Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron devant le Congrès

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Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron devant le Congrès
Emmanuel Macron a prononcé un discours de plus d'une heure et demi devant le Congrès. @ Eric FEFERBERG / POOL / AFP
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Le président de la République a prononcé une longue déclaration devant l’ensemble des parlementaires - ou presque -, réunis à Versailles. Avec nombre d’annonces à la clé. 

Emmanuel Macron avait visiblement des choses à dire lundi devant le Congrès, réuni à Versailles. Face aux députés et aux sénateurs qui avaient fait le déplacement, certains ayant décidé de boycotter l’événement, le président de la République a parlé pendant 1h28, beaucoup plus longtemps que prévu initialement. Il précisé la philosophie de son quinquennat, mais a aussi annoncé quelques changements à venir, dans les institutions principalement. Le chef de l’Etat, particulièrement solennel, parfois austère, a également répondu à mots couverts à ses détracteurs, et glissé quelques messages à destination de la presse.

  • Une vaste réforme des institutions

Jusqu’alors, rien n’était officiel. Mais Emmanuel Macron a précisé la réforme des institutions qu’il souhaite voir "parachever d’ici un an". Premier chantier : la baisse du nombre de parlementaires. "Une réduction d’un tiers", souhaite le président de la République. "Un Parlement moins nombreux, mais renforcé dans ses moyens, c'est un Parlement où le travail devient plus fluide, où les parlementaires peuvent s'entourer de collaborateurs mieux formés et plus nombreux. C'est un Parlement qui travaille mieux", a-t-il jugé.

Autre mesure très attendue : l’introduction d’une dose de proportionnelle, afin que "toutes les sensibilités y soient justement représentées". "La représentativité reste un combat inachevé dans notre pays. Je souhaite le mener avec vous résolument", a justifié le chef de l’Etat, proposant aussi une limitation du cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. Sur la forme et l’importance de cette proportionnelle, qu’appelle de leurs vœux nombre de formations politiques, il faudra encore attendre.


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Emmanuel Macron a enfin annoncé sa volonté de supprimer la Cour de Justice de la République, actuellement chargée de juger les actes des ministres commis dans le cadre de leurs fonctions. "Il faudra trouver la bonne organisation mais nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d'une juridiction d'exception", a expliqué le président de la République.

"Je demanderai à Madame la garde des Sceaux, aux ministres compétents et aux présidents des deux chambres de me faire pour l'automne des propositions concrètes permettant d'atteindre cet objectif", a ajouté le chef de l'État. Qui, s’il constate un blocage au niveau du Parlement, a promis de recourir au référendum, "si nécessaire".

  • Les parlementaires devront changer de pratiques

Emmanuel Macron veut aller vite, et il a invité les parlementaires à faire de même. "Sachons mettre un terme à la prolifération législative", a-t-il dit. "Je crains moi-même dans une vie antérieure d'y avoir participé", a-t-il reconnu. Le chef de l’Etat a également suggéré une "simplification" de la navette parlementaire entre l'Assemblée et le Sénat, pour que "le rythme de conception" des lois puisse "répondre aux besoins de la société". "Il faut qu'au temps long du travail législatif soit ajoutée la faculté d'agir vite. Ainsi, la navette pourrait être simplifiée. Je pense même que vous devriez pouvoir, dans les cas les plus simples, voter la loi en commission. Tout cela doit être sérieusement étudié", a-t-il préconisé.

Conscient que ces propos pourraient être mal compris par les parlementaires, Emmanuel Macron a voulu leur confier un nouveau rôle. Insistant sur l'importance pour le Parlement de "réserver de (son) temps au contrôle et à l'évaluation", il souhaite "qu'une évaluation complète de tous les textes importants, comme aujourd'hui" celui "sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme dont nous avons récemment jeté les bases, soit menée dans les deux ans suivant leur mise en application". Le président de la République a également proposé qu'on "évalue l'utilité des lois plus anciennes afin d'ouvrir la possibilité d'abroger les lois qui auraient par le passé été trop vite adoptées, mal construites, ou dont l'existence aujourd'hui représenterait un frein à la bonne marche de la société française". Beaucoup de travail en perspective.

  • Un message à la presse

Il n’a pas expressément nommé le monde médiatique, mais difficile de ne pas comprendre que c’est bien lui qui est visé quand Emmanuel Macron appelle à la "retenue", après que la loi censée redonner confiance dans la politique sera votée. "J'appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l'homme où parfois les réputations sont détruites et où la reconnaissance de l'innocence, des mois voire des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu'avait fait la mise en accusation initiale", a lancé le chef de l’Etat. "Cette frénésie, qui a touché tous les camps depuis tant de mois et parfois tant d'années, est indigne de nous et des principes de la République." Un passage qui ne sera pas forcément à même de réduire les crispations entre les médias et le pouvoir depuis son élection.

  • "Reprendre l'idée européenne à son origine"

Européen convaincu, Emmanuel Macron ne pouvait pas pas ne pas évoquer l’état de l’Union. "La décennie qui vient de s'achever a été pour l'Europe une décennie cruelle. Nous avons géré des crises mais nous avons perdu le cap", a regretté le chef de l'Etat. "La construction européenne est fragilisée par la prolifération bureaucratique et par le scepticisme croissant qui en découle", a-t-il poursuivi. "Je crois fermement à l'Europe, mais je ne trouve pas ce scepticisme injustifié", a-t-il ajouté. "Il revient aujourd'hui à une génération nouvelle de dirigeants de reprendre l'idée européenne à son origine", a-t-il insisté.


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Le président de la République a ainsi appelé les pays de l'Europe "pour lesquels celle-ci ne se réduit pas au marché mais dessine un espace où une certaine idée de la valeur de l'homme et l'exigence de justice sociale sont reconnus comme prééminents", à "se ressaisir d'un projet décisif et s'organiser en conséquence". "Il revient à la France de prendre l'initiative, et je souhaite le faire dans les prochains mois", a-t-il ajouté, souhaitant "le faire grâce et par le travail étroit" engagé en particulier avec la chancelière allemande Angela Merkel.

  • Un tacle à ceux qui ne sont pas venus

Emmanuel Macron n'a pas été tendre avec les parlementaires qui avaient décidé de ne pas se rendre à Versailles, au premier rang desquels les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Dès le début de son discours, pour justifier la convocation du Congrès, il a, sans donner de noms mais avec des mots forts, critiquer cette décision. "Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du Parlement apparaissent pour certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du président de la République une conception vague que masque mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme", a déclaré le président de la République.

"Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la Constitution qui les a fait élire. Sieyes et Mirabeau ne désertèrent pas je crois si promptement le mandat que leur avait confié le peuple. Le président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c’est ce que je suis venu faire devant vous", a insisté le chef de l'Etat, qui n'a sans doute pas cité ces deux figures de la Révolution par hasard. Par ailleurs, Emmanuel Macron a confirmé son intention de répéter l'exercice. "Tous les ans, je reviendrai donc devant vous, pour vous rendre compte", a-t-il lancé. 

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