Contre l'Etat islamique, la stratégie des frappes aériennes a ses limites

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Contre l'Etat islamique, la stratégie des frappes aériennes a ses limites
@ REUTERS
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La ville de Kobané, en Syrie, est sur le point de tomber entre les mains des djihadistes, malgré les bombardements de la coalition occidentale.

La ville syrienne de Kobané aux mains de l’État islamique est "sur le point de tomber". Ce constat alarmiste est établi mardi soir par l'envoyé spécial de l'ONU en Syrie, alors que les combattants kurdes tentent de résister aux assauts des djihadistes. La perte de cette ville stratégique, dernier rempart entre la Turquie et la Syrie, serait un coup terrible pour la coalition internationale. Malgré les frappes aériennes des États-Unis et de leurs alliés arabes, les djihadistes continuent leur avancée. Preuve de la limite des frappes aériennes.

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Des bombardements insuffisants. Les frappes avaient pour objectif de faire reculer les djihadistes : c'est raté. Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre, juge sur Europe 1 que ces raids aériens sont "nécessaires, mais il faut changer de stratégie". Le militaire explique : "On a pensé que frapper la logistique, comme les installations pétrolières, suffirait. Mais le constat est sans appel, il faut attaquer les forces djihadistes elles-mêmes".

Le général souligne également que les pays arabes ont engagé très peu d'avions, dans cette guerre sans nom. Selon lui, l'Arabie Saoudite dispose de 300 aéronefs de combat, et les Émirats arabes unis 150, mais "seule une infime partie" est sur le terrain. Un constat corroboré par les chiffres de l'armée américaine, qui affirme que ses alliés ont participé à seulement 10% des 2.000 raids effectués depuis le 8 août en Irak et en Syrie. De plus, les combattants kurdes, tout comme la Turquie, dos au mur, ont demandé une intensification des frappes aériennes.

L'interview de Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre :



Se trompe-t-on de stratégie contre l’Etat...par Europe1fr

Pas de troupes au sol. L'autre difficulté pour la coalition internationale est que les combattants de l’État islamique sont retranchés dans les villes. Les djihadistes se cachent au cœur des populations, rendant difficile les frappes aériennes. La solution serait d'envoyer des troupes au sol, mais  les États-Unis comme ses alliés s'y refusent encore.

Mais Vincent Desportes estime qu'il y a une autre solution : "N'oublions pas les hélicoptères. Contrairement aux bombes d'avion, les hélicoptères peuvent faire un travail chirurgical, très précis. Ce serait un geste fort d'en envoyer sur le terrain". Les États-Unis ont commencé lundi à utiliser des hélicoptères en Irak, mais toujours pas en Syrie.

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Les choix d'Obama critiqués. Les opérations contre l’État islamique ne sont donc pas près de s'arrêter. Pour l'ancien directeur de la CIA, Leon Panetta, cette guerre "pourrait durer trente ans". Dans un entretien à USA Today, l'ex patron des renseignements américains, a vivement critiqué les décisions prises par Barack Obama, pour qui il a travaillé entre 2011 et 2013.

Leon Panetta estime que l'impasse en Syrie aurait pu être évitée si le président américain avait suivi son conseil et celui de l'ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton de commencer à armer les rebelles syriens face au président Bachar al-Assad, avant la montée en puissance des djihadistes. L'ancien patron de la CIA exhorte désormais Barack Obama à "réparer les dégâts" en faisant preuve de leadership face aux djihadistes de l’État islamique. Pour le président américain, tout comme les combattants kurdes et irakiens, le temps presse.

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