Prix Nobel de la paix : qui sont les favoris ?

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Prix Nobel de la paix : qui sont les favoris ?
John Kerry, Mohammad Javad Zarif et Federica Mogherini pourraient recevoir le Nobel de la paix vendredi. @ FABRICE COFFRINI / AFP
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Selon les pronostics des spécialistes, le Comité Nobel norvégien pourrait récompenser vendredi la lutte antinucléaire.

Après le président colombien Juan Manuel Santos récompensé en 2016, on connaîtra vendredi le prix Nobel de la paix 2017. En attendant, les pronostics vont bon train sur celui ou celle qui sera retenu parmi les 318 candidats. Si les noms de ces derniers restent secrets pendant 50 ans, leurs parrains (des parlementaires et ministres de tous pays, des universitaires…) peuvent révéler leur poulain. Assez pour comprendre qui sont les favoris du Nobel le plus attendu. A noter que si aucun nom ne fait l'unanimité, le prix peut ne pas être décerné, ce qui est arrivé 19 fois depuis sa création en 1901. Europe 1 vous présente qui pourrait être choisi cette année pour son effort en faveur de la paix dans le monde.

La lutte anti-nucléaire à l'honneur ? Après avoir récompensé en 2016 le retour de la paix en Colombie, un prix à la lutte antinucléaire serait de circonstance, conviennent les commentateurs de la course au Nobel. Ainsi, Asle Sveen, historien du prix Nobel, verrait bien récompensés l'ex-secrétaire d'État américain, John Kerry, ainsi que les chefs de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et européenne, Federica Mogherini. Ils sont en effet à l'origine de l'accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015. Il soumet le régime perse à un régime de surveillance strict de ses installations nucléaires. L'objectif ? Garantir la nature uniquement civile du programme. En échange, Téhéran bénéficie d'une levée progressive des sanctions économiques.

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John Kerry et Mohammad Javad Zarif. BRYAN R. SMITH / AFP


Mais au lieu de récompenser des dirigeants politiques, le Comité Nobel norvégien pourrait choisir de distinguer la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), une coalition mondiale d'ONG. L'ICAN a à son actif un traité historique d'interdiction de l'arme atomique, signé par 122 pays en juillet dernier. Petit bémol, il est d'une portée essentiellement symbolique en l'absence des neuf puissances nucléaires. Le combat anti-nucléaire a déjà été récompensé dans le passé par le Nobel de la paix en 1962, en 1974, en 1985, en 1995 et en 2005.

"L'homme qui répare les femmes". Chevalier de la Légion d'honneur, prix des droits de l'homme des Nations-Unies, prix Sakharov… Denis Mukwege, 62 ans, a déjà de nombreuses récompenses à son actif. Le prix Nobel de la paix, pour lequel il est donné favori depuis plusieurs années, ne serait cependant pas volé pour celui qu'on surnomme "l'homme qui répare les femmes". Diplômé au Burundi, ce gynécologue congolais poursuit sa carrière en Europe avant de tout quitter en 1989 pour prendre la tête d'un hôpital en République démocratique du Congo. Dans un contexte de guerre civile, il se spécialise alors dans la prise en charge des femmes victimes de viols collectifs et devient un des spécialistes mondial dans ce domaine.

Le médecin qui réparait les femmes

Denis Mukwege est un gynécologue congolais qui a créé un hôpital à Panzi dédié aux femmes victimes de viol. Depuis 15 ans, ce médecin dénonce le viol comme arme de guerre.  © JUNIOR D. KANNAH / AFP


Depuis 1999, ce sont 50.000 femmes qui ont été prises en charge grâce à ses soins. Un combat sur le terrain médical que ce médecin, aujourd'hui âgé de 62 ans, ne dissocie pas d'un combat pour les droits humains. Denis Mukwege veut "tout faire pour convaincre les leaders d'éradiquer le viol, un déni d'humanité, avec la même détermination que celle mise pour les armes biologiques, chimiques et nucléaires", confiait-il dans une interview au Monde en 2016.

Les "Casques blancs syriens". Ils sont sur les fronts de la guerre civile qui déchire la Syrie depuis 2013. Les engagés volontaires de la Défense civile syrienne, surnommés "Casques blancs", n'étaient qu'une vingtaine à leurs débuts. Ils sont aujourd'hui plus de 3.000 malgré le danger de leurs missions (145 d'entre eux ont d'ailleurs été tués).

casques blancs, syrie crédit : MOHAMAD ABAZEED / AFP - 1280

Les "casques blancs" ont été touchés dans la province d'Hama (image d'illustration) © MOHAMAD ABAZEED / AFP


Le régime de Damas, qui les accuse de complicité avec les mouvements rebelles, n'hésite pas à en faire des cibles de leurs bombardements. Ce qui ne les décourage pas à poursuivre leurs actions : fouille de décombres, extraction des victimes et premiers secours aux blessés. Selon leurs chiffres, 62.000 vies ont été sauvées suite à leurs soins. En 2016, les "Casques blancs" faisaient déjà partie des favoris du prix Nobel de la paix.

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Le HCR est aussi un favori de la course au Nobel de la paix ainsi que son patron, Filippo Grandi. Le nombre de déracinés suite aux guerres, violences ou persécutions a atteint 65,6 millions de personnes dans le monde l'an dernier, un nouveau record. Le HCR, cependant, a déjà été nobélisé à deux reprises, en 1954 et 1981.

Et aussi dans la liste des favoris… Le Saoudien Raef Badaoui figure aussi parmi les favoris au Nobel de la paix 2017. Ce blogueur, déjà récompensé en 2015 par le prix Sakharov, a été condamné en 2012 à 10 ans de prison. Son crime ? Avoir critiqué sur son blog la police religieuse et appelé à la fin de l'influence de la religion sur la vie publique de son pays. D'autres victimes de la censure figurent parmi les favoris : la Russe Svetlana Gannouchkina, fondatrice de l'ONG "Assistance aux citoyens" et du centre russe "Mémorial" qui s'est distingué dans la défense des droits des Tchétchènes, ou encore le pacifiste turc Can Dundar, ex-directeur du journal turc Cumhuriyet qui vit exilé en Allemagne.