Qui est Antonio Guterres, le futur secrétaire général de l'ONU ?

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Qui est Antonio Guterres, le futur secrétaire général de l'ONU ?
Guterres va devenir le premier secrétaire général de l’ONU à avoir été chef d'un gouvernement.@ KENA BETANCUR / AFP
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Le Portugais a obtenu jeudi le soutien unanime des 15 membres du Conseil de sécurité pour devenir le prochain secrétaire général des Nations unies. Comme une évidence, au regard de son parcours.

Les jeux sont faits. Antonio Guterres a su mettre tout le monde d’accord pour devenir le prochain secrétaire général de l’ONU. Si cette désignation doit encore être approuvée par l'Assemblée générale onusienne - ce qui devrait être une formalité – elle sonne déjà comme une récompense logique pour le Portugais, réputé pour être un homme d'action à la verve inépuisable.

Socialiste et catholique. Né à Lisbonne en 1949, Antonio Guterres, ingénieur de formation, se lance en politique en intégrant les mouvements catholiques, avant d'entrer au Parti socialiste portugais, pour lequel il milite au lendemain de la Révolution des œillets de 1974, mettant fin à près de cinquante ans de dictature. C’est sous sa direction que les socialistes remportent les législatives d’octobre 1995, qui le propulsent du même coup au poste de Premier ministre. Socialiste modéré mais fervent catholique particulièrement réticent à l’IVG, ce pro-européen  est notamment à l’origine de l’entrée de son pays dans la zone euro.

Pourtant, au fil des années, sa cote faiblit au Portugal, à mesure que la conjoncture économie se détériore. Fin 2001, les socialistes perdent les élections municipales et leur secrétaire général démissionne du poste de Premier ministre sur le champ, à mi-parcours de son mandat. Fini pour lui la vie politique portugaise. Guterres se lance alors dans une carrière diplomatique à l’étranger.

Un homme d’expérience(s). Entre 2005 et 2015, le Lisboète gagne ses galons en occupant le poste de Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés (HCR). Mis à l'épreuve par la plus grave crise de réfugiés qu'a connue le monde, en raison de la guerre civile en Syrie, cet homme de 67 ans n'a cessé de lancer des cris d'alarme à la communauté internationale pour plus de solidarité envers les millions de migrants et demandeurs d'asile. Durant ses deux mandats à la tête du HCR, il réussit également à réformer la structure interne de l'institution, améliorant son efficacité en permettant le déploiement de davantage de personnels sur les points chauds.

"Son expérience passée de Premier ministre du Portugal, sa vaste connaissance des affaires mondiales et sa vive intelligence lui seront bien utiles pour diriger les Nations unies dans une période cruciale", a d’ailleurs jugé Ban Ki-Moon, qui lui cédera sa place au 1er janvier prochain. Guterres va d'ailleurs devenir le premier secrétaire général de l’ONU à avoir été chef d'un gouvernement.

Un "marteau-piqueur parlant". S’il a su se faire adouber par l’ensemble des membres du Conseil de sécurité – ce qui est extrêmement rare – c’est aussi parce qu’il a su se montrer plus convaincant que ses rivaux dès les auditions devant l’Assemblée générale de l’ONU. Jonglant avec aisance entre français, anglais et espagnol, il avait alors promis de dynamiser la bureaucratie onusienne : "Il y a trop de réunions, avec trop de participants et pas assez de décisions".

Antonio Guterres a d’ailleurs gagné, durant ses nombreuses années au Parlement portugais, une réputation de tribun au verbe facile, ce qui lui a valu le sobriquet de "marteau-piqueur parlant". Une force qu’il a souvent su manier à la perfection dans sa carrière. Lorsque le Timor oriental, ancienne colonie portugaise, était ravagé par les massacres de milices pro-indonésiennes en 1999, il avait ainsi mis en œuvre toute son habileté diplomatique pour parvenir à convaincre la communauté internationale de la nécessité d'une intervention des Nations unies.

Le candidat de la France. "C'est un choix qui a été fait par le président François Hollande, auquel on travaillait depuis un an" et, aujourd'hui, "on est franchement très contents. C'était notre candidat", a souligné jeudi un conseiller du chef de l'État français, précisant même que les deux hommes se connaissent "depuis la nuit des temps". L'Élysée voit aussi d'un bon œil accéder à la tête de l'ONU "une personnalité forte" qui "s'exprime fortement, qui a des positions arrêtées, ce qui n'est pas toujours le portrait-robot des secrétaires généraux" de l'organisation des Nations-Unies. Alors que la crise syrienne ne fait que s’enliser, il devrait avoir du travail. Et l'occasion de prouver que sa réputation n'est pas usurpée.