CV mensonger, "fake news" : une adhérente LREM épinglée sur les réseaux sociaux

  • A
  • A
CV mensonger, "fake news" : une adhérente LREM épinglée sur les réseaux sociaux
Agnès Cerighelli, conseillère municipale à Saint-Germain-en-Laye, enchaîne les "fake news" sur Twitter en se faisant passer pour une élue de la majorité.@ Capture d'écran Twitter
Partagez sur :

Agnès Cerighelli se présente sur Internet comme une élue locale de la majorité et relaie nombre de "fake news" et d'attaques contre Marlène Schiappa. Tout en gonflant allègrement son CV.

Quand on tape son prénom et son nom dans la barre de recherches Google, Agnès Cerighelli semble bien être celle qu'elle prétend. En première position, son profil LinkedIn qui la présente comme la "porte-parole du Conseil national des femmes françaises (CNFF)" et la "présidente IAE au féminin". Puis, sa fiche de conseillère municipale à Saint-Germain en Laye. Vient ensuite un court article de presse datant de mars 2017, qui raconte qu'elle "quitte Les Républicains pour Macron". Enfin, une tribune publiée en avril 2018 dans le JDD, qui réclame un "secrétariat d'État consacré à l'enfance".

À première vue, Agnès Cerighelli c'est donc cela : une élue municipale LREM, visiblement engagée dans les réseaux féminins (le CNFF est une fédération d'associations féminines ; le club "IAE au féminin" est une organisation de femmes diplômées des instituts d'administration des entreprises) qui, sur les questions d'enfance, a voix au chapitre. Mais ça, ce n'est qu'à première vue. En réalité, dimanche, un internaute, interpellé par les tweets d'Agnès Cerighelli, très virulente contre la secrétaire d'État à l'égalité homme-femme Marlène Schiappa, a savamment repris point par point les éléments du CV de la conseillère municipale. Et pointé nombre d'arrangements avec la vérité.

Un CV mensonger. D'abord, son rôle de présidente du club IAE au féminin. Agnès Cerighelli en est bien la fondatrice et en a été la présidente. Problème : l'association des anciens élèves de l'IAE de Paris l'a "révoquée de ses fonctions suite à la découverte de pratiques contraires aux statuts et principes" de l'association. Cette décision figure dans un communiqué, publié le 13 février 2018. "Madame Cerrigeli [sic] n'est pas autorisée à se présenter en qualité ou à intervenir au nom de l'IAE Paris Alumni", est-il écrit.

Son rôle de porte-parole du CNFF ? Là aussi, c'est faux. "Le 30 mai 2018, le CNFF a mis fin aux fonctions de Mme Agnès Cerighelli", précise l'organisme sur son site Internet. Celui-ci a également mis en garde contre toute confusion sur son fil Twitter, rappelant qu'Agnès Cerighelli "ne peut en aucun cas s'exprimer" en son nom.



Une élue LREM en réalité non-inscrite. Restent les fonctions d'Agnès Cerighelli au sein de La République en marche!. Jusqu'à dimanche, elle se présentait sur Twitter comme une "élue LREM" de Saint-Germain-en-Laye. En réalité, celle qui est bien conseillère municipale de la commune des Yvelines siège avec les non-inscrits. Et ce, depuis 2017, date à laquelle elle n'a pas renouvelé son adhésion aux Républicains. Sur Twitter, la mairie de Saint-Germain-en-Laye s'est même fendue d'un message pour rappeler que "ses opinions personnes n'engagent en rien la municipalité, les élus ou les Saint-Germanois".

En septembre 2017, elle s'était présentée aux sénatoriales dans les Yvelines, sur une liste "Ensemble pour notre territoire" qui rassemblait des personnalités d'origines politiques diverses, de divers gauche à LR, distincte de la liste LREM.

En revanche, Agnès Cerighelli est adhérente LREM. Elle a d'ailleurs changé dimanche la petite biographie qui accompagne son profil sur Twitter pour remplacer son statut usurpé d'élue LREM pour celui d'adhérente.

Activisme et "carabistouilles". Si son profil a attiré l'attention de Maxime Haes, l'internaute "fact-checker", et suscité tant de démentis de parts et d'autres, c'est qu'Agnès Cerighelli a fait beaucoup parler d'elle sur Internet ces dernières semaines. En cause : son activisme sur le thème de la protection de l'enfance. Outre sa tribune dans le JDD, celle qui a fondé en 2012 un cabinet en ressources humaines se vante d'avoir écrit un rapport "Protection de l'Enfance et parentalité". Et a abondamment tweeté pour s'opposer à la mise en place du programme d'éducation à la sexualité dans les écoles. Le tout en déballant ce qu'Emmanuel Macron n'hésiterait pas à qualifier de "carabistouilles".

Attaques contre l'éducation sexuelle à l'école. Prenons d'abord ce fameux programme d'éducation à la sexualité. Pour le pourfendre, Agnès Cerighelli a diffusé de fausses informations, affirmant par exemple qu'"en cas de viol sur mineur, le juge pourrait dire à l'enfant violenté : 'tu as suivi un programme d'éducation à la sexualité. Tu étais donc consentant'. Le violeur sera relaxé." Ce qui est faux, mais a néanmoins été largement relayé, avec des centaines de reprises de ce messages.  

Cerighelli

Agnès Cerighelli a aussi utilisé les photos de documents présentés comme faisant partie du programme d'éducation sexuelle. Or, ils n'ont rien à voir avec l'école française. Comme l'a bien expliqué Le Mondedans un long exercice de fact-checking, il s'agit d'extraits d'un rapport à destination d'enseignants en Suisse. Ce rapport liste notamment les différentes étapes du développement psychosexuel des enfants, et ne constitue absolument pas un support pour les professeurs. Par ailleurs, les cours d'éducation sexuelle existent en France depuis 2001. La polémique a en réalité été montée en épingle sur les réseaux sociaux après que Marlène Schiappa a communiqué sur la nécessité d'apprendre la notion de consentement aux plus jeunes. Elle a donc ensuite été relayée par Agnès Cerighelli, qui en veut visiblement beaucoup à la secrétaire d'État, qu'elle attaque régulièrement dans ses tweets. D'ailleurs, cela a fait réagir jusqu'au comité LREM des Yvelines, qui estime que "ses propos tenus récemment ne reflètent aucunement les valeurs portées par" le mouvement.

Un rapport jamais commandé par le président. Le rapport "Protection de l'Enfance et parentalité", censé apporter de la crédibilité à la parole de son auteure, n'a en réalité jamais été commandé par Emmanuel Macron. Il s'agit d'une initiative personnelle d'Agnès Cerighelli qui l'a remis à l'accueil de la présidence de la République, comme en atteste un accusé de réception qui a fuité sur Internet, et non directement au président. Dans plusieurs messages privés que s'est procuré Maxime Haes, Agnès Cerighelli affirme être très proche du chef de l'État, qui aurait lu son rapport "avec attention". Elle assure également qu'un secrétariat d'État à l'enfance va bien être créé à la faveur du remaniement, ce qui est invérifiable.



Selon Maxime Haes, Agnès Cerighelli serait allée jusqu'à se faire passer pour une conseillère d'Emmanuel Macron, et la sécurité de ce dernier aurait été prévenue. Lundi matin, la conseillère municipale s'est déplacée jusqu'au collège Jules Renard de Laval, où le président était attendu pour un déplacement sur le thème de la rentrée scolaire. Selon Cyril Graziani, journaliste politique de France Inter présent sur place, elle a "poliment" été "reconduite à la sortie".