Nigeria : "Boko Haram a élargi son champ d’action"

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Nigeria : "Boko Haram a élargi son champ d’action"
@ Aminu Abubakar/AFP
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ANALYSE - Des enfants utilisés comme bombes humaines, des villes rasées de la carte : au nord du Nigeria, on assiste à une "extension des actions de Boko Haram".

Samedi, à la mi-journée, le marché de Maiduguri, au nord du Nigeria, grouillait de clients. C’est à ce moment-là qu’une bombe a explosé, tuant au moins 19 personnes. Comble de l’horreur : l'engin explosif était placé sur une enfant, une petite fille d’une dizaine d’années à peine. L’attentat n’a pas été revendiqué, mais il porte la marque de la secte islamiste Boko Haram. Tout comme l’attaque la semaine dernière contre la ville de Baga, dans l’extrême-nord de la région, décrite comme "la plus meurtrière" jamais perpétrée par le groupe terroriste. Pour Philippe Hugon, directeur de recherches à l’Iris et spécialiste du continent africain, ces attaques montrent clairement une "extension des actions de Boko Haram".

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Une vague d’attaques sanglantes. La secte islamiste, qui existe depuis une dizaine d’années, a déjà fait des milliers de morts au Nigeria. Mais en l’espace d’une semaine, le groupe a lancé une offensive sanglante en rasant la ville de Baga et plusieurs autres localités. Le bilan de cette attaque, qui a aussi fait fuir des milliers de personnes, n’est pas encore confirmé. Et le groupe ne s’est pas arrêté là : en plus de la bombe posée sur une fillette à Maiduguri, deux femmes kamikazes se sont fait exploser dimanche sur un marché de Potiskum, faisant quatre morts. Dans la même ville, la veille, un attentat à la voiture piégée avait déjà tué un policier. 

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"On est passés à une action de plus en plus violente", souligne Philippe Hugon, auteur de "Géopolitique de l’Afrique" (éditions Armand Colin). Au départ, Boko Haram concentrait son action "essentiellement dans le champ du religieux", voulant notamment instaurer la charia, la loi islamique. Mais la secte a "accru son champ d’action", note le spécialiste. Boko Haram, présent dans les trois Etats du nord du Nigeria, s’étend aussi désormais vers ses voisins du Tchad et du Cameroun. 

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© AFP

"Un mode d’action nouveau". Autre sujet d’inquiétude, c’est le "risque de connexions avec d’autres mouvements comme Al Qaïda au Maghreb islamique ou l’organisation Etat islamique". Des connexions qui ne sont pour l’instant "pas avérées", puisqu’il s’agit "jusqu’à présent de mouvements décentralisés, sans un commandement central", insiste Philippe Hugon. Quant au fait de faire exploser des enfants, "c’est un mode d’action nouveau", note Philippe Hugon, pour qui ces actes "d’une nature sordide" sont "parmi les plus violents qu’on puisse connaître". Et risquent de "se reproduire". 

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Des connivences dans la classe politique. En cause notamment : l’inefficacité de la lutte contre Boko Haram. Certains membres de la classe politique nigériane n’hésitent en effet pas à utiliser le groupe pour pointer du doigt le président Goodluck Jonathan, un chrétien du sud du pays, qui brigue un nouveau mandat lors de la présidentielle organisée le 14 février. Dans ce contexte électoral, "Boko Haram peut servir de preuve que le nord n’est pas sécurisé, que Goodluck Jonathan est incapable d’y assurer la sécurité", explique Philippe Hugon. 

Quant à l’armée, "peu efficace", elle accueille dans ses rangs certains membres "corrompus", qui ont "des connivences" avec Boko Haram. Au-delà de la corruption, les militaires nigérians sont "peu armés pour lutter contre des groupes terroristes", une lutte qui nécessite "des actions de police", "du renseignement". Face à la terreur, l’armée a d’ailleurs appelé à la coopération internationale. Pour le porte-parole de l’armée, Chris Okulade, les attaques de "ces chiens" de Boko Haram "devraient convaincre tous les gens bien intentionnés à travers le monde que [ce groupe] représente le mal que nous devons éliminer tous ensemble, plutôt que de critiquer les personnes qui essayent de les contrer".