Venezuela : que va-t-il se passer maintenant ?

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Venezuela : que va-t-il se passer maintenant ?
Les manifestations ont déjà fait plus de 120 morts au Venezuela. @ AFP
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Au lendemain de l'élection d'une assemblée constituante, la situation économique du pays reste critique et l'opposition n'entend pas en rester là.

Malgré les nombreuses manifestations de l'opposition, le scrutin a bien eu lieu, dimanche. Une assemblée constituante de 545 membres, rejetée par une large partie du pays et vivement critiquée à l'étranger, a été élue au Venezuela et devrait siéger dès mercredi, dirigeant l'État sud-américain pour une durée non déterminée. Pour le président Nicolas Maduro, à l'initiative du vote, celui-ci signifie que "le moment d'une nouvelle histoire est arrivé". Pour l'opposition, le processus est une "fraude". Une situation qui laisse le pays profondément divisé et pose plusieurs questions quant à son avenir.

Une victoire politique en trompe-l'oeil. En quatre mois de manifestations anti-gouvernementales, plus de 120 personnes ont été tuées dans des affrontements entre opposants et forces de l'ordre. Pour les anti-Maduro, qui ont décidé de boycotter le scrutin, la mise en place d'une Constituante ne vise qu'à prolonger le pouvoir du président, dont le mandat s'achève en 2019. Dimanche, la participation a atteint 41,5%, soit plus de huit millions de Vénézuéliens, selon le Conseil national électoral (CNE).

La principale revendication des manifestants  - la non-tenue du vote de dimanche - a donc échoué. L'assemblée constituante peut désormais dissoudre le Parlement actuel, dominé par l'opposition, et rédiger une nouvelle Constitution remplaçant celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez. Mais cette apparente victoire politique pour Nicolas Maduro ne devrait pas mettre fin à la période d'agitation sociale que connaît le pays. Les manifestants dénoncent notamment les irrégularités du mode de scrutin combinant vote territorial et par secteur socio-professionnel, qui a pu permettre à certains électeurs de voter deux fois, et le faible taux de participation.

"L'opposition ne peut que continuer à manifester", analyse ainsi Paula Vasquez, spécialiste du Venezuela, interrogée par Le Figaro. "Le problème est que l'opposition a utilisé tous les schémas institutionnels. Il faut donc commencer à faire des actions qui ne soient pas illégales, mais qui ne soient pas prévues par la loi." Dimanche, l'élection de la Constituante a été accueillie par de nouveaux appels à manifester lundi et mercredi.

Le risque d'isolement à l'international. Et les critiques visant la concentration du pouvoir autour de Nicolas Maduro ne se limitent pas aux frontières du Venezuela. Avant même la tenue du scrutin, Washington a imposé des sanctions à 13 fonctionnaires et militaires proches du chef de l'Etat, dont la présidente du CNE, Tibisay Lucena, accusés d'attenter à la démocratie. Dimanche soir, le département d'Etat américain a à nouveau dénoncé le vote et menacé de prendre de nouvelles mesures "fortes et rapides".

La Colombie et le Panama ont également annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas la Constituante. D'autres pays comme le Canada et le Mexique ont appelé à ne pas se rendre au Venezuela, et plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols. Face à ce risque d'isolement, Nicolas Maduro a semblé choisir l'option de la fermeté, dimanche soir. "On s'en fiche de ce que dit Trump ! Ce qui nous importe c'est ce que dit le peuple du Venezuela", a-t-il lancé à ses partisans.

Une situation économique critique. La tension des relations entre le Venezuela et ses voisins pourrait pourtant avoir de lourdes conséquences économiques pour le pays, déjà profondément enfoncé dans la crise. "C'est une économie complètement arrêtée, non pas du fait des tensions politiques, mais du fait que le prix du baril de pétrole, qui est la principale richesse du Venezuela, a beaucoup baissé", explique à Europe 1 Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank.

Résultat : "le pays n'a plus les rentrées financières qu'il avait il y a encore cinq ou six ans. On est dans une situation d'hyper-inflation, au-delà de 700%, et dans le même temps, on a des pénuries extrêmement graves", pointe l'expert. "Aujourd'hui, même si on a de l'argent, on n'est pas en mesure d'acheter des biens de première nécessité donc on a des queues, au quotidien, d'une partie de la population, pour essayer d'accéder à de la farine, du riz…"

Avec son projet de scrutin, Nicolas Maduro s'éloigne un peu plus des Etats-Unis, importateurs de près de la moitié du pétrole que produit le Venezuela. "Le vote de la Constituante ne va strictement rien changer pour les pénuries", estime Christopher Dembik, pessimiste. "La question aujourd'hui est de savoir quand le Venezuela va faire défaut de paiement."