Atteinte à la vie privée : la femme du président de l'Assemblée menace une romancière de poursuites

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Atteinte à la vie privée : la femme du président de l'Assemblée menace une romancière de poursuites
Séverine Servat de Rugy, épouse du président de l'Assemblée nationale, a menacé de poursuivre en justice la romancière Émilie Frèche.@ PATRICK KOVARIK / AFP
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Séverine Servat de Rugy, épouse de François de Rugy, a menacé la romancière Émilie Frèche de l'attaquer en justice. Elle l'accuse de parler d'elle et de son fils de manière particulièrement dépréciative et reconnaissable dans son prochain ouvrage.

L'histoire, révélée par L'Express, relance à nouveau le débat sur la liberté des romanciers : un écrivain peut-il insérer dans un livre des personnages si inspirés de personnalités réelles que ces dernières en deviennent reconnaissables, souvent à leurs dépens ? Non, répond Séverine Servat de Rugy, la femme de François de Rugy, président LREM de l'Assemblée nationale. Cette journaliste chez Gala a en effet menacé d'attaquer en justice Émilie Frèche, auteure connue notamment pour 24 jours : la vérité sur la mort d'Ilan Hamili et Deux étrangers, car elle s'est reconnue, ainsi que son fils, dans son prochain roman, Vivre ensemble, à paraître le 22 août. 

Un fils "dépeint comme un monstre". Pour tout comprendre de cette affaire, il faut replacer les choses dans leur contexte. Séverine Servat de Rugy a eu ce fils avec l'ancien député socialiste Jérôme Guedj, qui est l'actuel compagnon d'Émilie Frèche. Et l'enfant de 11 ans, qui montre des signes de précocité, vit aujourd'hui en garde alternée, tantôt chez sa mère, tantôt chez son père. Alertée par des amis, mais aussi des confrères, la journaliste de Gala s'est procuré un exemplaire de Vivre ensemble. Et y a reconnu son fils, "dépeint dans ce livre comme un monstre", dénonce-t-elle dans les colonnes de L'Express. Quant au personnage de la mère qui, selon Séverine Servat de Rugy, n'est autre qu'elle-même, il est qualifié de "folle", "cinglée" et même "pute". 

"Viol de l'intimité". "Lire ce qui est du domaine de l'emprunt massif et répété à un contexte privé, ce qui relève du viol de l'intimité sous un jour dégradant, sinon malveillant, est terriblement choquant, violent, destructeur", explique la journaliste dans l'hebdomadaire. "Je n'ai eu d'autre choix moral, éthique, que de faire savoir que j'allais m'y opposer par voie juridique. Il n'y pas d'irresponsabilité juridique des écrivains." Le 17 juillet, Séverine Servat de Rugy a donc réclamé, via son avocat Me William Bourdon, l'interdiction du roman d'Émilie Frèche, "récit nauséabond qui a gravement instrumentalisé [son] intimité". 

Un insert dans chaque exemplaire. Finalement, un accord a été trouvé avec l'éditeur Stock et la romancière, qui ont accepté la publication d'un insert dans chaque exemplaire de Vivre ensemble. Un communiqué commun précise par ailleurs que Séverine Servat de Rugy "a estimé que des passages" du livre "portaient des atteintes graves et répétées à l'intimité de sa vie privée et à celle de son enfant", ce qu'Emilie Frèche "a contesté" tout en admettant "avoir puisé une partie de son inspiration dans son vécu, notamment familial". "Séverine Servat de Rugy renonce à solliciter l'interdiction du livre mais se réserve le droit d'engager des poursuites judiciaires et de demander des dommages intérêts, pour elle-même et pour son enfant, pour le préjudice qu'elle estime avoir subi", est-il écrit.