Turquie : Erdogan sous le feu des critiques

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Turquie : Erdogan sous le feu des critiques
Après le double attentat qui a fait 97 morts à Ankara, les critiques se multiplient à l’égard du président turc.@ AFP
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Après le double attentat qui a fait 97 morts à Ankara, les critiques se multiplient à l’égard du président turc.

Le contexte : L'opposition pro-kurde intensifie ses attaques contre le président Recep Tayyip Erdogan. Elle accuse le président d'être indirectement responsable de l'attentat d'Ankara, le plus meurtrier de l'histoire de la Turquie, à trois semaines des élections législatives.

"Erdogan meurtrier". Dimanche, déjà, des voix s’élevaient pour pointer du doigt la responsabilité du président dans cette double attaque. La foule qui a défilé en hommage aux victimes tuées, a accusé Recep Tayyip Erdogan et son gouvernement de ne pas avoir, délibérément, assuré la sécurité du rassemblement de samedi. "Erdogan meurtrier", "l'Etat rendra des comptes", ont scandé les manifestants, encerclés par les forces de l'ordre.

"La défaite électorale a rendu Erdogan furieux". Lundi, c’est le prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk, qui a vivement critiqué le président turc Recep Tayyip Erdogan, qu'il accuse de "calcul" vis-à-vis des Kurdes, dans une interview au quotidien italien La Repubblica. "La défaite électorale a rendu Erdogan furieux (...)", les Kurdes "ne lui ayant pas fait confiance en lui accordant leur voix pour son projet de République présidentielle", estime Orhan Pamuk, qui se trouve actuellement à New York.

En effet, le 7 juin, le parti de l'homme fort de la Turquie a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans, notamment en raison du bon score réalisé par le parti pro-kurde, le  Parti démocratique des peuples (HDP). Il espère inverser ces résultats le 1er novembre, lors des élections législatives.

Le "calcul" d’Erdogan. "Gouvernement et armée ont décidé de recommencer la guerre contre le mouvement kurde", affirme l'auteur de "Neige" et "Istanbul, souvenir d'une ville". "C'est la nation entière qui aujourd'hui comprend le calcul d'Erdogan", ajoute-t-il.

Orhan Pamuk reproche aussi au président de ne pas avoir "voulu faire partie de la coalition internationale qui combat le califat islamique. Puis, il a accepté de faire ce que lui demandaient les Américains. Mais, en même temps que le Califat, il s'est mis à bombarder les Kurdes".

Le silence d’Erdogan. La défiance est donc à son comble à quelques semaines seulement des élections législatives anticipées. Du côté de la présidence, à l'exception d'une déclaration en termes prudemment choisis pour appeler à l'unité, Recep Tayyip Erdogan, d'ordinaire prolixe, est resté très discret depuis la double attaque. Par le passé, le chef de l'Etat n'hésitait pas, en effet, à se répandre dans les médias audiovisuels en périodes de crise, rassemblant ses fervents partisans et vilipendant ses adversaires. Mais pas cette fois.