Départementales : le front républicain a-t-il fonctionné ?

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Départementales : le front républicain a-t-il fonctionné ?
@ DENIS CHARLET / AFP
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BILAN - Dans la plupart des cas, le Front national a été battu au second tour lorsque les candidats de gauche ou de droite ont appelé à lui faire barrage.

Le "front républicain" est-il mort ? Pas complètement, si l'on en croit les résultats des élections départementales. Entre les deux tours, de nombreux candidats du Parti socialiste arrivés en troisième position dans leur canton se sont retirés, appelant à voter à droite pour faire battre le Front national. Côté UMP, la consigne nationale était le "ni-ni", mais elle n'a pas été respectée partout. Certains candidats ont préféré eux aussi appeler à faire barrage au FN. Mais ces choix ont-ils porté leurs fruits ? Pour le savoir, Europe 1 a épluché la carte de France des résultats. Conclusion : dans les cantons où gauche et droite ont voulu faire battre le FN, celui-ci a globalement échoué.

A gauche, des retraits qui ont plombé le FN. Au PS, les candidats étaient censés se désister s'ils étaient arrivés en troisième position et que le FN était présent au second tour. Une règle qui n'était pas sans exception, puisque plusieurs candidats socialistes qui jugeaient leur victoire possible se sont malgré tout maintenus, parfois avec la bénédiction du parti. Ces maintiens n'ont pas profité aux frontistes, sauf dans le canton de Saint-Mihiel, dans la Meuse. Le binôme PS ayant refusé de se désister, le FN l'a emporté d'une courte tête devant l'UDI.

Toutefois, dans les zones de force du FN, le désistement de la gauche a visiblement plombé le parti de Marine Le Pen. Ainsi, dans le Vaucluse, le PS et ses alliés se sont retirés dans deux cantons, remportés au second tour par la droite. Dans l'Aisne, où les socialistes se sont systématiquement désistés lorsqu'ils sont arrivés troisièmes, le FN n'a finalement remporté que quatre cantons sur 21, alors que Marine Le Pen avait jugé "crédible" la conquête de ce département. Dans plusieurs autres cantons, le désistement de la gauche a aussi été suivi d'une victoire de la droite face au FN. C'est par exemple le cas à Saint-Gilles (Gard), Nangis (Seine-et-Marne) ou Friville-Escarbotin (Somme).

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© DOMINIQUE FAGET / AFP

A droite, certains ont refusé le "ni-ni". A droite, Nicolas Sarkozy a fait adopter la règle du "ni-ni", et l'UMP comme l'UDI ont décidé de maintenir leurs candidats partout où cela était possible. Une règle nationale que certains ont refusé d'appliquer au niveau local, préférant le front républicain. Or, le FN a souvent été battu dans ces territoires, même s'il est difficile de savoir si ce sont les désistements et les consignes de vote qui ont pesé sur le choix des électeurs.

Ainsi, dans le Gard, la fédération UMP a appelé ses électeurs à voter à gauche lorsque la droite était éliminée. Or, dimanche, le FN n'a remporté que deux cantons dans ce département, alors qu'il s'était qualifié pour le second tour dans 22 cantons sur 23, arrivant même en tête dans 13 d'entre eux. De même, dans les Ardennes, le président UMP sortant du conseil général a appelé à voter PS dans trois cantons où la droite était éliminée, et le FN n'a remporté aucun siège dimanche. Autres exemples : dans le canton de Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, l'UMP s'est désistée en faveur du PS, qui l'a emporté face au FN. Le même scénario s'est produit non loin de là, à Grignan, dans la Drôme.

Un canton remporté par le FN malgré le front républicain. Un seul désistement anti-FN a échoué. Dans le canton de Guise, dans l'Aisne, la droite s'était retirée, laissant le PS affronter le FN. Mais c'est le binôme frontiste qui l'a tout de même emporté dimanche avec 54% des voix, en s'appuyant sur un solide socle électoral : au premier tour, il avait nettement distancé ses adversaires, raflant 44% des suffrages.

Le Pen dénonce "des magouilles". Signe que les appels mutuels à voter contre le FN ont vraisemblablement eu un impact, Marine Le Pen a dénoncé lundi des "magouilles électorales entre l'UMP et le PS". "Quand on fait mine de se combattre les uns les autres toute l'année, et qu'au moment de l'élection, l'UMP appelle à voter PS dans le Var, le Gard, en Moselle, dans le Nord, l'Aisne, la Drôme, qu'ils l'assument, qu'ils ne nous expliquent pas que c'est le ni-ni", a-t-elle tempêté sur RTL. Preuve que, si le front républicain peut encore fonctionner, il apporte de l'eau au moulin d'un FN toujours prompt à dénoncer "l'UMPS".

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