entretien :