Charlie Hebdo : un "numéro de survivants" mercredi prochain

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avec Mathieu Charrier , modifié à
'ON EST TOUS CHARLIE' - Un numéro de 8 pages, au lieu de 16 pages habituellement sortira mercredi prochain. 

Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, à travers ces caricaturistes, c'est l'âme de Charlie Hebdo qui a été atteinte en plein cœur mercredi, dans l'attaque terroriste qui s'est déroulée au sein des locaux du journal en fin de matinée. Au lendemain de la terrible nouvelle, c'est l'avenir même de Charlie Hebdo et celle de la relève qui se posent. L'heure est bien sûr au recueillement, mais la relève, peu à peu, s'organise déjà. Europe 1 fait le point.

Un million d'exemplaires. "Le journal Charlie Hebdo sortira mercredi prochain et sera tiré à un million d'exemplaires", a fait savoir jeudi matin l'avocat Richard Malka, contre 60.000 habituellement. Il a précisé qu'il s'agira d'un numéro de 8 pages au lieu de 16 pages habituellement. Le journal a notamment reçu des aides des groupes Canal+ et Le Monde, et l'équipe sera hébergée par Libération, a-t-il ajouté. Une information confirmée jeudi par le quotidien Libération qui a publié le message suivant sur sa page Facebook :

"La rédaction de Charlie Hebdo a accepté notre invitation à poursuivre leur travail dans les locaux de Libération. Pour Libération, cette invitation était une évidence. Nous les avions déjà accueillis quelques semaines après l'attaque de leurs locaux en 2011. Nous mettons à leur disposition tout ce qui leur sera nécessaire pour produire leur journal".

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"Pour que vive Charlie Hebdo". "Il faut qu'on achète tous Charlie Hebdo mercredi prochain", a déclaré pour sa part Bertrand Delanoë pour que "vive Charlie Hebdo". L'ancien maire de Paris a appelé à acheter le journal satirique "mercredi prochain s'il paraît, et dans les mois, les années qui viennent".

Charlie Hebdo va "sortir la semaine prochaine". L'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur de longue date de Charlie Hebdo, est arrivé sur place quelques instants après la tuerie avec le médecin-chef des pompiers de Paris. Le médecin avait lui aussi assuré, plus tôt, jeudi, que l'hebdomadaire satirique, dont la rédaction a été décimée mercredi dans l'attaque, paraîtrait bien mercredi prochain. "On va continuer, on a décidé de sortir la semaine prochaine. On est tous d'accord", a-t-il indiqué. "On va le faire chez nous, on va se débrouiller", a-t-il ajouté, précisant que les locaux du journal n'étaient pas accessibles pour les besoins de l'enquête."C'est très dur, on est tous avec notre peine, notre douleur, nos peurs, mais on va le faire quand même parce que ce n'est pas la connerie qui va gagner. Charb (directeur de la publication, tué mercredi dans l'attaque, ndlr) disait toujours que le journal devait sortir coûte que coûte", a-t-il continué d'une voix blanche.

L'appel de Serge July. Mercredi soir, sur Europe 1, Serge July, éditorialiste, cofondateur de Libération, a appelé les médias français à se mobiliser pour Charlie Hebdo. "Il faut que l'ensemble des journaux, l'ensemble des médias prennent en charge Charlie Hebdo, c'est-à-dire assurent la direction de publication du journal", a-t-il affirmé. "Je lance un appel. C'est une question fondamentale si l'on veut effectivement réagir. S'il n'est pas tué Charlie Hebdo, eh bien il faut qu'il vive", a-t-il scandé. Il faut lui donner les moyens de vivre, il faut lui donner les locaux et le protéger, le protéger en particulier en termes de direction de la publication", a encore martelé Serge July. L'éditorialiste a affirmé la nécessité de prendre la direction de la publication. "Il faut qu'il y ait un collectif de directeur de journaux" qui s'en charge, a-t-il encore déclaré. "Il faut s'organiser de telle sorte que cette liberté puisse continuer. C'est comme une flamme, il faut l'entretenir."

Des moyens humains et matériels au service de Charlie. L'appel de Serge July a déjà été entendu. Plusieurs médias ont en effet décidé d'apporter leur aide à Charlie Hebdo. De nombreux patrons de presse se sont ainsi retrouvés mercredi soir, avec la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, pour discuter des modalités de cette solidarité. Le Monde, Radio France, mais encore France Télévisions mettent à disposition l'ensemble de leurs moyens humains et matériels. Europe 1 et l'ensemble des titres du groupe Lagardère Active se sont joints à ce mouvement de solidarité. C'est ce qu'avait fait le journal Libération lors du précédent attentat qui avait touché Charlie Hebdo en 2011 et la semaine suivante, le journal satirique était effectivement de retour dans les kiosques. D'un point de vue matériel, Charlie Hebdo a donc désormais les moyens de continuer à paraître. D'autant que jeudi soir, Fleur Pellerin a annoncé sur France 5 qu'elle comptait "débloquer en urgence" environ un million d'euros pour Charlie Hebdo, afin "d'assurer sa pérennité". 

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La question qui se pose à présent est éditoriale. Qui prendra la relève des figures de Charlie Hebdo, alors que c'est, à travers les caricaturistes abattus, l'ADN du journal qui a été touché ? S'il est un peu tôt pour se prononcer, quelques noms surgissent déjà. Il reste de grandes signatures de Charlie Hebdo, à commencer par 'Luz', le dessinateur de presse, auteur de la Une qui avait déclenché le précédent attentat dans les locaux de Charlie Hebdo. L'hebdo pourrait aussi compter sur le journaliste et dessinateur Riss, le dessinateur et réalisateur Riad Sattouf, le dessinateur Willem, la collaboratrice de Charlie Hebdo Catherine Meurisse ou encore la dessinatrice 'Coco'. A cette heure, tous sont encore sous le choc. Pas question encore pour eux d'évoquer leur rôle dans l'avenir du journal. Willem, lui, l'a déclaré à Europe 1 : "Moi, dessiner, c'est tout ce que je sais faire, donc je vais continuer".