"Le Canard enchaîné" bientôt sur Internet ? "Un jour où l'autre, on sera bien obligé d'y venir"

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Erik Emptaz, rédacteur en chef de l'hebdomadaire le plus craint de la classe politique, explique sur Europe 1 que le journal qui, pour l'heure, n'existe qu'en version papier a déjà préparé sa transition numérique.

INTERVIEW

Chaque mercredi, sa parution fait trembler la République. Les confidences et les révélations du Canard enchaîné sont scrutées de très près par la classe politique. "On ne fait pas trembler la République, on fait trembler ceux qui l'agressent", corrige Sorj Chalandon, invité mercredi de Village Médias sur Europe 1. Après trente-quatre ans passés à Libération, le reporter a rejoint l'équipe du palmipède en 2007. "J'étais content d’être à Libération et je suis fier d'être au Canard. Quand on téléphonait à un ministre, à Libé, on nous disait : 'Non, il n'est pas là'. Au Canard, quand on téléphone à un ministre, il est là avant même d'avoir décroché. C'est bizarre… C'est parce qu'à Libé on lui demandait : 'C'est vrai ça ?' Tandis qu'au Canard, quand on appel c'est pour dire : 'On va publier ça, qu'est-ce que vous en pensez ?' Ça va plus vite", explique le lauréat du prix Albert-Londres 1988.

La fermeture des kiosques. La grande spécificité du Canard enchaîné : l'hebdomadaire refuse "de barboter sur le Net", et ne dispose pas de site d'information. Un cas quasi-unique dans l'espace médiatique actuel pour un tel journal. Et pourtant, Le Canard enchaîné prépare déjà, contraint et forcé, sa transition numérique, comme l'explique son rédacteur en chef Erik Emptaz, qui pointe la fermeture des kiosques à journaux. "On va y venir, forcément, et c'est la seule chose qui nous y fera venir. Chaque année, il y a 600 kiosques qui ferment. Un jour où l'autre, on sera bien obligé d'y venir. On s'y prépare, on y est prêt", assure-t-il au micro de Philippe Vandel dans Village Médias. "Pour l'instant, il n'y a pas d'urgence et on ne s'est pas précipité sur ce sujet".

Rester un journal à part. "Ce sera contraint et forcé. À un moment, si on veut vendre quelque chose, si le papier n'est plus là, comment on fait ? Il faut trouver un plan B", relève encore Sorj Chalandon. Une version numérique qui sera "payante et, dans un premier temps, sous forme de PDF", précise Erik Emptaz. "On a une maquette un peu particulière, qui a 70 ans. On appelle ça 'l'obsolescence nécessaire'", ironise-t-il. "On aime bien que Le Canard se diffère des autres. En kiosque, sur cent titres, on le remarque tout de suite à cause de ça. On aimerait le garder. On essaye aussi d'avoir un mode de reproduction des dessins qui soit de qualité, ce qui n'est pas très facile". Et cette transformation pourrait commencer par les éditions étrangères. "Par exemple, Le Canard aux Etats-Unis : on est peu vendu en kiosque là-bas, alors qu'il y a des demandes", relève Erik Emptaz.