Patrick Drahi, le sauveur mystère de Libération ?

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Patrick Drahi, le sauveur mystère de Libération ?
Patrick Drahi, propriétaire de Numericable.@ Reuters
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SURPRISE - L'actionnaire de Numericable a apporté 4 millions d'euros au quotidien pour le sauver du dépôt de bilan. Avant d'aller plus loin ?

De l'argent frais. Après l'opérateur de téléphonie mobile SFR, Patrick Drahi va-t-il reprendre le journal Libération ? En proie à de graves difficultés financières, le titre a évité le dépôt de bilan, fin avril, grâce à l'injection de quatre millions d'euros dans sa trésorerie. Or, Mediapart rapporte que cet argent a été prêté par Patrick Drahi, l'actionnaire de l'opérateur Numericable, qui a récemment racheté SFR. Une information que l'intéressé n'a pour l'instant pas commentée, même si son entourage confirme qu'il s'intéresse bel et bien au dossier Libé.

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L'investisseur mystère. La semaine dernière, les salariés de Libération rapportaient dans leurs colonnes que Bruno Ledoux, l'actionnaire de référence du journal - avec lequel les relations sont très tendues - avait emprunté à "un mystérieux investisseur" pour renflouer le titre. Les dirigeants avaient refusé de communiquer son nom au personnel. L'identité du sauveur est donc désormais connue, à défaut d'être officielle. Patrick Drahi (photo) avait d'ailleurs été sollicité il y a déjà plusieurs semaines par Bruno Ledoux, qui avait promis de trouver de nouveaux partenaires pour recapitaliser Libération.

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© REUTERS

Qui est-il ? La méthode confirme l'un des principaux traits de caractère de Patrick Drahi : la discrétion. Âgé de 51 ans, cet homme d'affaires franco-israélien, qui réside en Suisse, a pourtant bâti une fortune qui dépasserait les six milliards d'euros. Spécialiste de la reprise d'entreprises en difficulté, il a relancé avec succès Numericable. Le rachat de SFR à Vivendi, pour 13,5 milliards d'euros, va significativement accroître sa présence sur le marché des télécoms.

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Le "sauveur" de Libé n'est pas un novice dans l'univers des médias, puisqu'il a créé en juillet 2013 la chaîne d'information israélienne i24news, diffusée en anglais, en français et en arabe. Il a également racheté en France plusieurs petites chaînes de télévision, comme Vivolta ou le bouquet MCS (Ma Chaîne Sport). Son prêt à Libération constitue-t-il les prémices d'un engagement financier plus pérenne, qui le verrait devenir actionnaire du journal ?

A Libé, "on est complètement paumés". Dans tous les cas, le flou qui a entouré ce prêt passe mal au sein de la rédaction du quotidien, déboussolée depuis plusieurs mois. "Comme d'habitude, les dirigeants ne nous ont rien dit. On a appris cette information par Mediapart", affirme Willy Le Devin, journaliste et délégué du personnel Sud, joint par Europe1.fr. "On ne sait donc même pas aux mains de qui on est. On est complètement paumés", assène-t-il.

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Autre motif de mécontentement : le retrait d'un article relatant ce prêt de Patrick Drahi, qui devait être publié dans l'édition de mercredi. Selon les élus du comité d'entreprise, cités par le site Bakchich.info, cet article a été "censuré" par les dirigeants. Mais il était disponible depuis lundi soir sur le site de Libération… Finalement, cet article a été publié dans l'édition "papier" de jeudi. "Les salariés de Libération", qui le signent collectivement, s'y plaignent des "cachotteries" autour du renflouement du journal, et "demandent la transparence sur le financement du journal et l'indépendance rédactionnelle vis-à-vis de ses actionnaires".

Quant aux impressions de la rédaction à l'égard de Patrick Drahi, elles sont mitigées. "Certains insistent sur sa fortune, et pensent qu'il a donc les moyens de développer quelque chose d'ambitieux pour Libé", explique Willy Le Devin. "Mais d'un autre côté, on ne sait pas du tout qui il est, ni quelle est sa vision des médias".

Bientôt de nouveaux patrons. En attendant, on ne sait pas non plus qui, exactement, est aux commandes du journal. La direction de Libération a indiqué qu'elle nommerait prochainement un binôme, constitué d'un directeur de la rédaction et d'un directeur de la publication. Les candidatures seraient nombreuses. "On a croulé sous les CV", a affirmé à l'AFP François Moulias, le président du directoire.

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Un nom revient avec insistance : celui de Laurent Joffrin (photo), qui a quitté en mars ses fonctions de patron du Nouvel Observateur. Ce serait un nouveau retour au bercail pour le journaliste, qui a déjà dirigé à deux reprises la rédaction de Libé. Interrogé par le personnel du Nouvel Obs, Laurent Joffrin a d'abord balayé des "rumeurs". Avant de se faire moins catégorique. "Quand on lui pose la question dans les couloirs, il ne dément plus, mais ne confirme pas non plus", confie un journaliste de l'hebdomadaire. "Ça sent le départ, ou au moins la négociation". Seule certitude : Libé est loin d'être sorti du grand flou.

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