Virus Ebola : "On est obligé de laisser des gens à la porte"

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Virus Ebola : "On est obligé de laisser des gens à la porte"
@ Reuters
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PÉNURIE - Face à la recrudescence de crises humanitaires, les ONG doivent faire face à une pénurie de personnel qualifié pour endiguer l’épidémie de virus Ebola.

Cinq crises humanitaires majeures. Les ONG ne connaissent pas la crise, ou plutôt, elles en ont trop à gérer. Cinq exactement dans le cas d’Action contre la Faim. Thibault Roncin, responsable du recrutement de l’ONG, explique qu’"entre les crises en Irak, au Sud-Soudan, en Syrie, au Cameroun et en RCA , on doit faire face aujourd’hui à cinq théâtres de crise importants où l’on recrute les mêmes profils que pour Ebola".

2.000 personnes luttent contre Ebola pour MSF, un chiffre insuffisant. La conséquence de ce besoin accru de personnels qualifiés, c’est un manque de moyens et une pénurie de médecins, d’infirmiers sur le front de la lutte contre le virus Ebola. Médecins Sans Frontières (MSF), qui a déjà déployé près de 2.000 volontaires sur les huit centres disséminés dans la zone touchée par l’épidémie, aurait besoin de bien plus d’assistance médicale et technique.

"On est obligés de refuser des gens à la porte". Pierre Mendiharat, responsable dans l’ONG, revient tout juste du Libéria, où il a pu constater les conséquences de ces lacunes sur le terrain. "L’ampleur de l’épidémie dépasse ce que MSF peut faire. Par exemple, au Libéria, nous proposons 350 places aux malades, or, il en faudrait 1.000. On est obligés de refuser des gens à la porte", déplore-t-il.

Impossible de faire de la prévention. Outre la prise en charge des malades, l’ampleur de la catastrophe sanitaire limite la capacité de MSF sur le terrain en matière de prévention. "Il y a des cas qui se déclarent tous les jours. Idéalement, on devrait se rendre sur place, chercher à identifier les personnes avec qui le patient a été en contact. Aujourd’hui, personne ne fait ça parce qu’on est complètement dépassés", constate, amer, Pierre Mendiharat.

Les ONG appellent l’armée française à l’aide. Faute de mieux, les ONG fonctionnent à flux tendu pour assurer la relève des équipes envoyées sur le terrain toutes les quatre à six semaines. Même si MSF recrute en permanence, les dirigeants déplorent un manque de personnel expérimenté. A tel point qu’aujourd’hui, MSF se tourne vers l’Etat en dernier recours. L’organisation appelle l’armée française à participer à l’effort et à envoyer des médecins militaires en appui. Autre recours trouvé par l’ONG, un appel aux dons exceptionnel lancé pour réunir les trente millions d’euros nécessaires pour assurer une présence efficace à Gaza et face au virus Ebola.

Les crises paraissent lointaines aux donateurs. Sur le site de 20 minutes, Bruno David, porte-parole de l’association humanitaire ACF, explique que les crises sur lesquelles l’ONG travaille "apparaissent lointaines et complexes aux donateurs. Avec la crise économique, ils ont tendance à se replier sur des crises de proximité".