Communistes et Insoumis, le week-end où tout a basculé

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Communistes et Insoumis, le week-end où tout a basculé
Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent côte à côte lors d'une conférence de presse en février 2017. Une image qu'on n'est peut-être pas près de revoir de sitôt.
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Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, et Jean-Luc Mélenchon, se sont lancés des invectives par discours ou médias interposés. L’aboutissement - définitif ? - de plusieurs mois de tensions sourdes. 

Longtemps, la crise a couvé entre le Parti communiste français et La France insoumise. Elle a éclaté au grand jour en ce week-end de Fête de l’Humanité. Un grand raout annuel auquel Jean-Luc Mélenchon, en déplacement à La Réunion, a choisi de ne pas participer, ce qui a passablement déplu à Pierre Laurent. Lors de son discours public samedi soir, le secrétaire national du PCF s’en est pris avec virulence à l’ex-candidat à l’élection présidentielle, s’attirant les foudres de ses lieutenants… et la riposte du principal intéressé.

Laurent allume la mèche

D’ordinaire sur la réserve quand il s’agit d’évoquer ses relations avec Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent a cette fois lâché les chevaux. Lui qui avait refusé de mettre de l’huile sur le feu notamment pendant les élections législatives, quand La France insoumise avait refusé l’alliance avec le PCF, il semble cette fois ne plus supporter les vexations de son partenaire, qui n’a, il faut le dire, rien fait pour apaiser les tensions. D’abord, La France insoumise n’avait pas installé de stand. Ensuite, le leader de LFI s’est gentiment moqué d’attirer toute l’attention. "Comme je suis ici, je ne peux être ailleurs... Comme disait le poète Lamartine, un seul être vous manque et tout est dépeuplé", a-t-il lancé lors d'une réunion publique à Saint-André. Non sans adresser son "salut le plus confraternel aux amis… lecteurs de l'Humanité".

"Personne ne peut prétendre détenir la vérité à lui tout seul", a lancé Pierre Laurent samedi à la tribune, en allusion au choix stratégique de Jean-Luc Mélenchon de ne pas s'allier avec les autres appareils de gauche, dont le PCF. S'amusant de voir les journalistes "inquiets" de l'absence de Jean-Luc Mélenchon, le patron des communistes a estimé que "lui n'est pas là mais le peuple est là!". Il a également fustigé "les sirènes dégagistes" actionnées selon lui par l'ancien candidat à la présidentielle. "Au contraire, il convient d'associer au mouvement populaire des objectifs positifs et constructifs", a-t-il argumenté.

Les lieutenants s’écharpent

Très vite, avant même la fin du discours de Pierre Laurent, les lieutenants de Jean-Luc Mélenchon ont réagi à cette saillie.  "La charge de @plaurent_pcf contre @JLMelenchon est en contradiction avec l'esprit de la #FetedelHuma. Vraiment dommageable...", a tweeté le député du Nord Adrien Quatennens. "A #FetedelHuma, Pierre Laurent n'a pas un mot critique contre le PS mais tacle régulièrement @JLMelenchon sans mentionner le 23 #lourdingue", a renchéri sur le réseau social le député de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière.

Les membres de La France insoumise ont même été tentés de quitter la salle pendant le discours de Pierre Laurent, ce qui aurait donné encore plus de portée à l’incident diplomatique. C’est Danielle Simonnet, proche de Jean-Luc Mélenchon, qui l’a affirmé. "Je ne m'attendais pas à un tel mépris", a regretté, à l'issue du discours, la responsable du Parti de Gauche.

Ces réactions outrées n’ont pas plu aux communistes. Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, a tweeté dimanche une photo sur laquelle on voit les quatre membres de La France insoumise plongé dans leur portable pendant le discours de Pierre Laurent avec ce commentaire tout en ironie : "L’écoute et le respect".

Mélenchon riposte

Finalement, c’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui a répondu depuis La Réunion. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire. J'ai été invité ou convoqué ?", s'est indigné le leader de La France insoumise au micro d'Europe 1. "Les communistes sont toujours mes amis. Ils viendront par dizaines de milliers au rassemblement le 23. Ce n'est pas parce qu'il y a une direction communiste en perdition, qui s'accroche, qui ne s'exprime plus que contre moi, que je vais m'arrêter à ça", a-t-il lâché.

L’objectif de l’ex-candidat à la présidentielle est donc aussi de mettre la direction communiste en porte-à-faux avec ses sympathisants en vue de la grande journée de mobilisation du 23 septembre. Car l'objectif pour lui reste que la mobilisation soit la plus large possible. Pour au final asseoir encore sa position de principal opposant à Emmanuel Macron.

Et Laurent en remet une (petite) couche 

Ce statut de premier opposant, toutefois, Pierre Laurent n'est pas décidé à lui laisser. S'il n'a fait aucune allusion directe à la polémique du week-end lors de son discours de clôture de la "Fête de l'Huma", le leader communiste a tenu à préciser, tout de même : "C'est bien vous, le meilleur opposant (à Emmanuel Macron), le peuple de la Fête de l'Humanité". Peuple dont Jean-Luc Mélenchon ne fait pas partie, donc.