Comment le FN part à l’assaut des universités

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Comment le FN part à l’assaut des universités
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ENQUÊTE E1 - Le parti de Marine Le Pen veut creuser son sillon dans le milieu étudiant. Où il est plutôt bien reçu.

L’INFO. Structurer son mouvement est devenu une obsession chez Marine Le Pen. Après les retraités, les jeunes actifs ou les enseignants, le Front national a décidé d’orienter ses efforts vers les étudiants. Aux dernières élections européennes, plus du tiers des moins de 35 ans ont glissé un bulletin FN dans l’urne, et le parti d’extrême-droite entend bien surfer sur cette (jeune) vague. Un collectif baptisé "Marianne" a été lancé en ce sens il y a six mois. Europe 1 a enquêté sur cette structure associative.

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Surtout ne pas parler du FN. Un constat, d’abord. Pas question de mettre en avant une quelconque proximité avec le Front national. Dans le texte fondateur, disponible sur le site Internet de "Marianne", nulle mention de Marine Le Pen, du Rassemblement Bleu Marine (RBM) et encore moins du FN. Et sur le tract distribué aux étudiants, il faut bien chercher pour trouver trace d’un (petit) logo RBM, en bas à droite. "Les étudiants n’en ont plus besoin, ils savent très bien ce qu’est Marianne", assure à Europe 1 Gaëtan Dussausaye, récemment élu président du Front national jeunesse (FNJ), mais aussi membre fondateur du Collectif Marianne.

Joint par Europe 1, David Masson-Weyl, président du Collectif, s’amuse de la remarque, puis la repousse d’un revers de la main : "Nous sommes fiers de l’étiquette RBM, on ne la cache pas ! Aujourd’hui, c’est plus un avantage qu’un désavantage." Et ce tract minimaliste, alors ? "On va peut-être revoir son design, oui…"

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"40% des adhérents seulement sont encartés au FN ou au RBM". Sur le terrain, le discours est maîtrisé. Et "l’accueil est bon. Les étudiants sont ouverts à la discussion, il n’y a aucune agressivité", assure le président de Marianne, qui a déjà donné de sa personne devant l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines, en début de semaine. Quand un étudiant lui pose la question de l’affiliation politique du collectif, David Masson-Weyl (photo) avance le nom du "RBM, pas du Front national, hein". Surtout ne pas effrayer.

Dès lors, rien d’étonnant qu’il ne soit pas nécessaire d’être adhérent au Front national pour s’engager dans le collectif Marianne, qui compte aujourd’hui 250 membres. "Il y a 40% des adhérents seulement qui sont encartés au FN ou au RBM", assure Florian Philippot, vice-président du FN et "parrain" du collectif, contacté par Europe 1. "Il n’y a pas de volonté de camoufler leur appartenance. Sinon ils n’inviteraient pas Marine Le Pen à chaque lancement d’une nouvelle antenne !", renchérit la tête pensante de la présidente du FN.

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L’argent ? Pas d’accord ! Une affiliation (officiellement) assumée, donc, mais aussi nécessaire. Car c’est bien le RBM qui finance "Marianne". "On leur a juste loué une salle pour leur lancement. Mais, à terme, ils ont vocation à s’autofinancer avec leurs cotisations", d’un montant de 10 euros, minimise Florian Philippot. Le son de cloche est quelque peu différent chez David Masson-Weyl : "on a un budget pour notre site internet, nos tracts, l’achat de livres, louer une salle pour une conférence de presse… On va aussi confectionner une bannière pour notre stand au prochain congrès du FN. Non, le RBM ne nous a pas fixé d’objectif d’autofinancement."

"L’ambition, c’est d’être présent partout". "Ni de gauche, ni de droite, ni d’extrême droite", voilà ce que clament les militants devant les Facs. Et histoire d’attirer un maximum de curieux, les thèmes abordés sont fédérateurs : mettre davantage de service public dans l’université ou octroyer les bourses au mérite. Difficile de s’y opposer. Pas un mot sur l’immigration. "C’est normal, ils sont là pour parler des thèmes qui touchent les étudiants au quotidien, pas pour évoquer le programme du FN", assure Florian Philippot. "On est là pour faire connaitre une autre facette du FN", abonde David Masson-Weyl. Une stratégie qui permet au collectif de voir plus grand : "la structure est en place à Strasbourg et on va lancer courant novembre plusieurs sections départementales à Lille, Nice, Aix-Marseille, Orléans, Bordeaux, Amiens, Lyon et Toulouse", énumère le président, pas peu fier. Et ce n’est pas fini. "L’ambition, c’est d’être présent partout", s’enflamme l’eurodéputé. David Masson-Weyl rit.

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Le FN accepté sur les bancs de la fac. Si le FN est si ambitieux, c’est que l’université, longtemps assimilé à "un repère de gauchistes", ouvre désormais ses portes aux idées frontistes. "Les étudiants sont décomplexés, certains défendent des positions virulentes. Cela n’existait pas il y a encore quelques années", décrypte dans Le Monde Patrick Vassort, professeur de sociologie à la fac de Caen. "Oui, le parti a changé, notamment en termes d’image, et on le sent au quotidien", plussoie David Masson-Weyl.

Gaëtan Dussausaye, patron du FNJ, était candidat aux municipales dans le 11e arrondissement de Paris, en mars dernier. Il s’attendait à des railleries à son retour dans son amphi de philo. "J’appréhendais un peu. Je m’attendais au moins à des quolibets, si ce n’est des insultes. Et finalement non, rien, pas même une vanne…" Un phénomène nouveau qui n’est pas pour déplaire aux dirigeants du FN, qui voient là un nouvel électorat potentiel.

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Un futur vivier de cadres pour le FN. Sur l’objectif du collectif, des divergences, minimes, existent. Pour David Masson-Weyl, l’ambition est de recruter les futurs cadres du Front national, qui en manque cruellement : "nous sommes en recherche de gens compétents qui puissent assurer des fonctions administratives et politiques. Et c’est vrai que des étudiants diplômés qui voudraient participer de cette professionnalisation sont les bienvenue au RBM." Gaëtan Dussausaye est sur la même ligne. Florian Philippot un peu moins : "recruter des cadres n’est pas la priorité, mais si quelqu’un sort du lot, on ne se privera pas ! L’idée est surtout de créer des relais sur le terrain dans de nouveaux secteurs".

"L’idée", c’est aussi d’en glaner, des idées. Le président du FNJ estime ainsi qu’il y a "énormément de talents dans notre jeunesse, avec plein de bonnes choses à prendre. On est plus rêveur, plus naïf. On a plus de culot aussi." Florian Philippot  espère quant à lui "des réflexions qui viendront alimenter notre programme présidentiel en 2017. Des conventions devraient d’ailleurs être organisées."

De futurs collectifs en gestation. Ce fonctionnement segmenté, le FN veut le développer. Le vice-président du parti annonce ainsi à Europe 1 que d’autres collectifs devraient voir le jour courant 2015, "notamment dans le domaine de la santé, sur la dépendance ou le secteur hospitalier. Une autre structure consacrée à l’écologie va également voir le jour." Un collectif pour les lycéens, intitulé "Racine lycéen" vient d'être lancé, tout comme "Audace", destinée aux jeunes actifs âgés entre 25 et 35 ans. Marine Le Pen n’a pas fini de tisser sa toile.

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