Ce qu'il manque à la loi Macron pour convaincre l'UMP

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Ce qu'il manque à la loi Macron pour convaincre l'UMP
LOI MACRON - Cinq mois après sa nomination à Bercy, Emmanuel Macron défend devant le Parlement un texte très attendu, et contesté au sein même de la majorité.@ AFP
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JE T'AIME MOI NON PLUS - Le "projet de loi croissance" arrive lundi en débat à l'Assemblée. Et malgré quelques atomes crochus, l'UMP va voter contre.

Les députés UMP "sont bien évidemment contre" la loi Macron, a assuré dimanche leur chef de file Christian Jacob. Le texte, réforme phare qui porte le nom du ministre de l’Économie, arrive lundi dans l'hémicycle. Son objectif : "faire sauter les verrous" qui bloquent l'économie française, dixit le projet de loi. À part quelques rebelles, l'UMP devrait le rejeter en bloc. Pourtant…

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"Cette loi, l'UMP aurait pu la faire", rétorque le député UMP Hervé Mariton, qui se dit prêt à voter pour. Elargissement du travail du dimanche, libéralisation du marché des autocars, facilitation des licenciements, rétrécissement des délais de passage du permis de conduire… De nombreuses mesures sont défendues par le principal parti d'opposition.

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Cette loi ne va pas assez loin. Le 16 décembre, devant les députés de son camp, Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, a fait passer une consigne claire : voter contre la loi Macron. Selon lui, elle ne va pas assez loin pour la croissance. Et le message a largement été compris. "Est-ce que cette loi permet de baisser les charges et contraintes qui pèsent sur les entreprises? Le coût du travail? La pression fiscale qui pèse sur les Français? La réponse est non et bien évidemment on ne votera pas ce texte", justifie Christian Jacob, droit dans ses bottes. En clair, l'UMP veut faire sauter tous les verrous à l'économie d'un coup, ou ne pas les faire sauter du tout.
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© DOMINIQUE FAGET / AFP

Elle n'est même pas assez "Macron".  D'ailleurs, le Sénat, majoritairement à droite, a déjà fait savoir qu'il allait réécrire le texte... avec une forme de malice assumée. Le groupe UMP au Sénat a en effet ressorti toutes les déclarations d’Emmanuel Macron sur l’assouplissement des 35 heures, sur les seuils sociaux. Avec les centristes, ils vont modifier le texte en commission et mettre au point une autre loi croissance, plus complète. "Nous allons écrire la vraie loi dont a rêvé Emmanuel Macron et nous voterons pour", s'amuse le patron des sénateurs UMP, Bruno Retailleau.

En août, le ministre de l’Économie s'était en effet dit prêt à autoriser "les entreprises à déroger" sur les 35h. Mais la mesure ne figure finalement pas dans la loi qui porte son nom. La réforme des seuils sociaux, reportée à plus tard, non plus.

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Ou alors elle va trop loin. Mais à l'UMP, tout le monde n'a pas le même argumentaire anti-loi Macron. Si pour Christian Jacob et les sénateurs UMP, elle ne va pas assez loin, pour Henri Guaino, au contraire, elle contient beaucoup trop de mesures. Le député le disait mi-décembre sur Europe 1: "Ce n'est pas une loi, c'est un monstre. On mélange dans le même texte les notaires, les huissiers, les experts-comptables, les bus, les déchets nucléaires", dénonçait-il. Et d'asséner : "On ne peut pas discuter d'une loi qui touche autant de sujets, qui pourraient faire l'objet d'une dizaine de lois qu'on pourrait tranquillement discuter l'une après l'autre".
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© REUTERS

La loi s'attaque aux professions réglementées. En outre, le texte s'attaque aux professions règlementées, qu'il veut davantage libéraliser. La loi Macron prévoit par exemple la liberté d'installation "contrôlée" des notaires, huissiers et commissaires-priseurs, et fixe désormais aussi une limite d'âge (70 ans) pour ces professions. Or, les professions réglementées, elles votent majoritairement à droite. Il s'agit donc de ne pas trop froisser cet électorat. "Pourquoi s'attaquer à des professions qui remplissent leurs missions et génèrent de l'emploi ? Notre système notarial est le plus efficace au monde", a défendu Nicolas Sarkozy le 16 décembre.

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Tout de même, c'est une loi de gauche. Enfin, ce qu'il manque aussi à la loi Macron pour plaire à l'UMP, c'est peut-être d'être défendu par un gouvernement de droite. Certains le reconnaissent d'ailleurs à demi-mots. "Au-delà du fond décevant, Macron, Valls et Hollande ont fait de ce texte un 'objet politique'. Il est donc pour nous impossible de le voter", a expliqué dans L'Opinion l'ex-ministre du Budget et député Eric Woerth.

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Mais le risque est, pour l'UMP, que cette stratégie se retourne contre elle. Car elle pourrait conduire la formation à se fâcher avec la majorité de son électorat. Selon un sondage Odoxa-FTI Consulting-Les Echos-Radio Classique divulgué dimanche soir, 60% des sympathisants de droite se disent favorables à cette loi.

>> Réécoutez à ce propos le reportage d'Europe1 auprès d'électeurs UMP :



Reportage à Neuilly sur la loi Macronpar Europe1fr