"Agnès Saal aurait dû faire l'objet d'une suspension"

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Jean-Luc Touly, auteur des Recasés de la République, estime que "l'affaire Agnès Saal est révélatrice de notre système de traditions françaises".

INTERVIEW

Pointée du doigt pour des factures de taxis de plus de 40.000 euros en moins d'un an aux frais de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), Agnès Saal a présenté sa démission de son poste de PDG de l'INA, le 28 avril dernier. Trois semaines plus tard, elle a retrouvé un poste au ministère de la Culture et sa nomination crée la polémique. Jean-Luc Touly, auteur des Recasés de la République, s'est exprimé sur ce cas, vendredi sur Europe 1.

"Une procédure disciplinaire aurait dû être engagée". Pour celui qui est aussi conseiller régionale d'Ile-de-France et juge aux Prud'hommes, "à partir du moment où il y a une faute avérée, elle aurait dû faire l'objet d'une suspension et une procédure disciplinaire" aurait dû être lancée. La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, n'a-t-elle pas précisé qu'un conseil de discipline devra encore statuer sur "les suites à donner à l'enquête que nous sommes en train de conduire" ? "J'ai entendu Fleur Pellerin dire que la sanction qu'on lui a infligée, c'est le fait de lui avoir confié un poste moins important… Ce n'est pas normal. Une procédure disciplinaire aurait dû être engagée, avec une suspension, puis une instruction aurait dû être faite. Et ensuite, il y a une échelle de sanctions : avertissement, rétrogradation, radiation provisoire ou définitive, puis la révocation".

"Un mauvais signe pour tous les autres fonctionnaires". Interrogé sur la possibilité de suite pénales à l'encontre d'Agnès Saal, pas évoquées pour le moment par la ministre de la Culture, Jean-Luc Touly estime que "c'est là le plus grave. Ces 40.000 euros ont été pris sur les deniers publics ! Donc un fonctionnaire de ce niveau-là, qui n'est pas une jeune fonctionnaire, sans sanction pénale, je trouve cela invraisemblable. Et cela donne un mauvais signe pour tous les autres fonctionnaires".

Pas un cas isolé. Si le cas d'Agnès Saal a choqué, elle ne serait pas la seule à avoir profité de ces petits arrangements dans la fonction publique, à en croire notre spécialiste de la question, qui cite un exemple concret : "Jean-Dominique Comolli, haut fonctionnaire à Bercy auprès de Michel Charasse, a été à la direction générale des douanes puis il a été nommé président de la Seita. Et là, il a été condamné pour favoritisme. Et en 2010, Nicolas Sarkozy l'a nommé président de l'agence des participations de l'Etat. Mais comment est-ce possible ? Hollande l'a remplacé puis l'a renommé administrateur d'Areva, d'Air France, de France Telecom ! Cela fait partie des non-dits de la République…" Et de conclure : "l'affaire Agnès Saal est révélatrice de notre système de traditions françaises".