Affaire Théo : pourquoi les politiques prennent position

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Affaire Théo : pourquoi les politiques prennent position
L'affaire de l'arrestation, avec accusation de viol, du jeune Théo, est remontée jusqu'aux politiques. @ FRANCOIS GUILLOT / AFP
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L’affaire de l’arrestation violente d’un jeune à Aulnay-sous-Bois a tourné à l’affaire politique. Les candidats à la présidentielle s’en mêlent et ça n’a rien d’innocent. 

A l’approche d’une élection présidentielle, toute affaire un tant soit peu médiatique peut devenir politique. A ce titre, l’affaire Théo est un cas d’école. Une semaine après l’arrestation violente d’un jeune à Aulnay-sous-Bois, au cours de laquelle Théo a été très sérieusement blessé au rectum par la matraque d’un policier, tous les candidats à l’élection présidentielle ou presque ont réagi. De la condamnation des violences policières au refus de parler de bavure, les réactions ont bien évidemment différées en fonction de ceux qui les ont affirmées. Car tout cela n’est pas dénué de sous-entendus politiques.

  • Mélenchon et les "tortureurs" de la police

Candidat de la gauche dure, Jean-Luc Mélenchon se place dans la tradition d’une méfiance certaine vis-à-vis de la police. Dans une vidéo postée sur sa chaîne YouTube, le candidat de La France insoumise utilise des mots très forts pour condamner les violences perpétrées par les policiers lors de l’arrestation de Théo, le qualifiant d’"acte de torture. C’est un crime", accuse-t-il. "Il faut expulser de la police les tortureurs. (…)  Je commence à trouver que ce genre d’incidents a tendance à se répéter et je me demande s’il n’y a pas des gens qui sont animés par d’autres motivations que de police (…) et si ce n’est pas par idéologie qu’ils pratiquent de cette manière-là. Ça commence à bien faire et à beaucoup faire", affirme-t-il. Une référence, sans aucun doute, aux affrontements qui ont parfois émaillé les manifestations contre la loi Travail.

Et de conclure, après avoir adressé un message de compassion vis-à-vis de la victime, face à ce "scandale de trop" : "Je vous dis à tous : réfléchissez bien à ce qui se passe, essayez de bien démonter les mécanismes qui sont à l’oeuvre. Parce que c’est bizarre tout ça."

  • Hamon souffle le chaud et le froid

Tout à sa posture de présidentialité, Benoît Hamon est plus tempéré, même s’il reste très ferme vis-à-vis des policiers. "Ce qu’il s’est passé est très grave, les violences qu’a subies ce jeune homme sont inacceptables. Je souhaite que l’enquête soit rapide", a-t-il déclaré sur BFMTV. Mais le vainqueur de la primaire du PS, soucieux de rassembler toutes les sensibilités de son camp, a aussi appelé à "ne pas confondre le geste de quelques-uns avec le travail quotidien de milliers de policiers sur le terrain".

  • Macron condamne mollement… et met en avant son programme

Emmanuel Macron est accusé de ne pas vouloir mettre en avant son programme ? Il profite de l’affaire Théo pour démentir cette affirmation. Dans une tribune publiée sur Facebook, l’ancien ministre de l’Economie n’est toutefois pas avare, comme à son habitude, de grands principes. Il condamne toute de même "la force illégitime de l’Etat qui a eu cours" à Aulnay-sous-Bois et rend hommage au "formidable sang-froid" de "Théo et son entourage". Mais son propos n’est pas là. "Je crois à la nécessité de créer une police de la sécurité quotidienne", écrit-il plus loin. "Il s’agit de déployer une police mieux ancrée dans les territoires dont elle a la charge. Une police qui connaît la population est plus à même de résoudre les problèmes locaux", argumente-t-il.

  • Fillon condamne avec prudence

François Fillon n’est guère plus virulent. Le candidat de la droite, qui a fait de la sécurité, et donc de sa politique policière, l’un des axes de sa campagne, montre même une prudence certaine. Il a ainsi évoqué lors d’un déplacement à Juvisy mercredi "un acte qui doit être prouvé, parce qu'une enquête est en cours, mais un acte d'une violence pareille ne doit pas retomber sur la police, la gendarmerie, les forces de sécurité, qui n'ont rien à voir là-dedans". Pour François Fillon, cette affaire "doit nous conduire à montrer notre solidarité avec la police, et en même temps à être absolument intransigeants sur ces comportements".

  • Marine Le Pen soutient la police "par principe"

Alors que toute la classe politique a condamné, plus ou moins fermement, l’attitude des policiers, Marine Le Pen a fait entendre, comme souvent, une voix particulièrement dissonante mardi sur LCI. "Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. Voilà. Et de gendarmerie. Sauf démonstration par la justice qu’ils ont commis un délit ou un crime", a affirmé la présidente du Front national. "Je crois que les policiers et les gendarmes travaillent dans des conditions absolument épouvantables, et particulièrement les policiers qui travaillent en banlieue. Je pense qu’il ne faut pas les clouer au pilori", a-t-elle insisté.

Marine Le Pen n’a pas manqué non plus de mettre l’accent sur les incidents qui ont eu lieu à Aulnay-sous-Bois et dans des villes avoisinantes, ne trouvant bien sûr aucune excuse à la colère des jeunes. "Mais est-ce que ça justifie les émeutes qui ont eu lieu depuis ? Est-ce que ça justifie qu'un certain nombre se permettent de casser de brûler alors même que la justice est saisie du dossier ?", s’est-elle interrogée.