Borloo : "la démocratie sans lumière, ça n'existe pas"

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Borloo : "la démocratie sans lumière, ça n'existe pas"
Jean-Louis Borloo au micro d'Europe 1.@ Europe 1
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Jean-Louis Borloo, ancien ministre et président de la fondation énergie pour l'Afrique, est revenu sur son nouveau projet d'électrifier le continent sur Europe 1.

INTERVIEW

Nouveau défi. Des ors de la République aux bureaux de l'UDI en passant par la mairie de Valenciennes, Jean-Louis Borloo a tout connu de la scène politique française. Aujourd'hui, il s'est lancé dans une toute autre mission, à une toute autre échelle : celle d'électrifier le continent africain. C'est pourquoi il préside aujourd'hui la fondation énergie pour l'Afrique.

Explosion démographique subsaharienne. Une organisation avec qui Jean-Louis Borloo compte bien accompagner le continent face à un défi "jamais connu dans l'histoire de l'Humanité" : "suivre le choc démographique qui est aujourd'hui à l'œuvre. L'Afrique subsaharienne compte 180 millions d'habitants. En 2045, elle en comptera 1,8 milliards !", rappelle Jean-Louis Borloo.   

L'électricité, base matérielle de la démocratie. Pour ce faire, une priorité, l'électrification du continent. "Parce que l'électricité, c'est l'accès à l'eau, mais aussi à l'autosuffisance alimentaire, à l'emploi, à la santé, à l'éducation, à la sécurité…" L'électricité, investissement de base indispensable, voilà la conviction de Jean-Louis Borloo, qui dénonce le "saupoudrage" actuel de l'aide au développement. Une politique qui, à son sens, est inefficace : "sur les 30 milliards d'aide au développement alloués par l'UE, 18% vont à l'aide à la démocratie locale et 4% seulement au développement de l'eau et de l'électricité. Cherchez l'erreur. Mais aujourd'hui, la démocratie sans lumière, ça n'existe pas !", s'exclame-t-il.  

Il rencontre 37 chefs d'Etats africains. Le constat posé, reste à élaborer la mise en action du projet. Et voilà des mois déjà que Jean-Louis Borloo parcourt l'Afrique. Il a déjà rencontré 37 chefs d'Etats du continent et affirme avoir assisté à l'enclenchement d'une dynamique politique "irréversible" : " Je ne vois pas comment les Européens pourraient tourner le dos au projet d'électrifier l'Afrique, voyant que les dirigeants sont d'accord et que c'est dans notre intérêt à nous aussi". Car ce qui est dans l'intérêt de l'Afrique est dans l'intérêt du Vieux continent, explique Jean-Louis Borloo : " Le fait que nous n'ayons aucune stratégie sur le continent qui nous est le plus proche culturellement et qui va doubler sa population en 30 ans, c'est un non-sens ! " 

Vers une agence africaine de l'électrification ? Si l'envie est là, manque encore l'outil. A ce niveau-là, Jean-Louis Borloo se fixe des objectifs et des échéances "impossibles" avec un lancement du projet prévu pour "janvier 2016" : "c'est le seul moyen d'avancer, parce que si vous ne mettez pas de vitesse, rien ne se passe, il faut mettre tout le monde sous pression", justifie-t-il. 

Un projet à 300 milliards. Concrètement, le nerf de la guerre reste et restera l'argent : "Il faut une ingénierie publique de haut niveau dans les Etats africains, et surtout, il manque 50 milliards de prêts pour lever 300 milliards de fonds pour un grand projet d'électrification continental. Rapporté aux populations japonaise, américaine et européenne, cela correspond à cinq euros par an et par habitant pendant 10 ans." Mais l'ancien ministre de la Ville refuse de ramener ce projet à lui, et met en avant l'importance de la volonté des principaux intéressés : "Il faut que les chefs d'Etats africains s'organisent ensemble techniquement." Et Jean-Louis Borloo est plutôt confiant de ce point de vue : "Après avoir parlé deux heures au doyen d'ente eux, Robert Mugabe, le président zimbabwéen, il m'a pris dans ses bras et m'a dit : 'mon frère, je vais convaincre mes autres frères'. C'est encourageant."