TF1 et M6 enterrent la TNT payante

  • A
  • A
TF1 et M6 enterrent la TNT payante
Nonce Paolini, PDG de TF1, et Nicolas de Tavernost, président du directoire du groupe M6, en juin 2013 à Paris.@ MAXPPP
Partagez sur :

NI FLEURS, NI COURONNES - En demandant le passage des chaînes LCI et Paris Première en gratuit, les deux groupes achèvent une offre qui n'a jamais fonctionné.

"Faire de la TNT payante est devenu impossible". L'affirmation est signée du patron de M6, Nicolas de Tavernost, dans une interview aux Echos lundi. Son groupe va donc demander au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) le transfert de la chaîne Paris Première sur la TNT gratuite.

En novembre, c'est Nonce Paolini, le PDG de TF1, qui avait planté sa banderille en annonçant qu'il allait demander le passage de sa chaîne d'information LCI en gratuit. Il s'agit donc d'un double désaveu pour la TNT payante qui, en huit ans d'existence, n'a jamais trouvé son modèle.

La TNT payante, c'est quoi ? En 2005, le lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) permet la diffusion nationale de nouvelles chaînes gratuites, mais aussi d'une dizaine de chaînes payantes. Parmi elles, plusieurs chaînes du groupe Canal+ (Canal+ Cinéma, Canal+ Sport, Planète), mais aussi des généralistes (TPS Star, Paris Première, TF6) et des chaînes spécialisées (LCI, Eurosport). Pour accéder à ces canaux, le téléspectateur doit s'équiper d'un décodeur TNT et souscrire à un abonnement spécifique. Aux yeux des chaînes, le pari peut sembler intéressant, puisqu'il s'agit d'élargir leur bassin d'audience tout en se finançant grâce aux abonnements.

Des déconvenues en série. Le problème, c'est que la mayonnaise n'a jamais vraiment pris. Trois ans après le lancement de la TNT payante, les chaînes Canal J et AB1 jettent l'éponge, jugeant le coût de diffusion trop élevé par rapport aux recettes engrangées. Le CSA compte alors beaucoup sur CFoot, une chaîne créée par la Ligue de football professionnel (LFP), pour relancer l'attractivité de la TNT payante. Las : incapable de faire le poids face à l'arrivée d'Al-Jazeera sur le marché des droits sportifs, CFoot s'arrête après seulement une saison.

Dans le même temps, LCI et Paris Première demandent (déjà) leur passage sur la TNT gratuite, mais essuient un refus du CSA. Leurs propriétaires, TF1 et M6, pourraient avoir plus de chance en 2014. En soutenant un amendement de la loi audiovisuelle votée en novembre, qui donne effectivement le droit au CSA d'autoriser le passage d'une chaîne en gratuit, le gouvernement leur a adressé un signal favorable.

Pourquoi ça n'a pas marché. Les chaînes de la TNT payante ont souffert d'un manque de différenciation par rapport à leurs homologues gratuites. "Le téléspectateur ne va pas payer pour un programme à partir du moment où il a accès à la même chose en gratuit. C'est du simple bon sens !", explique Olivier Roberdeau, directeur TV de l'agence média Mindshare, joint par Europe1.fr. Exemple : pourquoi payer pour la chaîne info LCI lorsqu'on a déjà le choix entre BFM TV et i>Télé ? Ou pour Canal J lorsque Gulli propose gratuitement des programmes pour enfants ?

Quant à Paris Première, sa situation est plus complexe. "C'est une chaîne qui a une identité vraiment différente de toutes les autres", a insisté Thomas Valentin, le numéro deux du groupe M6, mardi sur Europe 1, tout en admettant que cela ne suffisait pas : "l'économie de la TNT payante est quelque chose qui fonctionne mal aujourd'hui, peu de gens étant abonnés". "Paris Première n'a pas vraiment d'équivalent sur la TNT gratuite", confirme Olivier Roberdeau, "mais elle vise une cible particulière, les CSP+, qui peuvent trouver leur bonheur ailleurs : dans l'info, le sport ou le divertissement. Par conséquent, même si c'est une marque forte, peu de gens sont prêts à payer".

Un avenir bien sombre. La loi oblige le CSA à réaliser une étude d'impact avant d'autoriser tout passage d'une chaîne payante sur la TNT gratuite. Sa décision ne devrait donc pas intervenir avant plusieurs mois. S'il accordait son satisfecit à LCI et Paris Première, la TNT payante ne s'en relèverait sûrement pas. D'autant qu'Eurosport, un autre de ses produits d'appel, pourrait elle aussi quitter le bouquet lors de son prochain rachat à TF1 par le groupe américain Discovery.