Congrès du PS : une petite motion D en pleine dynamique

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Congrès du PS : une petite motion D en pleine dynamique
De gauche à droite : Yann Galut, Valerie Rabault, Alexis Bachelay et Karine Berger@ MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
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Entre Cambadélis et les frondeurs, les deux favoris, le texte porté par Karine Berger et Dominique Bertinotti s'impose comme la troisième voie.

Sauf énorme surprise, la motion A de Jean-Christophe Cambadélis devrait arriver en tête, jeudi soir, lors du vote des militants socialistes. Parce qu'il a réussi à convaincre Martine Aubry et l'ensemble du gouvernement de s'aligner derrière, l'actuel patron du PS - et futur, donc - pensait avoir tué le suspense. C'était sans compter sur la "petite" motion D portée par la députée Karine Berger, en pleine dynamique.

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"Le PS a besoin d'un grand coup de dépoussiérage !" "La motion A s'est autoproclamée majoritaire et cela n'a pas plu aux militants. C'est ce qui explique que Jean-Christophe Cambadélis a eu du mal à créer une dynamique". Karine Berger a le sourire de celle qui ont le vent dans le dos. Alors que les médias sont concentrés sur le duel annoncé entre "Camba" (motion A) et les frondeurs (motion B), "La Fabrique", qu'elle porte avec Dominique Bertinotti, Alexis Bachelay, Yann Galut et Valerie Rabault, s'impose comme la troisième voie du congrès de Poitiers. Une posture qui plaît aux militants, las des querelles d'égos.

"Nous sommes persuadés, depuis le début, qu'un parti coupé en deux est tout ce que les gens ne veulent plus. On sent ce psychodrame au sein du groupe PS à l'Assemblée nationale depuis deux mois !", explique à Europe 1 Karine Berger, députée des Hautes-Alpes.

Dominique Bertinotti, ancienne ministre de la Famille, proche de Ségolène Royal (photo), a rejoint l'aventure pour la même raison : "ce congrès s'annonçait mortifère, avec des ténors qui nous expliquaient par avance que tout était déjà joué. Et puis, nous sommes arrivés il y a trois semaines et, depuis, le débat est relancé !", nous explique-t-elle, enthousiaste à l'idée de donner un coup de pied dans la fourmilière : "il faut arrêter de faire du socialisme à huis clos. Le PS a besoin d'un grand coup de dépoussiérage !" Et l'ancienne ministre d'ajouter, soudainement très sérieuse : "ce congrès, c'est notre dernière chance ! Aucun parti n'est éternel…"

"On espère faire un beau score, entre 10 et 20%". Loin d'être une simple "motion de témoignage" - comme peut l'être celle des militants, la D -, Karine Berger et ses troupes veulent véritablement peser sur l'avenir de leur parti. "Ce qu'on propose, c'est plus qu'une troisième voie, c'est l'hypothèse d'une synthèse. Si on veut gagner en 2017, rassembler tous les partis de gauche ne suffira pas. Il faudra réunifier le PS", explique l'élue. La synthèse, un art dont François Hollande est l'incontesté numéro 1. "C'est peut-être pour cela que l'entreprise qu'il a visité mardi s'appelle La Fabrique", se marre franchement Karine Berger, sans y croire une seconde.

Du coté de l'Elysée, on ne fait en effet pas mystère qu'une victoire des loyalistes, emmenés par Cambadélis, est fortement attendue, histoire de mettre un mouchoir sur les contestations internes jusqu'en 2017. Mais alors que tout semblait joué, une petite dose de suspense existe désormais : "on espère faire un beau score, entre 10 et 20%. Et les frondeurs devraient faire entre 35 et 45%", prévoit Karine Berger. Ce qui voudrait donc dire que Jean-Christophe Cambadélis pourrait ne pas obtenir la majorité absolue. Impensable il y a encore trois semaines.

"L'incertitude est inhérente à chaque scrutin". "C'est tout à fait possible que Cambadélis n'obtienne pas 51% !", confirme Gérard Grunberg, politologue et fin connaisseur des arcanes socialistes, joint par Europe 1. "Cette motion A est faite pour critiquer le gouvernement, mais de façon suffisamment subtile pour que tous les ministres puissent la signer ! Que voulez-vous qu'un militant retienne de ce texte ? Elle ne peut attirer ni la gauche du parti, ni la frange social-libérale. C'est une 'motion ventre mou'", juge-t-il encore.

Christophe Caresche, député de Paris et chef de file des réformateurs (en photo avec Cambadélis), signataires de la motion A, reconnaît que "l'incertitude est inhérente à chaque scrutin". "Ils s'inquiètent ! Et je peux vous dire que mon téléphone n'arrête pas de sonner…" confie Karine Berger, en se poussant un peu du col. Réplique de Christophe Caresche, comme pour anticiper toute interprétation négative du future score de "Camba" : "obtenir 50%, au PS, c'est très rare ! Mais, au pire, on aura une majorité relative." On a connu plus enthousiaste…