Ces élus qui veulent réviser la laïcité

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Ces élus qui veulent réviser la laïcité
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DÉBAT - Après les incidents dans certaines écoles, des voix à droite s'insurgent contre "le totalitarisme laïcard" et appellent à un "nouveau concordat". Mais la majorité de la classe politique, tous camps confondus, défend la loi de 1905.

Alors que les incidents se multiplient dans les écoles, où de nombreux élèves ont affiché leur soutien aux terroristes qui ont attaqué Charlie Hebdo, le débat sur la lutte contre le communautarisme agite la classe politique. La défense de la laïcité et des principes républicains est la ligne quasi-unanime, portée en premier lieu par l'exécutif. Mais quelques élus font entendre un son de cloche légèrement différent, appelant à une remise en cause de la conception actuelle de la laïcité.

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"Un nouveau concordat". "Il faut arrêter avec le totalitarisme laïcard", s'insurge ainsi le député-maire UMP de Châlons-en-Champagne, Benoist Apparu (photo), mercredi sur le site de L'Express. Réformer la loi de 1905, "il ne faut plus que ce soit un tabou", selon ce proche d'Alain Juppé. Autres propos détonants, ceux du député-maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, qui était porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne interne de l'UMP. "Ce n'est pas en criant 'République et laïcité' qu'on réglera le problème", affirme-t-il dans Libération. "Nous avons besoin d'un nouveau concordat", poursuit-il, appelant à "construire enfin un islam des lumières".

Une conception assouplie de la laïcité, qui semble trouver un écho chez une partie des élus. Trois maires sur dix estiment ainsi que les communes doivent financement partiellement la construction de nouveaux lieux de culte, notamment des mosquées, selon une enquête TNS Sofres publiée jeudi, même si 61% sont contre.

Le débat devrait rebondir avec des propositions formulées jeudi par l'Observatoire de la laïcité, qui seront remises prochainement à l'Elysée et à Matignon. Entre autres préconisations, l'instance propose "la création d'établissements privés de théologie musulmane", le recrutement d'aumôniers musulmans supplémentaires pour les prisons ou encore un "enseignement laïque du fait religieux" à l'école.

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Arrêter "de discuter avec les rabbins, les imams, les curés". Mais les appels à assouplir la laïcité se heurtent à une ligne bien plus ferme portée par une majorité d'élus, tous camps confondus. Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a même proposé mercredi que "la France change sa devise" pour y adjoindre le mot "laïcité". A gauche aussi, la fermeté reste de mise. A l'image de Manuel Valls, qui a martelé mercredi devant l'Assemblée nationale que "le seul enjeu qui importe", c'est "la laïcité, la laïcité, la laïcité". "Parce que c'est le cœur de la République", a justifié le Premier ministre.

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Les prises de position musclées se sont multipliées au PS. "Il faut qu’on arrête de discuter en permanence avec les rabbins, les imams, les curés : ce ne sont pas des maîtres à penser", s'est insurgée l'ancienne ministre Aurélie Filippetti (photo), citée par Marianne, ajoutant que "les religions n’ont jamais été des écoles d’émancipation". Pour Julien Dray, l'islam "doit s’imprégner de la réalité de la société française". "Il y a un dialogue respectueux mais nécessaire pour moderniser et faire évoluer cette religion", juge le conseiller régional d'Ile-de-France dans Le Monde.

Au Front national aussi, on martèle la nécessité d'une application stricte de la laïcité. "Il faut respecter totalement la loi de 1905", affirme à Europe 1 Bertrand Dutheil de La Rochère, conseiller laïcité de Marine Le Pen. Tout en pointant du doigt certains "arrangements". "Est-ce que la pratique des élus locaux, au PS comme à l'UMP, est bien conforme à la loi de 1905 ?", fait-il mine de s'interroger. Des critiques qui font écho à celles de Malek Boutih, député socialiste de l'Essonne. "Au sein du PS, je serai désormais sans concession avec les élus corrompus qui passent des deals avec les voyous et les communautés par électoralisme", a-t-il affirmé mardi sur Le Point.fr.

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Sarkozy rencontre les autorités religieuses. Nicolas Sarkozy va-t-il se positionner sur le sujet ? Après les attentats, le président de l'UMP a annoncé son intention de s'entretenir avec les autorités religieuses. Des rencontres qui ont eu lieu jeudi : l'ex-chef de l'Etat a notamment consulté le Conseil représentatif des institutions juif de France (Crif), la Conférence des évêques de France, ainsi que le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur.

Reste à savoir ce que pense Nicolas Sarkozy d'un "nouveau concordat" ou de la fin du "totalitarisme laïcard", réclamés par des élus de son propre camp. Dans un message posté sur Facebook à Noël, le président de l'UMP avait fait l'éloge de la laïcité, vantant "un rempart qui protège la liberté de conscience".

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