"Génération quoi ?", portrait d'une jeunesse désabusée

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"Génération quoi ?", portrait d'une jeunesse désabusée
"Génération Quoi", série documentaire consacrée aux 18-34 ans.@ DR
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NOTRE AVIS - En suivant plusieurs jeunes pendant plus d'un an, cette série documentaire a tenté de cerner une génération en proie au doute.

Qui sont les 18-34 ans ? Cette question, France 2 tente d'y répondre avec Génération quoi ?. En partenariat avec Europe 1 et Le Monde, cette opération associe une grande enquête en ligne à une série documentaire en trois épisodes, diffusée à partir de mardi sur France 2 et dès maintenant sur Europe1.fr. A travers ces reportages, la réalisatrice Laëtitia Moreau a tenté de dresser le portrait de cette génération. Elle s'est installée pendant plus d'un an à Cergy-Pontoise pour suivre plusieurs jeunes aux profils différents. Le résultat : une forme de carnet de bord dans lequel le téléspectateur suit leur évolution et découvre leurs pensées, leurs craintes, leurs espoirs.

>> EXCLU - Regardez les deux premiers épisodes de la série Génération quoi ?

"Quand t'as pas de diplôme, tu te vends comme de la viande". L'intitulé brutal du premier épisode, "Bac ou crève", donne le ton. La caméra suit le parcours chaotique de quatre jeunes qui, comme 30% de leur génération, n'ont pas le bac, et tentent avec difficulté de lancer leur vie professionnelle. L'entretien d'embauche, "c'est très difficile, surtout quand on n'a pas le bagout naturel", lâche le timide Vincent, qui cherche un travail dans le bâtiment. "Quand t'as pas de diplôme, tu te vends comme de la viande, t'es chez le boucher", lance Marie-Laure, qui entre au hasard dans les magasins pour essayer de décrocher un contrat.

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© FTV

"J'en ai marre d'avoir 25 ans et rien dans la vie". Pour autant, avoir le bac et faire des études n'est plus, aujourd'hui, synonyme d'insertion professionnelle aisée. C'est ce que montrent les témoignages des étudiants de l'université de Cergy. Julie, qui rêve de travailler dans un musée, a validé un master professionnel culture et patrimoine. Mais malgré son bac+5, elle a cherché du travail pendant un an, sans succès. Et a fini par revenir à la fac… comme intérimaire au service des inscriptions. "Je n'avais pas prévu de plan B", admet-elle.

"La génération dont on ne veut pas". Des propos de ces jeunes en galère, il ressort une profonde désillusion, celui d'une jeunesse à qui l'on a beaucoup promis et qui se retrouve confrontée à une réalité bien plus sombre. "Ma génération, je pense qu'elle a été gâtée, et qu'elle a ensuite été lâchée", estime Paul, 29 ans. "On est la génération dont on ne veut pas", renchérit Julie. Exclus de la mondialisation, certains se raccrochent à un repli identitaire. Le soir, Aurélie, fille d'ouvriers et caissière dans un grand magasin, va coller des affiches pour le Front national. Elle économise pour réaliser son projet : acheter une maison dans un endroit isolé et vivre avec sa famille en autarcie, loin de tout.

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© DR

Décrocher un CDD, "ça fait bizarre". Pourtant,  s'il dresse un tableau peu enthousiasmant de la situation des jeunes d'aujourd'hui, le documentaire ne se contente pas de broyer du noir. Car, au fil du temps, certains s'en sortent. Moussa, né de parents maliens, a lancé l'association Agir pour réussir. Repéré par une fondation américaine, il s'est rendu à Washington pour rencontrer des membres du Congrès et l'ambassadeur de France. Sabrina, revenue à la fac après avoir cherché du travail pendant deux ans, a réussi à partir au Danemark pour valider son master d'histoire. Marie-Laure, elle, a enfin décroché un CDD et décrit avec fierté la nouvelle colonne qu'elle va pouvoir ajouter à son CV. "Ca fait bizarre, hein !", s'exclame-t-elle.

"Génération sacrifiée".  L'enquête mise en ligne sur Europe1.fr et France2.fr a demandé aux répondants de décrire en un mot leur génération. Résultat : le qualificatif "sacrifiée" arrive largement en tête. Le même sentiment se dégage de ce documentaire, celui d'une jeunesse qui a l'impression de rencontrer bien plus d'obstacles que la génération précédente. Malgré ces embûches, la plupart des jeunes qui ont accepté de parler gardent confiance. A l'image de Julie, qui veut croire que "ça va s'arranger", le sourire aux lèvres. Finalement, ce portrait est celui d'une génération qui a perdu beaucoup de ses illusions, mais n'a pas pour autant cessé d'espérer en un avenir.